Côte d’Ivoire PDCI: Bédié a réalisé son rêve mais sa base lui réserve des surprises

Discours

L’écrasante victoire du ‘’oui’’ à l’appel de Daoukro suscite encore réactions et récriminations dans le parti de Henri Konan Bédié. Si ces réactions sont positives dans les rangs des cadres qui bénéficient de quelques subsides du pouvoir Ouattara, elles le sont moins chez les militants de base qui constituent le gros du lot. Ces derniers rouspètent encore contre la principale résolution du 5e congrès extraordinaire qui vient de se tenir, à savoir l’adoption de l’appel de Daoukro par les 4 mille délégués. Le débat se déporte dans les maquis, bistrots et autres banguidromes (lieu de consommation de vin de palme) d’Abidjan. Nous avons ainsi surpris une conversation entre deux militants convaincus du vieux parti. ‘’Moi, je n’irai jamais au Fpi ni au Rdr. Mon seul parti c’est le Pdci. Même si ça ne va pas aujourd’hui dans ce parti, il reste le mien. C’est une partie de moi-même et je ne le quitterai jamais’’. Telle est la profession de fois de l’un des militants au débat improvisé. Le deuxième n’a pas hésité à soutenir ces propos de son compagnon. Les deux semblaient ne pas être gênés par les autres clients du maquis dans le quartier de Yopougon à la lisière de la Sicogi et de Banco 2. ‘’Je ne suis pas d’accord avec Bédié, ni aujourd’hui, ni demain’’, répond sèchement le vieil homme qui soutenait les propos tenus plus hauts quand un jeune homme ‘’éclairé’’ a voulu le convaincre de ce que l’appel de Daoukro est le meilleur appel politique. ‘’Je serai seul dans l’isoloir le jour du vote et je voterai pour le vrai candidat du Pdci. Je ne voterai jamais Ouattara même s’il est dit qu’il travaille bien et que nous sommes en alliance avec son parti. Il faut respecter les pauvres militants que nous sommes’’, fulmine encore le vieux militant qui se désole aussi de ce que le Fpi n’arrive pas à faire son unité pour une éventuelle coalition avec le camp Essy Amara. Une réaction isolée, certes, mais il n’est plus rare de croiser dans les lieux publics d’Abidjan ou de l’intérieur du pays, dans les conversations également, des militants du parti fondateur de la Côte d’Ivoire moderne, élever de vives protestations contre la direction du parti incarnée par Henri Konan Bédié qui proscrit toute idée d’une candidature propre au parti.

Un vote sanction. Voilà ce qu’envisagent aujourd’hui les conservateurs du Pdci qui ne voient pas du tout d’un bon œil la phagocytose du parti cher à Houphouët-Boigny par le Rdr. Pour ceux-là, c’est une insulte pour le Pdci qui a formé des milliers de cadres de ce pays de ne pas avoir de candidat authentique à une élection présidentielle. C’est tuer Houphouët deux fois, selon le sentiment général. Pour eux encore, le congrès du 28 février qui a approuvé l’appel de Daoukro est un acte des délégués qui ne représentent qu’eux-mêmes et non la base qu’ils n’ont pas toujours consulté avant de se décider.
Vrai ou faux, toujours est-il que le congrès du 28 février dernier s’est déroulée pendant que des contestataires du même parti occupaient les rues de Treichville pour dire ‘’non’’ à l’appel de Daoukro et à la tenue de ce congrès qui est infantilisant selon eux. Et l’un de ces protestataires, l’irréductible Williams Koffi de la Coalition pour la sauvegarde du Pdci rétorquait aux congressistes : « les militants du PDCI RDA vont se retrouver très prochainement pour une convention d’investiture de leur candidat pour les élections de 2015. La forfaiture du palais des sports n’est rien d’autre qu’une scène de théâtre pour faire plaisir à certains d’entre eux. »

S. Debailly

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