En Côte d’Ivoire les répliques mortelles d’une crise qui refuse de finir

Mis en ligne par La Rédaction | Mardi 7 août 2012


La récurrence, l’audace et les cibles qui caractérisent les attaques de ces dernières semaines ne semblent pas accréditer « la thèse du banditisme crapuleux » comme l’ont affirmé tôt le lundi matin, les autorités ivoiriennes.

Certes, le climat de post-crise que vit la Côte d’Ivoire, avec la circulation des armes, attestée par de nombreuses ONG, tend à indiquer qu’il n’est pas exclu que de simples malfrats soient enclins à perturber le climat social. Mais dans un tel cas de figure, les auteurs des attaques iraient se livrer à leurs opérations sur d’autres sites que ceux incarnant les forces de l’ordre et de défense ivoiriennes. Généralement mus par des intérêts pécuniaires, les auteurs d’actes délibérément crapuleux s’en prennent souvent à des cibles économiques. Or, ce n’est pas le cas dans les attaques meurtrières de ces derniers temps…

Une certaine volonté de faire mal au sein même de l’appareil sécuritaire ivoirien est perceptible dans tous ces actes. Comme un défi qu’on lance au nouveau pouvoir. Pratiquement, à la veille de la fête de l’indépendance.

Par ailleurs, la fréquence de ces attaques depuis celles d’il y a quelques semaines à l’ouest du pays, jusqu’aux toutes dernières dans la capitale ivoirienne, laisse croire qu’en arrière-plan, il y a une certaine coordination dont l’objectif visé est de nuire, voire saper le moral des nouveaux patrons du pays. Ainsi, on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit-là des conséquences de la crise postélectorale qui est loin d’avoir été résolue.

Il est peut-être trop tôt pour conclure que derrière ce regain de violences, se cachent les frustrés de la crise postélectorale.

Mais il faut tout de même dire que les nouvelles autorités n’ont pas forcément fait tout ce qu’il fallait, pour réduire le nombre de ceux qui avaient des raisons de leur en vouloir. C’est même le contraire, disent certains. Confondant curieusement conquête du pouvoir et conservation de ce dernier, Alassane Ouattara et ses principaux lieutenants semblent avoir pêché, en pensant que l’aide militaire française et onusienne permettait de résoudre tout les problèmes.

Hambak, ministre de la sécurité

Suffisance

C’est ainsi que faisant preuve d’une suffisance, le président ivoirien a conservé un discours et une approche va-t-en guerre. En même temps, il semble avoir surévalué le retour de la sécurité. Il est vrai qu’il pouvait raisonnablement surfer sur la ruée des investisseurs vers le pays. Cette ruée elle-même étant consécutive à l’image positive que les principales chancelleries occidentales se font de la Côte d’Ivoire post-crise. Mais de l’image à la réalité, il y a un grand écart dont les autorités ivoiriennes n’avaient visiblement pas conscience. Ou minimisaient à dessein.

Un écart qui s’incarne dans la circulation des armes, les tensions ethniques, la rancœur des nombreux frustrés et le sentiment d’une justice des forts et des vainqueurs. Un cocktail explosif à la base des attaques répétitives qui ont dernièrement endeuillé l’ouest du pays, y compris dans les rangs de la mission onusienne sur place. Mais aussi un ensemble de facteurs en arrière-plan des violences meurtrières de ces derniers jours en plein cœur de la capitale ivoirienne, dont le bilan s’élève à au moins une dizaine de morts dans les rangs de la nouvelle armée ivoirienne.

Justement, cette nouvelle armée semble moins homogène et cohérente que l’impression qu’elle donne. Moins loyale aussi. En effet, lors de l’attaque du camp d’Akouédo, les assaillants auraient bénéficié de complicités internes. Ce serait un aspect qui se sera révélé déterminant pour le succès de cette mission des plus audacieuses au point que les assaillants en auraient même profité pour piller l’armurerie du camp et se servir à souhait. Si cette information se vérifie, cela prouvera que la crise est moins isolée et plus complexe que ne voulait le croire Abidjan.

Il est à espérer qu’il ne soit pas encore trop tard pour ce pays qui goûtait à peine à une paix si chèrement acquise, ne se laisse « distraire » par les démons de la division, de la rancune féroce et de la revanche ou de la vengeance obstinées.

Boubacaar Sanso Barry pour GuineeConakry.info

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