Côte-d’Ivoire interview de Sam l’Africain: « je n’étais ni témoin en surcharge, ni à charge, ni à recharge, ni à décharge»

Samarrivee

EXCLUSLIF – De retour de La Haye – Sam l’Africain pour sa première devant la presse:

«Mon cœur saigne de voir Gbagbo à La Haye, ce n’est pas sa place»

Sam l’Africain est de retour à Abidjan après deux semaines passées à La Haye en tant que témoin dans l’affaire le procureur contre Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. L’avion le transportant a atterri à 19 h 05 à l’aéroport de Port-Bouët. Une heure plus tard quand il sort, il est happé par une foule en liesse composée de jeunes de son parti, de deux représentants de la direction du Fpi pro-Affi et de son avocat Me Abié. Vêtu de son boubou guéré, le même qu’il portait le premier jour de son témoignage, il leur rang bien cet accueil chaleureux en faisant un tour d’honneur pour serrer des mains. Dans sa première déclaration, Sam l’Africain a déploré l’attaque de Grand Bassam en promettant d’y faire un tour pour apporter son soutien aux victimes. Il se dit ensuite heureux d’être dans son pays. Quand il lance « Gbagbo va bien et il vous salue », les hourras montent d’un cran, attirant les regards de tous ceux qui étaient présents dans le hall. Il est ensuite accompagné au son de tam tam, de grelots et de chants dans lesquels on entend « Sam Akwaba, (Sam bienvenu) » jusqu’à son véhicule. Le cortège accompagné de deux mini cars s’ébranle en direction du domicile familial de Marcory résidentiel. C’est ici qu’il accorde cette première interview à la presse

 

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Qu’est-ce qu’on retient de votre séjour à La Haye ?

Il faut que je sois sincère avec vous. L’audience n’est pas finie. Donc je n’ai pas le droit de faire des commentaires sur la Cpi. Cela m’a été formellement interdit. Tout journaliste qui voudrait avoir des informations doit aller sur les réseaux sociaux, puisque l’audience était retransmise. C’est ce qu’ils m’ont dit.

On ne parle pas du procès mais de votre séjour à La Haye…

Mon séjour était vraiment agréable et il m’a surtout permis d’enlever un fardeau qui pesait sur moi, en particulier toutes les rumeurs véhiculées sur ce témoignage depuis trois ans. Dieu merci, je pense que j’ai été un homme très courageux et je suis fier d’être un garçon. Depuis mes premiers contacts avec le procureur j’avais toujours demandé à témoigner à visage découvert. Je n’ai jamais dit que j’allais me cacher parce que je n’avais rien à cacher. J’ai vécu la guerre et je ne sais pas si on peut me la conter. Je suis très heureux de revenir au pays et de voir cet accueil chaleureux. Cela prouve au moins que j’étais dans la vérité. Quand tu es dans la vérité Dieu te protège. Mais je prie Dieu et je dis qu’il faut qu’on se réconcilie. Il faut que les Ivoiriens apprennent à se pardonner. On ne peut pas oublier ce qui s’est passé mais il faut qu’on se pardonne pour avancer. C’est ce que j’ai dit. Voyez-vous, l’attaque terroriste de Bassam, c’est encore notre pays qui est attaqué. Nous devons faire très attention, être unis pour qu’on soit fort. Et je lance un message au parti du président Gbagbo. J’ai vu le président à La Haye et mon cœur saigne. Et quand je vois la division au sein de son parti, ça me fait très mal. Je prie pour que les deux tendances se réconcilient. C’est très important pour le président Gbagbo et pour le Fpi lui-même.

Vous devriez témoigner en 2017. Que s’est-il passé pour que ce soit avant cette échéance ?

Moi je n’en connais pas les raisons mais je suis parti et c’est mieux. Je suis très content d’être parti.

Décrivez-nous votre premier jour à la barre. Comment vous vous sentiez ?

Ouuhhhh !!! J’ai vécu le stress et la souffrance. Il faut être là-bas pour savoir que ce n’est pas facile. J’ai été un homme dur ! Sincèrement, je ne vous le cache pas !

Qu’est-ce qui effraie à la barre ?

N’oubliez pas que là-bas vous êtes face à de grands juristes du monde ! Pour quelqu’un qui a dit qu’il n’est jamais allé à l’école, se trouver face à de grands juristes du monde et tenir face à leurs questions, c’est que cette personne a fait la vraie école de Dieu.

Quel message à l’endroit de vos frères du Fpi qui vous ont traité de tous les noms d’oiseaux avant votre départ ?

Je suis un homme de cœur, je suis un croyant. Je ne peux que leur dire merci.

Avez-vous vu Fatou Bensouda ?

Non, je ne sais pas si elle était là-bas. Je crois qu’elle était en voyage.

Et votre séjour, comment étiez-vous logé ?

J’étais très bien logé dans un grand hôtel mais je ne pouvais pas sortir. La nourriture était bien protégée et la sécurité au top.

Aviez-vous des contacts directs avec le président Gbagbo et Blé Goudé ?

Non ! Non ! Non ! C’est interdit ! On se voyait seulement dans la salle.

Est-ce que vous pouviez les saluer ?

Non !

Une vitre vous séparait-elle ?

Non ! Il n’y a pas de vitre mais le président Gbagbo levait la main chaque fois que j’arrivais pour me saluer.

Et qu’est-ce que cela vous a fait ?

Oh ! Cela m’a fait chaud au cœur !

Que s’est-il passé avec le procureur parce que vous étiez d’abord un témoin à charge ?

Non ! Vous n’êtes pas le procureur pour le dire.

Mais il vous a qualifié de témoin hostile. Comment avez-vous ressenti cela ?

Je ne sais pas ce qu’il appelait témoin hostile. Parce que moi je sais que je n’étais ni témoin à charge, ni à décharge, ni en surcharge, ni à recharge. J’ai été seulement un témoin de la vérité. Et c’est ce que le juge m’a demandé. Il a dit au départ que j’étais à la barre pour dire la vérité, pour dire ce que je sais. Il a ajouté : si vous ne dites pas la vérité, vous serez poursuivi. Il fallait que je dise la vérité pour ne pas être poursuivi.

On vous a vu pleurer à la barre. Quelles étaient les raisons de vos pleurs ?

Oui j’ai pleuré. Vous savez, le président Gbagbo a été très bien avec moi. Il a été gentil avec moi et je n’étais pas heureux de le voir dans cette situation. Je sais que ce n’est pas sa place.

Est-ce que par moments, les interventions du juge vous soulageaient-elles ou vous stressaient-elles davantage ?

Vous savez, le juge m’a aimé.

Ah bon !

Oui ! Il m’a beaucoup aimé parce qu’avec mes interventions, il a compris que je connaissais le sujet. Vraiment, il estimait que j’étais un témoin important parce que j’ai expliqué tous les faits. Je lui ai fait comprendre beaucoup de choses sur la Côte d’Ivoire et l’Afrique. Donc il était heureux. Vous avez vu à la fin, mon message d’au revoir. Il ne faisait que rire jusqu’à ce que je sorte du prétoire.

On a senti que parfois des questions vous énervaient. Pourquoi ?

Oui, parce que ces questions étaient répétées.

Avez-vous reçu des menaces ?

Non, pas du tout !

Mais quand vous avez appris ici que votre famille subissait des menaces, quelle a été votre réaction ?

Je n’étais pas content. Ce n’était pas bon et je n’ai pas apprécié ça !

Après avoir témoigné à visage découvert, n’avez-vous pas peur pour votre sécurité ?

Je vais vous dire une chose. Une mère qui a dix enfants, il arrive que parmi ceux-ci, certains détestent la nourriture qu’elle fait. Tout le monde ne peut pas être d’accord avec moi. Même des gens se sont révoltés contre les prophètes envoyés par Dieu. Ceux qui estiment que j’ai menti, je leur dirai que la Cpi n’a jamais fermé ses portes. Elle cherche même des témoins. Ils n’ont qu’à se présenter pour dire leur part de vérité. C’est tout.

Après votre passage, le procès est suspendu jusqu’au 9 mai. Quel commentaire ?

Chez eux ce sont les vacances judiciaires. Ils vont donc reprendre le 9 mai mais je ne sais pas qui est le prochain témoin.

Est-ce que vous avez pu voir d’autres témoins là-bas ?

Non. Ce sont les vacances judiciaires et puis là-bas les contacts sont interdits. J’étais seul.

Par S. Debailly (connectionivoirienne.net), Cyrille Nahin (EventnewsTv), Ferdinand Bailly (Le Temps) et Hyppolite Oulaï (L’Inter)

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