Université de Korhogo – Rien n’est encore prêt

Mis en ligne par La Rédaction | Samedi 16 mar 2013


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Dans un amphithéâtre en finition, Dr. Diarrassouba Diakalia, enseignant d’économie, dispense, ce vendredi 2 mars, un cours de micro-économie à une centaine d’étudiants de la filière agropastorale. Il est 15h 45 minutes. A 500 mètres de là, une trentaine d’ouvriers s’emploie à achever la réhabilitation de la bibliothèque de l’ancienne Unité régionale de l’enseignement supérieur (Ures), un chef-d’œuvre architectural comprenant un sous-sol, un rez-de-chaussée et une mezzanine. De l’autre côté, deux hommes arrosent le gazon et des fleurs fraîchement plantées, pendant qu’une centaine d’étudiants devise ici et là sur les routes nouvellement bitumées de l’établissement. Bienvenue à l’université Peleforo Gbon Coulibaly de Korhogo, l’une des deux Ures (avec celle de Daloa) érigée en université depuis la réouverture, en 2012, des universités de Côte d’Ivoire. Ici, les cours ont officiellement démarré depuis le 23 octobre 2012 avec les étudiants de deuxième et troisième année des filières traditionnelles de l’ex-Ures. A savoir zootechnique et économie et gestion agropastorale. Aux anciens étudiants, sont venus s’ajouter, depuis la reprise des cours, plusieurs autres, à la faveur du lancement de nouvelles facultés telles que Lettres et arts, sciences sociales, sciences biologiques qui regroupent, entre autres, les départements de droit, anglais, lettres modernes, sciences économiques, géographie, sociologie, géologie. Au total, selon M. Yaya Konaté, secrétaire général de l’université de Korhogo, celle-ci a enregistré, au titre de l’année universitaire en cours, 1538 étudiants inscrits sur 2000 affectés. Un nombre insignifiant, comparativement aux universités Félix Houphouët-Boigny (de Cocody) et Nangui Abrogoua (d’Abobo-Adjamé) où l’on parle de plusieurs dizaines de milliers d’étudiants par établissement. Et pourtant.

2 amphis pour 2000 étudiants

Contrairement aux attentes des uns et des autres, sur le terrain, l’ex-Ures n’est une université que de nom. Et cela, pour diverses raisons. A commencer par les infrastructures. « Nous n’avons pas encore les infrastructures qu’il faut pour être une université. Figurez-vous, moins de 10% des investissements prévus dans le cadre de l’érection de cette Ures en université ont été réalisés à ce jour. Aucun nouveau bâtiment n’a encore été construit. Nous avons juste deux amphithéâtres pour 1538 étudiants inscrits sur les 2000 affectés ici. », déplore M. Yaya Konaté. Or, estime-t-il, en principe, il faut un amphi pour chaque unité de formation et de recherche (Ufr). « Nous sommes obligés d’aller squatter des salles dans d’autres établissements. Notamment au lycée Houphouët-Boigny, (les deux établissements sont voisins) », poursuit-il.

Aucun professeur titulaire en place

Le collaborateur du Pr. Coulibaly Adama (président de l’université) se dit sérieusement inquiet pour l’avenir, d’autant plus que chaque année, 2000 nouveaux étudiants y seront orientés. « Nous avons énormément besoin d’amphis. Au moins huit. Nous avons également besoin de nouvelles salles de classe et de laboratoires. », Plaide-t-il.

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Encore en plein chantier, l’Université de Korhogo est loin d’être une académie digne de ce nom

Outre l’insuffisance des infrastructures, l’université Peleforo Gbon Coulibaly de Korhogo est confronté à un autre problème, non moins sérieux. Il s’agit de l’absence de professeurs titulaires. Conséquences : les cours magistraux n’ont pas encore démarré dans la plupart des facultés. Puisque seuls les professeurs titulaires sont habilités à les faire. C’est le cas, entre autres, en droit. Où, à en croire les étudiants, il n’y a eu qu’un seul cours magistral, depuis le retour des congés de Noël. Selon Gbéyéré Aristide, étudiant en 1ère année de droit, c’était un cours de micro-économie. Ce qui n’est pas fondamental dans cette filière. « Jusqu’à ce jour, nous n’avons fait aucun cours fondamental en droit. Et lorsque nous approchons l’administration pour en savoir les raisons, on nous demande de patienter. Car les professeurs titulaires sont encore hors du pays ou à Abidjan et qu’ils attendent de percevoir leurs indemnités avant de venir ici. Franchement, nous sommes dans le flou et on attend », s’inquiète-t-il. Inquiétude partagée par le secrétaire général de l’université. Qui se dit cependant que les choses iront mieux, peut-être dans cinq ans, lorsque certains parmi les 103 enseignants permanents recrutés pour le compte de l’université auront le grade de professeur titulaire.

Pas de cité universitaire, pas de téléphone fixe, pas de wifi

Outre ces besoins indispensables, l’université Gbon Coulibaly souffre également d’un manque de cité universitaire. Ce qui complique la situation des étudiants dont la plupart n’ont pas de tuteur. C’est le cas de Gbéyéré Aristide, qui, après un Bac D obtenu à Abidjan, a été orienté dans cet établissement. Faute de cité universitaire et sans tuteur, il loue avec sept de ses camarades, un deux-pièces, à Belle-ville, un quartier populaire de la ville. La maison est située à environ 5 km de l’université et coûte 10 000 francs par mois. Le pire, estime Gbado Kouao Gabin, en licence 1 de gestion agropastorale, c’est le manque de moyens de transport. « Il n’y a pas de taxi à Korhogo. Il n’y a que des motos-taxis. C’est effrayant et c’est cher. Je dépense au moins 1000 francs par jour. Quand on ajoute à cela la nourriture, les frais de cybercafé, nous nous retrouvons à 3000 francs par jour, comme dépense. C’est intenable», se lamente-t-il.

Pas de réaction avant la visite du ministre.

En attendant la construction d’une cité universitaire, quelques étudiants seront logés, dans les prochains mois, dans les locaux de l’ancien internat du lycée Houphouët-Boigny. Les bâtiments sont en réhabilitation. Le premier sera livré dans les deux prochaines semaines, à en croire l’entrepreneur. Il comprend 28 chambres doubles. Ce qui est insignifiant par rapport aux demandeurs. « D’ailleurs, toute la cité réhabilitée ne pourra contenir que 530 lits. La plupart des étudiants seront donc obligés de se débrouiller», prévient le secrétaire de l’université. Outre les chambres, les étudiants devront attendre en ce qui concerne l’internet. « Nous sommes isolés en ce qui concerne la téléphonie. Nous n’avons ni téléphone fixe, encore l’internet via le Wifi », relève Yaya Konaté. « Cela nous crée de sérieux ennuis. Puisqu’avec le système Lmd (Licence-Master-Doctorat), l’accent est mis sur les recherches personnelles. Nous sommes donc obligés d’aller dans les cybercafés pour travailler. Or la connexion est défaillante dans les cybercafés de Korhogo. Il faut 20 à 30 minutes pour ouvrir simplement une page Internet. Or on nous fait payer une heure à 300 F, voire 500 F par endroits. Pour des étudiants qui sont sans moyens, voyez-vous ce que

cela représente ? », S’interroge Doué Daniel Wenceslas, étudiant en Licence 3 de Zootechnie.

Approchés, les services techniques du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique ont indiqué que le ministre Cissé Bacongo effectuera, en debut de semaine prochaine, une visite sur les sites des universités de l’intérieur du pays. Par conséquent, ils n’ont pas de déclaration à faire avant cette visite.

Casimir Djezou

Envoyé spécial à Korhogo

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4 Commentaires ... participez vous aussi à la discussion.

  1. lemieuxx 16 mars 2013 à 14:16 -

     »Université de Korhogo – Rien n’est encore prêt »

    Oui on le sait, il faut commencer par quelque part. Pour détruire c’est en un jour mais pour construire ça prend des années.
    Lorsque vous parliez de Refondation, il fallait détruire et c’est ce que vous avez fait pendant 10 ans maintenant c,est la phase de la reconstruction. Laissez les gens travailler enfin

  2. Kryptos 16 mars 2013 à 16:47 -

    @lemieuxx qui a detruit les U de bouake et korhogo ? La fesci ou le MPCI et et le RDR ?

  3. lemieuxx 16 mars 2013 à 18:44 -

    @Kryptos
    toi tu etais ou

  4. Peace101 16 mars 2013 à 19:09 -

    Et dire qu’on a déjà dépensé plus de 110 milliards à cet effet. Combien d’autres centaines de milliards faudra-t-il cette fois-ci ? Comme quoi, Bacongo et ses entrepreneurs rehabilitateurs ont encore du boulot sous la main.