Liberté de la presse en Côte d’Ivoire – le film de la Libération des 4 déténus, hier

Photo © Willy Aka / Connectionivoirienne.net

 

Liberté de la presse en Côte d’Ivoire – Les 3 journalistes de Le Nouveau Courrier et le chargé de communication du Procureur de la République ont quitté la MACA ce mardi matin

Mardi 27 juillet 2010. 11 heures et 15 minutes tapantes. Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA). Stéphane Bahi Guédé, Théophile Kouamouo et Oula Saint-Claver, respectivement directeur de la publication, directeur des rédactions et rédacteur en chef du quotidien Le Nouveau Courrier franchissent le pas du grand portail d’entrée de la plus grande prison civile de Côte d’Ivoire. Enfin libres ! Avec eux, Patrice Pohé, journaliste et éditeur de presse, conseiller en communication du Procureur de la République.

Les trois journalistes de Le Nouveau Courrier séjournaient à la MACA depuis plus d’une semaine (vendredi 16 juillet). Le Procureur Tchimou Raymond Féhou les a fait écrouer après quatre jours de détention préventive (mardi 13, mercredi 14, jeudi 15 et vendredi 16 juillet) à la Police criminelle (ex-PJ) au Plateau. Pour avoir publié dans leur journal, une partie des conclusions des enquêtes menées – et bouclées, la précision est importante puisque le dossier est sorti du Parquet et se trouve entre les mains du Président de la République ! – depuis plus de deux ans par le chef du parquet d’Abidjan ; et portant sur d’importantes malversations financières et des détournements massifs de fonds dans la filière café-cacao.

L’émotion et la joie étaient palpables sur les visages des parents et amis des détenus enfin libres – les épouses de Kouamouo et de Oula ainsi que la maman de Bahi étaient sur les lieux. Les quelques journalistes des médias nationaux et internationaux qui ont fait le déplacement – il n’y avait pas beaucoup de journalistes car c’est seulement vers 9 heures que l’alerte de leur sortie de prison, prévue pour 10H, a été donnée – affichaient également une mine fort réjouie à la vue de leurs confrères désormais hors des liens de la détention. Une haie d’honneur a été aussitôt dressée pour accueillir les 4 ex-prisonniers de Tchimou, qui ont été longuement ovationné et acclamé par la petite «colonie» présente. Nadine, la conjointe de Théo, fond en larmes quand elle se jette dans les bras de son époux ; imité par celui-ci. Mme Oula est toute sourire à la vue de son mari, qui reste stoïque face aux «épreuves et humiliations» que leur a fait endurer le Procureur Tchimou.

En sa qualité de porte-parole des trois journalistes de Le Nouveau Courrier, Saint-Claver Oula a remercié chaleureusement le Comité ivoirien pour la Protection de Journalistes (CIPJ), seule organisation professionnelle des médias présente à leur sortie de prison. Ce, pour toutes les actions menées, notamment le mémorable sit-in organisé le vendredi 23 juillet 2010 devant le Palais de Justice d’Abidjan-Plateau, en vue de leur libération et le respect de la liberté de la presse en Côte d’Ivoire.

Par Willy Aka

Anassé Anassé pour la Rédaction de www.connectionivoirienne.net

Propos des détenus dès leur sortie de la Maca (Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan)
Patrice Pohé, conseiller en communication au parquet d’Abidjan
« Je suis Patrice Pohé, journaliste professionnel, conseiller en communication au Parquet d’Abidjan-Plateau, et président de la Conférence nationale des directeurs de publications de Côte d’Ivoire. Le droit a été dit et nous saluons cet éminent juriste qui vient de rentrer dans l’histoire de notre appareil judiciaire en Côte d’Ivoire. Je profite de votre micro pour dire merci à toute la presse nationale et internationale. Dire merci pour avoir fait échouer un complot ourdi contre la presse. Parce que là, les ennemis de la liberté de la presse ont voulu détourner la loi de 2004 dont la Côte d’Ivoire s’est dotée pour les journalistes professionnels. Je pense que le plus dur reste à faire parce que c’est un cas de jurisprudence qui a été évité, et je voudrais que les journalistes, les présidents des associations de la presse en Côte d’Ivoire soient toujours mobilisés pour faire barrage à tous ceux qui sont un frein à la liberté des journalistes. Merci à tous nos amis, parents et tous ceux qui, de loin ou de près nous ont soutenu. Parce que le droit a été dit et le droit a triomphé sur ce que je peux appeler la caporalisation des médias par certaines personnes qui veulent faire passer leur humeur pour la réalité.

Saint Claver Oula, Rédacteur en chef de « Le Nouveau Courrier », et porte-parole des trois journalistes en liberté

Au nom de tous mes camarades, Théophile Kouamouo qui est notre chef à tous, et Stéphane Bahi Guédé, le directeur de publication, j’aimerais dire merci ! Du fond de notre cœur, à tous nos confrères des médias nationaux et internationaux qui se sont mobilisés et nous ont soutenu durant ces dures épreuves que nous avons traversées. C’est grâce à leur soutien que nous sommes demeurés forts dans ces épreuves. Nous étions chaque fois informés de la mobilisation qui est faite sur le terrain et de la création du Cipj (Comité ivoirien pour la protection des journalistes), que nous soutenons, que nous appuyons et nous vous disons déjà que nous sommes des membres actifs. Ce que nous voulons que les gens retiennent, c’est qu’il y’a une nouvelle confiance qui est en train de naître au sein de la presse ivoirienne. Il ne faudrait pas céder à l’intimidation et c’est ce que nous avons fait jusque-là. Je salue et remercie l’engagement de nos aînés, que je n’aimerais pas citer ici pour ne pas oublier d’autres, qui nous a vraiment fortifié. C’est vrai, nous avons traversé des difficultés, des humiliations, des violons de la police criminelle où nous avons été confondus à des bandits des grands chemins, notre état de santé a pris un coup mais nous sommes restés dignes. Nous voulons par la même occasion, interpeller les autorités ivoiriennes pour dire que les journalistes ne sont pas des bandits pour qu’on puisse les mâter quand ils veulent s’exprimer. C’est pourquoi, nous condamnons fermement les représailles qu’il y a eu vendredi dernier au Plateau contre nos confrères (lors du sit-in organisé par le Comité ivoirien pour la protection des journalistes devant le Palais de Justice).
A partir de cet instant, nous voulons dire qu’il ne sert à rien de s’acharner contre les journalistes qui ne font que faire leur travail. Pour ceux qui étaient au tribunal hier, ils ont pu constater que le juge a reconnu que nous ne sommes pas coupables et que nous avons fait notre travail de façon professionnelle. Là-dessus, nous n’allons pas faiblir. Il faudrait que les gens sachent que nous sommes déterminés à faire notre travail de journaliste. Et tant qu’il y aura des voleurs à cols blancs dans ce pays, nous seront là pour les débusquer et les dénoncer ; c’est le travail que nous faisons et nous n’allons pas céder à une quelconque influence venant de qui que ce soit. Nous remercions infiniment tous les confrères nationaux et internationaux et nous souhaiterions prendre rendez-vous un autre jour avec vous pour vraiment communier autour de cette libération, qui est la vraie date de la liberté de la presse en Côte d’Ivoire.
Une question à…
Anassé Anassé, membre du comité ad’hoc du Cipj (Comité ivoirien pour la protection des journalistes)
Anassé Anassé, membre du comité ad’hoc du Comité ivoirien pour la protection des journalistes (Cipj), la seule organisation des journalistes présente à la Maca le 27 juillet 2010 lors de la libération des journalistes incarcérés depuis le 13 juillet, a fait la déclaration suivante au nom du Cipj :
« Notre premier sentiment, c’est la satisfaction totale. D’abord de leur libération, parce qu’effectivement il y a la loi sur la presse, et c’est cette loi-là qui devrait être appliquée, et le juge l’a dit hier. Nous le félicitons et nous nous réjouissons de libération de nos camarades. De deux, nous saluons la solidarité des journalistes nationaux et internationaux autour des trois confrères et le patron des directeurs de publication, Patrice Pohé, qui est par ailleurs le chargé de communication du Procureur Tchimou. Pourquoi ? Parce qu’évidemment, cela allait faire jurisprudence en Côte d’Ivoire et pour un oui ou pour un non, on pourrait invoquer des faits fallacieux pour jeter des journalistes en prison.
Donc, le Cipj tient à réaffirmer son soutien total et indéfectible à la liberté de la presse, et à le faire respecter garantir par tous moyens. Raison pour laquelle, nous nous sommes mobilisés le vendredi 23 juillet 2010 devant le palais de justice pour organiser un grand sit-in qui a été, certes, réprimé par la police, sur ordre du Procureur de la République, mais nous avons tenu ferme. Et aujourd’hui les résultats sont là, nous tenons à saluer tous les confrères de la presse nationale et internationale pour leur mobilisation.
Le porte-parole de ceux qui ont fait leur travail et qui ont été injustement jeté en prison l’a dit, le Cipj est un mouvement qui va prospérer et qui va se battre de façon légale sur le terrain par tous moyens pour protéger et préserver le droit des journalistes aussi bien en Côte d’Ivoire qu’à l’extérieur du pays. Parce que le journaliste n’est pas la cinquième roue de la charrette, les journalistes ont fait des études. Si vous lisez la loi sur la presse de 2004, vous verrez que pour être journaliste en Côte d’Ivoire, le minimum, c’est la licence ou la maîtrise, c’est-à-dire un Bac+3 ou un Bac+4. Il y a des journalistes qui ont des doctorats et qui sont dans des rédactions. Les journalistes ne sont pas les brebis galeuses de la société. Nous faisons notre travail, et si des gens peuvent aller détourner des centaines de milliers de milliards de Fcfa pour affamer nos populations, je suis désolé, on ne va pas coudre nos bouches, casser nos caméras, fermer nos micros et casser nos plumes. Nous allons les dénoncer, quel que soit ce que cela doit nous coûter, même au prix de notre vie ».

Propos recueillis par Sériba Koné pour www.connectionivoirienne.net

Avec ANASSE Anassé

Journaliste Professionnel

Directeur local du journal en ligne
www.connectionivoirienne.net ou www.j-ci.net

ENTRÉES COMPLÉMENTAIRES

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.