L’effritement de la laïcité en Côte-d’Ivoire

Mis en ligne par La Rédaction | jeudi 23 Mar 2017


Par Dr  Serge-Nicolas NZI

L’effritement de la laïcité en Côte d’Ivoire

Des imans ivoiriens ont récemment lancé un appel à la paix et à la reprise du travail pendant la grève des fonctionnaires en janvier dernier. Leurs voix furent inaudibles devant l’opinion ivoirienne qui leur reprochait leur silence assourdissant devant les maltraitances imposées aux pro Gbagbo, le blocage des comptes bancaires, l’occupation des domiciles, l’exil, la prison sans jugement pendant des années, avec la perte d’emploi pour nombreux d’entre eux sans parler des familles démunies qui n’ont pas reçu la compassion d’un seul iman ivoirien.

C’est ce genre de comportement qui pousse les ivoiriens à croire à une instrumentalisation de la religion à des fins politiques. Nous refusons de croire encore une fois  ceux qui nous disent que les braqueurs d’Abidjan sont originaires du nord de la Côte d’ivoire et que les victimes étant des chrétiens c’est pourquoi la police ivoirienne désarmée n’arrête jamais les braqueurs et autres microbes.

Voilà ce qui arrive quand on introduit le virus ethno régional  dans la vie politique d’un pays. On pousse les instincts de méfiance à la limite de la paranoïa dans l’imaginaire collectif d’une nation. C’est une incroyable cécité politique dont seule l’Afrique a le secret.

Nous lançons donc ici une alerte en ce début d’année 2017.

Le prochain danger qui vient vers la Côte d’ivoire est inévitablement l’introduction  de la religion dans l’espace public après celle de l’ethnie. Souvenons-nous que les différentes constitutions que la Côte d’Ivoire a connues depuis l’indépendance  reconnaissent et affirment le caractère  démocratique et laïque de la république de Côte d’Ivoire.

Il faut aujourd’hui revenir sur les dangers  qui planent sur la laïcité au pays des éléphants au moment où  les anti-laïcs veulent ramener la religion dans l’espace politique ivoirien. Pour qu’elle fonctionne correctement, – la laïcité doit reposer sur trois principes :   la liberté de conscience et la liberté de culte. La séparation des institutions publiques des organisations religieuses, et l’égalité de tous devant la loi quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions.

La laïcité garantit aux croyants et aux non-croyants le même droit à la liberté d’expression de leurs convictions. Elle assure aussi bien le droit de changer de religion que le droit d’adhérer à une religion. Elle garantit le libre exercice des cultes et la liberté de religion, mais aussi la liberté vis-à-vis de la religion : personne ne peut être contraint par le droit au respect de dogmes ou prescriptions religieuses. L’Etat officiellement ne salarie aucun culte, (même si nous savons qu’en Afrique, certains dignitaires religieux reçoivent des enveloppes de la présidence de la République), ne se mêle pas du fonctionnement des organisations religieuses.

De cette séparation se déduit la neutralité de l’Etat, des collectivités et des services publics, non de ses usagers. La République laïque assure ainsi l’égalité des citoyens face au service public, quelles que soient leurs convictions ou croyances.

La laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres mais la liberté d’en avoir une. Elle n’est pas une conviction mais le principe qui les autorise toutes, sous réserve du respect de l’ordre public. Cela étant dit c’est l’Etat qui par sa constitution est laïque en Côte d’Ivoire mais le citoyen n’est pas obligé d’être laïc, il a le droit de croire ou de ne pas croire en Dieu s’il le veut.

II – Les violations de la laïcité par l’Etat en Côte d’Ivoire

La première violation de la laïcité en Côte d’ivoire est venue du président du Félix Houphouët-Boigny lui-même en contestant le choix de l’Abbé Bernard Yago comme premier évêque ivoirien. Houphouët avait ouvertement soutenu un prêtre proche de lui et issu de son propre groupe ethnique l’Abbé René Kouassi. Le clergé catholique n’avait pas apprécié l’immixtion du politique dans les affaires de l’église dans un pays qui se disait laïc.

Ce fut donc Bernard Yago, le deuxième prêtre du clergé ivoirien qui succéda à Mg Jean-Baptiste Boivin, le 05 avril 1960 et fut sacré évêque le 8 Mai 1960, à Rome par le Pape Jean XXIII. Les relations souvent tendues entre le président Houphouët et l’Archevêque Mg Bernard Yago, datent de cette époque. Houphouët-Boigny favorisera néanmoins la construction de lieux de cultes, églises, temples, mosquées et même une basilique à Yamoussoukro.

Quel était le but de  ces différentes contributions à l’édification de ces lieux de cultes ? Officiellement, c’était pour que les croyants ivoiriens trouvent des lieux dignes à la grandeur de leur foi en Dieu le créateur. Les représentants des différentes confessions religieuses étaient chaque année parmi les corps constitués conviés à la cérémonie de présentation des vœux au président de la république

Cette relation de proximité avait permis au président de consulter les responsables de cultes avant de rendre public en septembre 1979, l’accueille de Jean Bedel Bokassa en Côte d’Ivoire au nom de la charité du créateur et de la main tendue à un frère rejeté par son pays et ses amis.

Voilà sous nos yeux les dérives qui peuvent surgir quand les serviteurs de la parole de Dieu vont s’acoquiner avec le pouvoir.

Un Iman, un pasteur ou un prêtre ne doit pas être à la table du pouvoir ou adhérer à un parti politique. L’église, la mosquée et le temple, ne doivent pas donner des consignes de vote à l’approche d’un scrutin électoral, ni battre campagne pour un candidat à la députation, à la mairie ou à la présidentielle.

Tous les actes de cette nature finissent par desservir la parole de Dieu et rendent un mauvais service à la cause de la mosquée, du temple et de l’église. Nous n’évoquons même pas ici l’image minable des pasteurs escrocs, des imans barbus et hystériques traitant d’autres ivoiriens de mécréants ainsi que ces prêtres truands qui s’affichent  ou défilent à la présidence de la république en se faisant passer pour des conseillers spirituels, alors qu’ils n’ont que leurs poches et leur seul ventre comme projet auprès du couple présidentiel.

Des exemples existent dans notre récente histoire africaine qui montre la négativité et la nocivité de tels comportements : Mg Vincent Nsengiyumva, archevêque de Kigali de 1976 à 1990. Il fut tué le 7 juin 1994 par des rebelles Tutsis pour sa complicité et sa trop grande proximité avec le régime Hutu, ségrégationniste et criminel de Juvénal Habyarimana. Monseigneur Nsengiyumva, était membre du bureau politique du MRND, le mouvement révolutionnaire national pour le développement, le parti politique sur lequel  Habyarimana s’était appuyé pour mener son sinistre et funeste destin.

En un mot sans souhaiter une confrontation entre le pouvoir et la religion nous rappelons aux uns et aux autres ce que disent les évangiles. Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Le mélange entre le politique et le religieux ne porte que des malheurs pour la société.  C’est une relation incestueuse qui se termine toujours mal.

Bien sur que les chefs d’état corrompus de nos malheureux pays africains, veulent  être proches des religieux pour avoir leur soutien et les religieux véreux sont autour des politiques pour de l’argent et les honneurs sans se soucier des âmes en détresses, des ravages de la désespérance et des souffrances des peuples qui très souvent appellent de toutes leurs forces la malédiction de Dieu contre le dictateur criminel et corrompu, ainsi que le guide religieux perverti par l’argent et insensible à leurs souffrances comme à la misère qui inonde leur quotidien.

Les tapis de prières s’affichent aujourd’hui dans les services publics. Que doivent penser les autres ivoiriens, quand la liste des admis à un concours administratif  fait apparaitre 95% de musulmans contre une poignée de chrétiens ?  Pourquoi la Mosquée reste-t-elle  muette devant les maisons et plantations occupées ainsi que  les souffrances des autres ivoiriens ? La Cote d’Ivoire est-elle en passe de devenir une République islamique ? Nous aimerions le savoir.

III –  Résister aux tentations des antis laïques

Maintenir la laïcité dans l’espace publique est devenu plus que difficile dans la sous région Ouest Africaine ou dans des pays comme le Nigéria les ennemis de la laïcité appellent ouvertement à la constitution d’un état islamique dans le Nord du pays. La secte Boko haram   n’a jamais caché son mépris pour les autres croyances et affirme sans ambages que l’établissement de la sharia est l’objectif de sa lutte contre la fédération nigériane.

Ne parlons même pas du Mali qui est englué dans une guerre sans fin contre les islamistes qui veulent proclamer un état à eux dans le nord du Mali. Le Sénégal est un pays laïc mais l’image du président Abdoulaye Wade, à genoux aux pieds du Khalife général des mourides dans la ville sainte de Touba,  pour solliciter goulument des bénédictions, nous fait  observer l’influence des confréries musulmanes sur la vie nationale.  Cette forme d’allégeance du chef de l’Etat, est la preuve que la laïcité aura du mal à survivre à long terme dans ce pays.

En Côte d’Ivoire des tentatives réelles existent d’opposer les musulmans aux chrétiens. Une atmosphère lourde de non-dits existe,  elle est palpable entre l’islam ivoirien et ses imans qui n’ont pas su se démarquer du RDR et La chrétienté ivoirienne qui veut que l’Etat soit le plus neutre possible.

On  se souvient de la sortie rageuse du ministre Balla Keita contre Mg Bernard Yago, voir Frat-Mat du 25 mars 1992 et de la déclaration  d’Alassane Dramane Ouattara, disant que : « c’est parce que je suis musulman et originaire du Nord qu’on veut m’empêcher d’être candidat à la présidence de la Côte d’Ivoire. »

Pourquoi le président de la république qui est de confession musulmane et l’Etat ivoirien qui se dit laïcs se taisent-ils aujourd’hui quand certaines mosquées utilisent le terme de mécréant  ou Kafri, pour désigner les ivoiriens des autres confessions religieuses? Les ivoiriens n’ont pas put éviter la guerre ethnique, vont-ils ajouter des querelles religieuses à leurs souffrances ?

Nous disons ici au clergé ivoirien que quand la sincérité n’existe plus dans les relations humaines et surtout quand les rapports entre le pouvoir et l’épiscopat se nourrissent de méfiances mutuelles, l’horizon s’assombri pour annoncer des mauvais jours pour tous.

Demandez au Coptes d’Egypte, demandez aux chrétiens du Soudan, aux Maronites du Liban, aux  Yezidis d’Irak, aux  chaldéens de Jordanie ainsi qu’aux syriaques de Syrie.

Bref les exemples sont sous notre nez pour nous rappeler qu’il ne faut pas se croiser les bras quand l’extinction d’une communauté ou sa marginalisation est le but poursuivi par un régime au nom de ses bas instincts.

IV  –   Comment résister aux anti- laïcs:

 C’est de ne pas aller boire et  manger à la table du pouvoir politico ethno religieux, ce genre de buverie et de repas  copieux sont des formes insidieuses de corruption primaire.

  • Faire de nos temples, de nos églises et de nos mosquées des vrais lieux d’adoration, d’amour et de fraternité agissante entre ivoiriens. Ne pas y mettre les pieds pour y enseigner le mépris et la haine de l’autre.
  • Ne pas accepter les grands et petits cadeaux qui font de vous des gens redevables au pouvoir politique
  • Résister ce n’est pas permettre aux églises, aux temples et aux mosquées d’être des lieux de réunions politiques ou des caches d’armes qui vont servir à tuer d’autres ivoiriens.
  • C’est refuser les prises en charge de pèlerinages à la Mecque, à Médine, à Rome, à Lourde, Jérusalem ou à Fatima.
  • Résister c’est pour le serviteur de la parole de Dieu, d’être attentif aux dérives qui portent atteinte au vivre ensemble. Les ivoiriens dans leur grande majorité auraient voulu voire les mosquées dans le nord du pays être des lieux de refuge et de protection des chrétiens pendant cette abominable rébellion dont les leaders sont aujourd’hui aux commandes de l’Etat de Côte d’Ivoire. Tous les témoignages concordent pendant cette guerre absurde.  A cause de leur religion, le maître d’école, la sage femme ou l’infirmier chrétien n’ont pas eu la protection de ceux qu’ils sont venus servir. Voilà pourquoi de nombreux fonctionnaires ne veulent plus aller travailler au Nord musulman de la Côte d’Ivoire.
  • Résister c’est refuser la misère du plus grand nombre et l’opulence de quelques uns qui ont tout, ils sont de la même religion, du même groupe ethnique et de la même région. Une telle attitude construit et prépare les esprits à des révoltes et des vengeances interminables qui finissent par tuer la nation. Du Liban à la Somalie, du Liberia au Rwanda de l’Irak au Yémen, il suffit d’ouvrir les yeux pour voir l’amère réalité du monde dans lequel nous vivons.
  • L’Etat ivoirien ne doit plus donner des dérogations ou des aménagements des horaires de travail pour les chrétiens en période pascale et pour les musulmans dans la période du carême. Il faut sortir de ce carcan. L’Etat ne doit plus aller mettre  ses doigts dans un engrenage qui tue le caractère laïc qui fonde son existence.
  • Et si demain les animistes ivoiriens, au nom de leur foi demandaient à ne plus travailler tous les vendredis saints que ferait l’administration ivoirienne ? L’Etat est laïc, point barre. Faut-il le rappeler ici à ceux qui gouvernent et à ceux qui par amnésie oublient qu’ils préparent par leurs comportements la fin de l’Etat de droit en Côte d’Ivoire.
  • Le prêtre, le pasteur et l’iman doivent élever la voix pour nous indiquer la bonne direction afin que la morale, la fraternité humaine, la tolérance, la solidarité nationale et le bien commun soient le ciment de la vie nationale. Tous manquements à ces devoirs affaiblissent durablement la communauté nationale et poussent le pays vers les bords du précipice, c’est notre avis. Car en définitif, si les paroles prononcées sont coupables, le silence des religieux est plus grave encore devant une tragédie humaine.

V –  Les bienfaits de la liberté des pasteurs, des prêtres et des imans.

Les églises, les mosquées et les temples doivent être des lieux inviolables par les forces de l’ordre : armée, police, gendarmerie. C’est dans ces endroits que nous puisons la force qui nous relie et nous conduit vers Dieu le très haut.  Dans des pays ou l’Etat a depuis longtemps démissionné de son rôle de protecteur du citoyen, la religion et la parole de Dieu deviennent des canaux d’espérances là ou la misère s’enracine chaque jour

L’Etat  en Côte d’ivoire n’arrive pas à soigner nos malades. Les hôpitaux sont aujourd’hui des mouroirs, l’école un dépotoir avec des classes de 60 à 80 élèves. L’université lieu d’acquisition du savoir affiche des amphithéâtres bondés, des salles sans sonorisation, des professeurs débordés et sans bureaux. Ne parlons même pas du WI-FI, de groupe électrogène inexistant  en cas de coupure d’électricité et des laboratoires non équipés ou insuffisants. Les grèves se multiplient sans que l’Etat n’arrive à  trouver une solution adéquate.

Les dispensaires sans médicaments et les routes impraticables se multiplient sans parler de l’insécurité et des coupeurs de routes qui ont prospéré en toute impunité. Face à de tels défis et à la désespérance du citoyen l’église, le temple et la mosquée doivent retrouver leur liberté de parole dans l’Etat Laïc pour fustiger ce qui est immoral vis-à-vis des croyants.

En 1961 l’église ivoirienne libre s’était opposée à la dote, au matriarcat et à la polygamie. Si ces différentes pratiques  cadraient avec le mode de vie de nos pères, elles sont aujourd’hui dépassés et rétrogrades et représentent des facteurs nocifs à l’harmonie de la famille et de la société. La dot est une forme de mise aux enchères de la femme, le matriarcat des akans permet à un neveu qui n’a rien fait de sa propre vie de surgir de on ne sait où pour chasser femme et enfants pour s’installer comme un coucou dans le nid dont  il ignorait parfois même l’existence.

Le législateur ivoirien avait pris en compte cette exigence de justice et ces pratiques furent abolies par le vote du code civil ivoirien  qui a porté le coup de grâce à ses trois institutions. La dot obligatoire, la dot qui fait de la femme une convoitise livrée aux spéculateurs fut abolie.

Mais comme les coutumes ont la peau dure, les tribunaux regorgent aujourd’hui encore de litiges d’héritages entre la veuve et ses enfants d’une part et le neveu d’autre part. Ce qui n’existe pas chez les Malinkés du nord, chez les Bétés ou les Wês et Dans de l’Ouest de la Cote d’ivoire.

Nous relevons ici la longue tradition de cohabitation entre musulmans et chrétiens en Côte d’Ivoire. Des populations de régions musulmanes ont cotisé pour construire la résidence de leur évêque ou de leur prêtre. Nous ne sommes pas ici dans une fiction c’est une réalité qui nous rassemble.

Des chrétiens ivoiriens participants au deuil de familles musulmanes. Des musulmans offrant la viande de la tabaski à leurs voisins chrétiens des témoignages unificateurs sont sous nos yeux sans aller aux nombreux mariages entre chrétiens et musulmans de Côte d’ivoire. Les mosquées en régions chrétiennes ou des temples et autres églises dans des régions islamisées n’ont jamais dérangé personne  à ce jour en Côte d’Ivoire.

C’est  ce que nous avons forgé en commun  pendant des décennies, que nous devons élever comme valeur afin d’éviter la noyade collective que nous proposent les politiciens véreux.

Voilà pourquoi les serviteurs des saintes écritures doivent prendre leur distance des politicards crapuleux qui n’ont que le clientélisme et la courtisanerie comme projet durable pour rester à la tête de l’état nation désossé qui sera en définitif l’affaiblissement  de toutes les composantes  de la Côte d’Ivoire.

VI  –  Postulat de conclusion générale

Nous sommes de ceux qui affirment haut et fort que la laïcité ne signifie pas absence de Dieu ou de croyance religieuse. La laïcité de l’état ne signifie pas le mépris et la négation  par l’Etat devant le fait religieux. Laïc ne veut pas dire ignorer les religions encore moins les combattre par des attaques ouvertes  ou avec des subtiles vexations. Refuser le concours financier de l’Etat aux écoles chrétiennes alors qu’on travail en sous main pour promouvoir des écoles islamiques est indigne de l’Etat laïque qui par essence doit créer les conditions d’épanouissement  de chacun dans le respect de ses convictions.

Le président Félix Houphouët-Boigny, catholique pratiquant fut interdit de communion à l’église pour cause de divorce avec sa première épouse. Félix Houphouët-Boigny avait vécu cela comme la plus atroce des punitions. Et pourtant l’église ivoirienne libre ne lui avait pas fait de faveur sur ce point.

Il a fallu attendre la veille de l’arrivée de Jan Paul II en Côte d’ivoire en mai 1980, pour qu’il se marie dans la plus stricte intimité avec Marie-Thérèse Brou, dans la chapèle de la nonciature apostolique à Cocody. L’événement était célébré par le représentant du saint siège en Côte d’Ivoire Mg Justo Mullor Garcia.

Ce n’est pas le rôle de l’Etat d’envoyer des croyants à la Mecque, à Jérusalem ou à Lourdes tous frais payés à l’heure où certaines régions n’ont même pas de l’eau potable, des maternités et des dispensaires qui  manquent de tout.

Aller en pèlerinage  vers un lieu saint relève de la vie privée. L’état en utilisant l’argent public pour financer ces voyages agit dans un but clientéliste en vu de constituer des consciences qui lui seront redevables. Cela n’est pas acceptable dans une période ou il y a d’autres urgences. C’est une manœuvre sordide et pernicieuse des antis laïcs. C’est une violation de la laïcité. La religion du citoyen relève encore une fois de sa vie privée ainsi que son pèlerinage dans un lieu saint.

Sur cette lancée, posons nous ouvertement la question : que fera l’Etat si les Harristes, les  christianismes célestes, les pentecôtistes, les assemblées de Dieu, les zoroastriens, les bahaïs,  la scientologie et autres raëliens demandaient demain le même traitement pour leurs pèlerinages ? Il ne faut pas commencer ce qu’on ne peut pas terminer et se concentrer sur les besoins les plus urgents de notre temps.

Il faut arrêter aussi pendant qu’on y est,  ces distributions de sucre, de lait et de sacs de riz à des mosquées pendant le carême musulman et cela avec l’argent de l’Etat. On retrouve souvent  ces denrées en vente sur les marchés. Ceux qui disent d’arrêter ne sont pas contre la communauté musulmane encore moins contre nos parents du nord. Il y a des musulmans dans notre propre famille.

Entendons nous bien dans un Etat laïc, le carême est purement  une affaire privée entre le croyant et sa foi. Il y a des musulmans en Italie, en Grande Bretagne, en France au Canada et aux USA, mais l’Etat ne finance pas leur pèlerinage et ne soutient pas leur carême avec des denrées alimentaires. C’est aussi cela la laïcité.

On nous répond souvent que c’est le président Houphouët-Boigny qui avait initié cette pratique. Nous disons ici  que nous ne sommes pas obligés de continuer ces pratiques clientélistes favorable à ceux qui veulent utiliser les moyens de l’Etat pour être proches des imans et autres marabouts truands ou escrocs.

De même que la basilique de Yamoussoukro fut le lieux de d’accueille des déplacés du Nord, du Centre et de l’Ouest de la Côte d’ivoire pendant cette affreuse rébellion et sa  guerre pour le pouvoir, nous voulons que la mosquée soit un lieu de protection pour tous les fils de Dieu désespérés par un régime dont le chef d’Etat musulman à par la répression, le tribalisme, l’exil, la torture, la coercition, les privations de toutes sortes et  l’emprisonnement,  poussé une partie du pays à croire que la vengeance et la  méchanceté gratuite sont devenues les règles d’or de la vie politiquer ivoirienne.

Tous les témoignages des anciens prisonniers de 1963 à Yamoussoukro Assabou, concordent sur un point important  quand le président était un chrétien pratiquant : l’église catholique à travers ses prêtres, avait permis aux prisonniers d’avoir des nouvelles de leur famille, de recevoir des vêtements de rechanges, des cigarettes pour ceux qui fumaient.

Des nécessaires de toilette, (savons, serviettes ou couvertures), des médicaments pour ceux d’entre eux qui étaient malades et la messe du dimanche dans la prison dans un moment de partage et de foi pour assurer la présence de Dieu auprès des gens qui étaient des innocents condamnés à mort par un tribunal d’exception, dont Philippe Yacé en était le procureur.

Nous avons du mal à comprendre que la communauté musulmane ivoirienne reste muette aujourd’hui quand sous un président musulman, les prisons sont  remplies jusqu’au toit par de nombreux chrétiens dont le seul crime est leur fidélité affichée à l’endroit de Laurent Gbagbo ?

Cela dit, l’Etat est laïc mais les imans ne sont pas des laïcs, ils doivent veiller par leur foi,  leur droiture morale et spirituelle sur ce trésor qu’est le vivre ensemble qui est le garant de l’harmonie de la paix et de l’équilibre de notre pays.

Se taire en de pareille circonstance, est une forfaiture et une complicité avec des implications de responsabilités face aux crimes qui sont sous nos yeux.

Voilà pourquoi nous disons que la laïcité de l’Etat est nécessaire dans la reconstruction de la Côte d’ivoire  comme un modèle économique et social qui donne une chance à chaque région, à chaque ethnie et à chaque religion de s’exprimer et de s’épanouir dans le cadre enrichissant d’une diversité nationale ou le partage et la solidarité nationale serait au centre de la vie commune.

C’est dans ce sens que nous rejoignons Françoise  Dolto, la célèbre psychanalyste française, qui nous disait hier encore que : « tout groupe humain prend sa richesse dans la communication, l’entraide et la solidarité visant à un but commun : l’épanouissement de chacun dans le respect des différences. »

Tel est le message dont nous sommes porteurs en ces heures douloureuses ou la laïcité s’effrite, car ses ennemis sont installés au cœur de l’Etat pour ouvrir la voie  au mépris, à l’arrogance et à la négation de l’autre.

C’est  malheureusement aujourd’hui une des règles de vie dans le marigot politique ivoirien.

Merci de votre aimable attention.

Dr  Serge-Nicolas NZI

Chercheur en communication

Lugano (suisse)

Te. 0041792465353

Mail. nicolasnzi@bluewin.ch

 

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