Côte d’Ivoire: A trois ans de la fin de son dernier mandat, le parti de Ouattara se fissure (Papier d’angle)

Mis en ligne par La Rédaction | dimanche 19 Mar 2017


Serge Alain Koffi

A trois ans de la fin constitutionnelle du deuxième et dernier mandat de cinq ans d’Alassane Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire, son parti, le Rassemblement des républicains (RDR), semble déjà s’empêtrer dans une sournoise « guerre de positionnement » entre certains de ses cadres pour la succession du président ivoirien en 2020.

Si le RDR a jusque là connu une relative cohésion, comparativement aux deux autres grandes formations du paysage politique à savoir le Front populaire ivoirien (FPI, ex-parti au pouvoir) et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, ex-parti unique), l’après-Ouattara risque d’être au vu de dissensions actuelles le détonateur qui va faire voler en éclats la Case des Républicains.

Régulièrement, une partie de la presse et de l’opinion ivoirienne évoquent une guerre de positionnement entre deux clans pour la succession de Ouattara.

Un premier clan dirigé par le président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro et un second conduit par le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly et le ministre de l’Intérieur Hamed Bakayoko.

Le journaliste Bamba Alex Souleymane, l’une des plumes les plus thuriféraires du chef de l’Etat ivoirien, a tenté de minimiser cette crise larvée au RDR en qualifiant d’“incantateurs’’, de “charlatans du dimanche’’ ou encore de “faux prophètes’’ les tenants de la thèse de la guerre des clans.

En novembre 2014, Guillaume Soro lui-même qualifiait de « rumeurs » et de « fantasmes » ses conflits présumés avec Hamed Bakayoko, mais les échanges de piques entre des cadres de premier plan du parti par journaux interposés ces dernières semaines ont accrédité davantage la thèse de la guerre des héritiers.

Le premier à avoir publiquement allumé la mèche est l’ancien ministre des Sports, Alain Lobognon, un soutien reconnu de M. Soro. Dans un message au vitriol posté le 28 février sur sa page facebook, il a pointé “l’amateurisme dans lequel baigne’’ le RDR et décliné clairement son ambition de diriger ce parti.

Quelques jours après, l’ancien ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Fonction publique, Cissé Bacongo, lui emboite le pas en critiquant la composition du bureau politique, l’instance suprême du parti.

“Moi je boycotte les réunions du bureau politique parce que je le dis haut et fort, je ne reconnais pas cette instance dans sa composition qui intègre les prestations d’artistes, les vendeurs d’arachides, de pois sucrés et les vendeurs de cigarettes’’, avait-t-il déclaré récemment, dans une interview publiée dans la presse nationale.

Une sortie qui a eu le mérite de faire bondir le porte-parole du parti, Joël N’guessan, selon qui, “traiter’’ les militants de “vendeurs d’arachides et de cigarettes est un mépris’’.

Depuis, c’est la passe d’armes entre eux, à coups d’interviews et de déclarations dans la presse. Dans une réponse musclée, Cissé Bacongo, sans porter de gants, a qualifié Joël N’guessan “ de trapéziste de haut vol’’ qui “porte plus sa propre parole que celle du RDR’’.

Plus incisif, l’actuel conseiller en charge des questions juridiques de du chef de l’Etat le traite de “prototype de cadres et de responsables politiques sans engagement, ni ferveur, sans foi, ni loi, livrés à tous les vents, dont le parti souffre des comportements empruntés et des discours à mille entrées et mille sorties’’.

Des invectives qui traduisent le malaise au sein du RDR, à quelques semaines d’un congrès qui devrait être consacré au renouvellement des instances dirigeantes. “Ce congrès aiguise les appétits et les ambitions se font jour’’, confie un militant du parti.

Selon une source interne, les anciens ministres de l’Intégration Adama Bictogo, de la Solidarité Gilbert Kafana et Cissé Bacongo sont dans les starting blocks pour le poste de Secrétaire général.

Les deux premiers cités bénéficieraient du soutien d’Amadou Gon Coulibaly, d’Hamed Bakayoko et de Joel N’guessan, tandis Cissé Bacongo, quant à lui, aurait l’appui, en coulisses, de Guillaume Soro.

“La convergence des positions entre Lobognon et Bacongo d’une part et les échanges de piques entre ce dernier et Joël N’guessan d’autre part en sont la parfaite illustration’’, analyse la même source.

Le clan qui aurait le contrôle du parti, serait en pole position pour succéder à Ouattara en 2020 à la tête du pays.

Alerte info/Connectionivoirienne.net

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5 Commentaires ... participez vous aussi à la discussion.

  1. marianne 19 mars 2017 à 15:33 -

    De grâce en 2020 qu’on nous épargne un dirigeant de premier plan de la dernière crise post électorale, ça ne nous mènera nulle part…

  2. PHACOLY 19 mars 2017 à 22:40 -

    Pourquoi nos partis politiques ressemblent trait pour trait aux partis politiques français ? Les mêmes tares,les mêmes guerres de positionnement des animateurs. Regardez bien, au parti socialiste comme chez les républicains, on constate le phénomène de dénigrement systématique des adversaires réels ou supposés par presse interposée et réseaux sociaux. C’est pas digne de nos hommes politiques qui embrouillent finalement les pauvres militants peu éduqués aux micmacs des politicards. On voit que chez nous, les partis significatifs nous étalent également les signes de désaccords, de divergences, ce qui n’est pas à priori mauvais mais peuvent être utilisées comme armes de destruction par les adversaires d’en face. Par ailleurs, il est important que les responsables sachent raison gardée afin d’éviter le clash qui amène à l’affaiblissement durable et à la perte de la confiance des militants. Peut être que je prêche dans le désert !

  3. Coigny 20 mars 2017 à 08:11 -

    Un fait m’a particulièrement amusé lors de leur rencontre de Korhogo : Gon Coulibly tenant les mains de Hamed Bakayoko et Soro Guillaume pour sceller la réconciliation. Ah bon ? Ils étaient brouillés ? Que n’a t-on pas lu, entendu et vu depuis 2012 ? Que c’était un fantasme pro-Gbabo… Que c’était affabulation… Que c’était tentative de division… Qu’il étaient comme cul et chemise… et même nous offrir des accolades publiques, des regards énamourés les yeux dans les yeux, etc.

    Retenons donc que, ici comme dans plusieurs autres cas (en dépit des dénégations), la rumeur avait vu juste. Et comme la marque de fabrique du « parti » est la violence érigée en mode de réflexion et d’action, on peut prédire sans risque de se tromper que ces clans se mordront bientôt de partout, des orteils jusqu’aux cheveux.

  4. marianne 20 mars 2017 à 08:24 -

    @cogny

    je suis toujours … par la justesse et la pertinence de vos posts, chapeau l’artiste! Ces bonabos qui insultent quand on parle de ce sujet, curieusement ils ne diront mot!

    Dans tous les cas tout cela fonde ma conviction: ils sont de mauvaise foi pour ne pas dire plus

    @phacoly

    la comparaison me semble peu pertinente pour la simple raison que 2020 est réservée au pdci dans le rhdp ce qui n’existe dans aucun parti en france, donc pourquoi faire palable alors que c’est dans 5 ans ou 10 ans minimum qu’un chef du rdr sera au pouvoir?

    Je serai curieuse de voir comment le pdci va réagir quand on leur vendra le ticket de vice président pour 2020…

  5. srika blah 20 mars 2017 à 08:28 -

    Ils(RDR+ses rebelles) se préparent surement pour déposer le pdci sur le trone en 2020.
    Ouattara et son RDR font toujours ce qu’ils disent; mais ils ne disent jamais ce qu’ils feront.
    Le pdci et son chef soulard peuvent dormir traquille.

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