Côte d’Ivoire: La République abonnée à la mutinerie

Mis en ligne par La Rédaction | lundi 16 Jan 2017


Dr-Serge
I-Introduction 

C’est une mutinerie qui avait provoqué le Coup d’état militaire du 24 décembre 1999. Favorisant ainsi la désarticulation du pays et l’affaiblissement de la Côte-d’Ivoire et de ses institutions. Souvenons nous aussi d’une mutinerie contenue par le Général Robert Gueï et son fameux comité national de salut public le CNSP avec sa soldatesque inculte.

L’année 2017 commence très mal pour notre pays. On a le sentiment aujourd’hui que tout va se régler en Côte d’ivoire par les armes à travers une mutinerie ou une rébellion ?

Les marches, les préavis de grèves et autres arrêts de travail ne changeront rien et ne permettront jamais l’ouverture d’un dialogue social nécessaire à la recomposition pacifique du pays. Cette évidence est aujourd’hui partagée aussi bien par la soldatesque inculte et la société civile ivoirienne.

Qui a pensé une seule seconde qu’une armée mono ethnique avec des hommes de rang incultes recrutés à tour de bras sur la base du népotisme et du tribalisme peut assurer dans la discipline la sécurité du pays, des biens et des personnes ? Nous demandons à ceux qui le pensent encore de se rappeler des soldats pilleurs dans le Zaïre de Mobutu, à la soldatesque tribale d’Habyarimana au Rwanda et aux soldats corrompus de Bozizé en RCA.

Nous parlons ici de pays dont les chefs d’Etat étaient convaincus qu’une armée ethnique garantie durablement la survie de leur régime dans le temps. Au contraire l’ethnie est le premier à trahir pour de l’argent et rien que cela. Souvenez-vous de l’étonnement de Jules César en voyant Brutus parmi ses assassins ce matin du 15 Mars de l’an 44.

La haute hiérarchie militaire des FRCI d’Alassane Dramane Ouattara, s’est prise au goût de l’argent facile, du luxe et des apparats quand ceux qui tiennent les armes et forment le gros de la troupe, n’ont que très peu gouté aux délices de l’enrichissement illicite devenue un sport au sommet de l’Etat.

Pourquoi avoir trainé si longtemps pour améliorer simplement les conditions de vie des soldats ? Ne dit-on pas que l’homme le plus avare du monde, nourrit bien son chien afin qu’il ne lui saute pas à la gorge. Il faut aujourd’hui situer les responsabilités et rétablir un minimum de discipline dans ce capharnaüm.

N’oublions pas qu’une bonne partie de ces recrues sont des repris de justice, libérés des prisons du nord pour en faire des soldats de la cause d’Alassane Dramane Ouattara et sa lutte pour le pouvoir. D’autres sont des chasseurs Dozos déversés dans l’armée nationale pour les besoins du régime.

L’affairisme a pris une grande ampleur dans cette armée et nous craignons pour la survie du pays en cas de conflit avec une armée régulière en face. Ne sommes-nous pas en droit de poser la question de savoir qui a promis une villa et 5 millions de francs CFA à ces recrues dont on savait au départ qu’ils n’avaient rien à faire dans l’armée d’un pays qui se respecte ?
Peut-on être Commandant ou Colonel sans avoir fait une académie militaire et sans savoir lire et écrire ? Ceux qui pensent que l’ethnie peut tout justifier sont pris au piège par leur propre cécité ainsi que leur gouvernance de courte vue.

II- Revenir aux fondamentaux d’une armée nationale ivoirienne

La Côte d’Ivoire ne doit pas dépendre d’un autre Etat ou d’une alliance pour assurer sa défense nationale, protéger sa population et ses ressources. Hors on a vu des militaires prendre possession de mines d’or et l’exploiter à leur profit. Enfin soyons sérieux les ivoiriens anesthésiés ont accepté de telles pratiques chez eux et aujourd’hui ont va utiliser l’argent du contribuable pour payer des primes à ces bandits.
Avons-nous une armée ivoirienne sur le territoire national ou celle des autres ? Avons-nous une politique de défense nationale digne de ce nom ? Allons-nous faire appel à l’ONUCI ou à l’armée française chaque fois qu’il y aura une mutinerie chez nous ? Car il y en aura encore, les connaissant ils ne vont pas s’arrêter là.
Pourquoi des officiers qualifiés et formés à grand frais par notre pays dans des académies militaires occidentales ont-ils été marginalisés pour faire place à des Zakaria Koné, Chérif Ousmane, Issiaka Watao, Ouattara Morou, Tuo Fossié et autres zozos ?
Le gouvernement ivoirien doit donner des réponses à tout ces questionnements pour rassurer les ivoiriens qui sont convaincus qu’une autre mutinerie se produira dans les mois avenirs. Jamais deux sans trois comme dit l’adage.
Pour réorganiser la défense nationale il faut commencer par chasser de l’armée tous ceux qui n’y ont pas leur place. Et mettre de l’ordre.

– A) Il faut rendre le désarment effectif, il y a trop d’armes en circulation, elles sont brandies par les coupeurs de routes ou dans des braquages à la kalachnikov dont les auteurs ne sont jamais arrêtés par la police et la gendarmerie désarmées par le régime lui-même. Quelle intelligence pour celui qui veut le bien de tous.

– B) Quel est le format des effectifs actuels, combien de soldats avons-nous dans l’armée FRCI ? La gendarmerie, la police et la marine. Tous ce beaux monde émarge au budget de l’état, les ivoiriens n’ont-il pas le droit de savoir combien ils sont ?

– C) Les ex forces nouvelles, les pros Ouattara et les Ex FDS, mis ensemble représentent combien de personnes aujourd’hui ? Il s’agit ici de voir claire dans le brouillard entretenue par le régime Ouattara lui-même.

– D) Ou en est la réforme du statut des militaires, quel bilan peut-on nous faire honnêtement aujourd’hui de l’opération désarmement démobilisation, insertion ?

– E) Pourquoi l’équipement des casernes et l’amélioration des outils de travail trainent depuis des années.

– F) – Le président de la république est aussi ministre de la défense assisté d’un ministre délégué et tout cela pour en arriver à une mutinerie que personne n’a vu venir en fin nous rêvons ou quoi. Le renseignement militaire, la police militaire existent-ils en Côte d’ivoire ou seulement au ciel ?

– G) – Quant à la gendarmerie et à la police, regarder simplement leur environnement de travail et les équipements désuets qu’ils ont et en plus sans armes. Allez y demander aux hommes de ces deux corps de poursuivre un voleur, ou d’arrêter un braqueur qui force de nuit la porte de votre domicile et vous verrez qu’ils ne bougeront pas. Les microbes et les coupeurs de routes sont au paradis de l’impunité en Côte d’Ivoire, et sans résoudre cela on veut attirer les investisseurs.

– H) – Soyons sérieux. Qui est suffisamment fou pour aller investir dans un pays sans police ou le braqueur est roi ? Une armée ou les prébendes et autres formes de rackets sont des habitudes ne rassure personne.

– I) – Et en fin l’armée de l’air ivoirienne existe-t-elle encore, de combien d’hélicoptères ou d’avions de combats dispose-t-elle ?

– J) – La marine nationale avec ses vieux rafiots et des marins ventrus qui savent à peine nager, est-elle à la hauteur du défi de protection de nos côtes. Il parait au dernière nouvelles qu’il y a deux ans, elle a reçu de la coopération française un soit disant patrouilleur rapide. Nous espérons que ce n’est pas une vieillerie repeinte que la France a refiler comme d’habitude à son ancienne colonie ?

III – Postulat de conclusion

Faire émerger dans une armée deux blocs de citoyens : l’un ethnique, tribal et inculte venant de la même région que le chef de l’Etat qui pense être plus en sécurité au milieu des siens, et l’autre des soldats formés dans des écoles militaires et qui sont marginalisés à cause de leur appartenance ethnique. On construit ainsi sans le savoir la méfiance, le mépris et la haine de l’autre à l’intérieur du système de défense de la nation.

La tribalisassions de l’armée pose des problèmes insurmontables partout ou ce genre d’expérience a eu lieu. Le non paiement des salaires, des primes, les inégalités de traitements entre la garde présidentiel, des forces spéciales et le reste de l’armée. Les mécontentements se multiplient. A Bouaké les poudrières ont été attaquées et des armes lourdes ont été emportées. Des représentants de l’Etat ont été humiliés et traités comme des moins que rien par des gens qui ne savent même écrire leur nom.

Mieux encore des domiciles ont été violés et des véhicules privés emportés sans compter le casse du trésor de Bouaké et l’argent public emporté. Dans cet environnement inquiétant que la réconciliation nationale n’a jamais eu lieu, que le sort des prisonniers politiques est nié par le régime ethno tribal et son rattrapage ethnique qui doivent gérer le mouvement d’humeur d’une soldatesque au sommet de sa gloire.

Qu’on le veule ou non il y a une crise de la citoyenneté en Cote d’Ivoire, ceux qui on droit à tout. Ceux qui par leur nom réussissent à tous les examens et concours de la fonction publique, ceux qui captent pour leurs propres comptes tous les marchés publics sans appel d’offre et ceux qui par leur provenance ethnique n’ont droit à rien, même pas à la parole. Certains fonctionnaires de haut niveau sont à la maison et touchent leurs salaires écartés, ils le sont de la vie publique pour avoir assumés des responsabilités d’Etat sous le précédent régime.

La milicianisation de l’Etat, la criminalisation de la société, et la militarisation des luttes politiques ont provoqué une crise durable de la citoyenneté dont le pays aura du mal à s’en remettre. La façon d’imaginer la nation et son appartenance à celle-ci reste une équation présente entre les deux clivages qui s’affrontent depuis la rébellion du 19 septembre 2002 à nos jours.

Va-t-on laisser les mutins prendre l’Etat en otage au nom de leurs revendications corporatistes ? La réponse est oui puisse qu’au nom du clan tribal, de la région et de l’appartenance ethnique, la chaine de commandement militaire qui a brillée par son absence sur le terrain et dont l’incompétence est connue de nous tous continuera d’être à sa place comme si rien n’était et cela pour service rendu pendant la crise postélectorale. On essayera de faire tomber quelques têtes en oubliant que le mal est plus profond et que les métastases ont atteint, le cœur et les poumons du corps social de la Cote d’Ivoire.

On fragilise ainsi la démocratie naissante en raison du caractère récurent de ces mutineries, de la peur qui s’installe chez le citoyen qui voit les biens publics et privés emportés par la soldatesque. La libre circulation sur le territoire bloquée par les mutins humiliant l’autorité de l’état par cette phrase tonitruante du genre « c’est nous on a fait Ouattara ». Voilà sous nos yeux la république reconvertie en fille de joie, au point ou médusé, hagard et hébété face à la forfaiture nous n’avons même plus la force d’assumer cette nuit de honte collective.

N’a-t-on pas compris depuis longtemps que c’est un projet de société inclusif de tous les citoyens qui fonde la confiance entre les gouvernants et les gouvernés ? La prison, l’arrogance, le tribalisme, la peur pour les autres et la paix pour soit, la richesse pour soit et la faim, la maladie, la pendaison ainsi que les braquages contre les uns et l’impunité pour son clan et sa tribu sont des choses qui se terminent mal et même très mal, par la destruction de la confiance du citoyen dans l’Etat partial, tribal et corrompu.

De Mobutu Séssé Seko, à Juvénal Habyarimana, en passant par Bokassa, Samuel Doé, Blaise Compaoré, Hissène Habré et consorts. Les leçons sont sous nos yeux en grandeur nature. Seule une bonne gouvernance conduira à la stabilité de l’armée ivoirienne, qui neutre et républicaine renforcera la démocratie et l’harmonie entre ivoiriens.

Une telle armée ne s’immiscera plus dans la vie publique à travers un conseil militaire de salut public ou des mutineries et autres rebellions qui sont à condamner fermement car elles prennent le pays en otage au nom de leurs petits intérêts sordides, personnels, partiels et parcellaires.

Bizarrement la plupart des pays qui nous entourent ont eu droit à leur mutinerie, le Liberia, la Sierra Leone, la Guinée Conakry, la Guinée Bissau, le Mali, Le Burkina Faso et son Fameux régiment de la sécurité présidentiel, sans aller au Niger dans les deux Congo ou en Centre Afrique.

Cela étant dit, ceux qui demandent l’épuration de l’armée ivoirienne de tous ces mauvais éléments ne sont pas les ennemis de la Côte d’ivoire, ils veulent comme nous tous un pays ou la neutralité de l’armée renforce l’harmonie de la nation en communion avec ses forces de l’ordre. Imaginez vous les dégâts si les mutins avaient pris la radio régionale de Bouaké et proclamé la fin du rattrapage ethnique, la libération des prisonniers politiques et l’avènement d’un conseil national pour la restauration de la démocratie.

Un tel appel vous fait froid dans le dos mais le peuple apeuré et tous ceux qui ont perdu leurs maisons, leurs plantations et autres biens, se seraient joints en grand nombre aux mutins et la troisième république à peine naissante serait vite rangée dans les oripeaux de l’histoire douloureuse de la Côte d’ivoire qui retrouverait ainsi ses vieux démons.

C’est donc ici le lieu de rappeler aux mutins d’hier cette pensée de Michel Montaigne : « l’une des plus grandes sagesses de l’art militaire, c’est de ne pas pousser son ennemi au désespoir. » Les ivoiriens aujourd’hui dans leur grande majorité sont envahis par un voile de honte invisible et de désespérance. C’est chez eux et sous leurs yeux qu’une soldatesque inculte peut obliger le président de la république et son gouvernement à accepter en temps de vache maigre des augmentations et des payements de primes que même les médecins n’ont pas encore eu.

Sortons de cet abonnement permanent à la mutinerie humiliante pour que naisse une Côte-d’Ivoire juste et digne pour toutes ses composantes, avec la paix en bonus pour tous. Merci de votre aimable attention

Dr Serge-Nicolas NZI

Chercheur en communication
Lugano
Tel. 0041792465353 Suisse
Mail : nicolasnzi@bluewin.ch

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