Côte d’Ivoire Anaky à Bédié: « Qu’est-ce qui justifie cette véritable marche forcée ? »

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RETRAIT DU PROJET DE CONSTITUTION: ANAKY KOBENA PARLE A KONAN BEDIE

Mr le Président du Présidium du RHDP et cher Ainé,

Par la présente, j’ose prendre sur moi, votre lointain cadet dans l’existence et en politique, de vous interpeller sur le projet de Constitution de la Troisième République qui sera soumis à référendum ce 30 octobre 2016.

Avec votre permission, je ne vais pas m’étendre sur les nombreux problèmes soulevés par toute la société civile et la classe politique, avec la totalité des partis de l’opposition et surtout votre parti à vous-même, le PDCI, qui avait préparé plus de 110 amendements !

Tout d’abord, il s’agit du choix de la conception et de l’élaboration de cette loi fondamentale qui porte trop lourd l’empreinte et l’égo du Chef de l’Etat qu’est votre ‘’Jeune Frère’’.
Le peuple, pourtant unique détenteur de la souveraineté, n’a hélas pas été solennellement invité à donner son souffle à l’ouvrage.
Il y a eu ensuite l’étrange précipitation du processus. Depuis l’annonce de cette nouvelle Constitution jusqu’à son adoption à l’Assemblée Nationale où nos Députés n’ont disposé que de trois à quatre jours pour délibérer et adopter un texte comprenant quand même 184 articles.

Et dire que ce texte est le socle de notre pays et de sa société !

Toute la Côte d’Ivoire, toute l’Afrique, et même au-delà, le monde entier s’interrogent pour savoir ; qu’est-ce qui justifie cette véritable marche forcée, quel est le grand évènement ou phénomène que votre ‘’Jeune Frère’’ voit poindre à l’horizon, et qu’aucun d’entre nous ne pressent ?

A ce propos, qui peut honnêtement objecter que, le moment choisi est inopportun ?

Les mauvaises conditions de vie au quotidien de nos compatriotes, le fait que nous ayions encore des milliers d’Ivoiriens en exil, que de nombreuses autres personnalités et personnes soient depuis des années en détention du seul fait de leur engagement politique, en d’autres termes que cinq années après la crise post électorale, notre pays n’est pas encore réconcilié et rassemblé tous ces faits le corroborent !

Peut-on faire l’autruche face à ce tableau socio-environnemental aussi morose que triste et imposer une nouvelle constitution sensée recueillir le cœur de tous ?
Ces faits indiscutables pourraient, à eux seuls, justifier que, pour une nouvelle Constitution dont l’impératif de consensus sera encore plus aigu, l’on ait la sagesse d’attendre, de nous laisser le temps de nous retrouver.

Mais je vais seulement aborder deux questions de fond qui, de mon modeste avis, ont dû vous concerner, vous Aimé Henri Konan Bédié, Ancien Président de l’Assemblée Nationale et ancien Chef de l’Etat de Côte d’Ivoire, et cela autrement et plus intensément que la moyenne des Ivoiriennes et Ivoiriens.

Le début de la rédaction, « Seuls l’Etat, les collectivités publiques et les personnes physiques ivoiriennes peuvent accéder à la propriété foncière rurale » ne parait relever que du simple bon sens, et emporte l’agrément de tous.

Mais dans la hiérarchie de l’autorité, il faut bien voir que l’Etat, tout puissant et souverain, devient l’ultime propriétaire, qui saura quelle marge concéder à ses démembrements que sont les collectivités territoriales, avant d’arriver aux individus Ivoiriens qui ne compteront que pour ce qui leur sera consenti.
Et, lorsque la ligne se termine par : « les droits acquis seront garantis », c’est une véritable boite de pandore d’incertitudes qu’on ouvre.
En effet, c’est l’Etat souverain, premier des propriétaires, qui demandera au pouvoir judiciaire de définir ce que peut regrouper le dôme des ‘’droits acquis’’, dont les titulaires bénéficieront automatiquement de la protection du même Etat.

Nous croyons savoir que toutes les terres en exploitation, en Côte d’Ivoire, ont déjà fait l’objet d’un traçage par satellite.
Mais vous, Mr Aimé Henri Konan Bédié, grand planteur, savez mieux que quiconque en Côte d’Ivoire que, en notre pays, le périmètre des terres agricoles mises en exploitation, par des ressortissants ouest africains, est de loin supérieur à celui des nationaux ivoiriens. Si l’on fait abstraction des grandes plantations, l’essentiel du périmètre agricole en exploitation est largement l’œuvre de nos frères ‟CEDEAO”.
Cette loi, au lieu d’éteindre les conflits comme on veut le faire croire, ne sera-t-elle pas à la base d’une future grande guerre de la terre en Côte d’Ivoire, lorsqu’il sera établi que nos frères de la sous région ont habilement réalisé une véritable colonisation des terres Ivoiriennes ?
Quel argument auront les Ivoiriens, ne serait ce même que pour réclamer, s’il devait être prouvé, comme je le crains, que la carte d’identité ivoirienne est devenue la pièce la plus aisée à acquérir, d’où que l’on vienne et qui que l’on soit ?
Rassurez-vous, les Ivoiriens ne peuvent même plus prétendre être ‘’ivoiritaires’’ ou même xénophobes, depuis qu’ils ont réalisé qu’ils sont déjà minoritaires sur les 322000km2 de leur espace.
Ils vivent cela comme une angoisse muette, et en permanence.

Ici encore, personne en Côte d’Ivoire mieux que Aimé Henri Konan Bédié – suivi naturellement en cela par son cher ‘’Jeune Frère’’ Alassane Dramane Ouattara – n’est habilité ou légitimé pour en parler.
Ne s’impose t-il pas que le problème de la nationalité ivoirienne exclusive du Chef de l’Etat soit réexaminé par nous tous, la tête froide, avec réalisme et pragmatisme ?
Si nul ne peut me contredire quant à ce que la population ivoirienne de souche est aujourd’hui largement dépassée en nombre par celle de ses frères ouest africains, cette donnée importante, lourde même, ne confère-t-elle pas une nouvelle dimension à ce sujet ?

L’heure n’est peut être plus de s’enivrer dans le confort intellectuel, et de se positionner en citoyens du monde, ouverts et modernes, mais de réfléchir tous ensemble à ce que sera la Côte d’Ivoire dans l’avenir.

Et là, Président Aimé Henri Konan Bédié et cher Ainé, avec toute la considération et le respect que toute la Côte d’Ivoire vous doit, estimez vous que votre ‘’Jeune Frère’’ soit la personne la mieux indiquée pour aborder ce sujet ?

Quoi que lui-même puisse en dire, et sans nous attarder sur certaines lignes le concernant, dans « Les chemins de Ma vie », votre livre autobiographique ?

Oui, cher Président Bédié, ce sujet est à remettre à beaucoup plus tard !
Et ce qui sera décidé ne devra pas apparaitre comme un trophée de vainqueur.

Respecté Président Bédié, Président du PDCI, parti de référence historique en Côte d’Ivoire, vous avez aujourd’hui tous les regards et espoirs des Ivoiriens braqués sur vous.
Les Ivoiriens sont un peuple qui sait scruter les visages et leurs expressions, avant même que de tendre l’oreille aux ‘’dits’’. Ils recherchent plus les non dits que les dits. Les Ivoiriens vous ont bien regardé le 11 octobre 2016 à l’Assemblée Nationale, et pour ce samedi 22 octobre 2016 au stade Houphouet Boigny, c’est vers vous que leurs antennes étaient déployées. Et votre visage parlait plus clairement et profondément que les allocutions.

Personne en Côte d’Ivoire ne veut de cette constitution, et la maigre affluence au meeting de lancement de campagne, samedi dernier, reflète bien que les cadres et dirigeants du RDR comme du PDCI ne se sont pas du tout investis dans l’affaire !

Cher Aîné, ne vous contentez pas de cette clause de répression des coups d’Etat, sujet qui est resté votre label depuis Marcoussis, mais osez les mots que le peuple de Côte d’Ivoire attend de celui qui a pris le relais de Houphouet Boigny : Tout simplement, demandez à Alassane Dramane Ouattara de retirer son projet de constitution et d’annuler le referendum ! Il en est encore temps !
Osez-le, cher Aîné, libérez vous et libérez le peuple, libérez le PDCI, et libérez la Côte d’Ivoire !

En toute fraternité et humilité.

Le Président du MFA
KOBENA I. ANAKY

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