Gbagbo: Comment il vit sa nouvelle vie de prisonnier à La Haye

L’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo s’est adapté à son nouvel environnement carcéral. Transféré à la Cour Pénale Internationale (CPI) le 30 novembre dernier, il n’a pas mis assez de temps pour se familiariser au mode de vie de la prison hollandaise de Scheveningen, le centre pénitentiaire situé dans les faubourgs de La Haye qui héberge les détenus de la CPI, du TPIY (Tribunal Pénal International pour la Yougoslavie) et du TSSL (Tribunal Spécial pour la Sierra-Leone). Passé le «choc» émotionnel de ce voyage-éclair en Hollande, comme l’a expliqué son avocat Maître Emmanuel Altit, Laurent Gbagbo réapprend à vivre une vie «normale».

En effet, lors de sa première audition par les juges de la Cour, lors de l’audience de comparution qui s’est déroulée le lundi 05 décembre dernier, le prisonnier le plus célèbre de toute l’histoire de la Côte d’Ivoire a révélé lui-même qu’il était satisfait des conditions de détention à La Haye. Comparativement à son assignation à résidence à Korhogo, où il s’est plaint de n’avoir «pas vu le soleil» assez souvent ; et aussi de ne pas pouvoir se promener dans la cour de «sa villa» ou de faire des exercices physiques.

Au pénitencier de Scheveningen, Laurent Gbagbo dispose d’espace pour se mouvoir et d’installations pour entretenir sa forme physique, morale, intellectuelle et spirituelle. Selon une note interne de la CPI intitulée «Comprendre la Cour Pénale Internationale», l’emploi du temps quotidien du quartier pénitentiaire permet à l’ancien chef de l’État ivoirien d’effectuer une promenade dans la cour de l’établissement (en plein air avec vue sur le ciel), de faire des exercices, de participer à des activités manuelles, de s’adonner à des activités sportives et de loisirs, etc. La prison dispose en effet en son sein, d’un court de tennis, d’un terrain de basket-ball et d’une salle de jeu baby-foot.

Laurent Gbagbo bénéficie également d’un suivi médical régulier, comme il l’a fait savoir déjà à sa première audience. Il a été soumis dès son arrivée à La Haye à des examens médicaux complets, et des soins de santé appropriés lui sont administrés pour calmer ses arthrites et ses douleurs articulaires et musculaires, notamment à l’épaule et aux poignets. En outre, Laurent Gbagbo loge dans une cellule individuelle de 10 mètres carrés équipée de chauffage (pour faire face au froid de l’hiver) et d’appareil pour le conditionnement de l’air (en temps de chaleur, par exemple en été). L’ex-numéro un ivoirien dort dans un lit monoplace en fer, et sa «chambre» dispose d’une salle d’eau (douche et toilette), d’un lavabo, l’une petite cuisine pour confectionner ses repas personnels – s’il ne veut pas manger la nourriture servie par l’établissement. Dans ce cas, il peut lui être affecté à sa demande, les services d’un cuisinier.

Télé, ordi, bibliothèque… et droit de visite !

La cellule individuelle de l’ex-chef de l’État dispose également de meubles de rangement, d’une chaise et d’une table de travail sur laquelle est posé un ordinateur multimédia. Selon ses communicants en Europe, Gbagbo a même droit à Internet, et ses sympathisants piaffent déjà d’impatience de le voir sur Facebook ! Cet équipement informatique personnalisé est la propriété «privée» du président Laurent Gbagbo, afin de lui permettre de travailler sur son dossier. Il a même droit à des cours informatiques accélérés s’il le souhaite. Son ordinateur est connecté à un ordinateur spécifique de la Cour auquel seul son conseil, en l’occurrence son avocat Me Emmanuel Altit (il est pour l’instant l’un des seuls avocats de Gbagbo inscrit au Barreau de la CPI) peut accéder. Son conseil juridique peut ainsi lui communiquer ou transférer des informations liées à l’affaire, et l’ancien chef de l’État ivoirien peut faire ses observations et commentaires avant de les retourner à son ou ses avocat(s). Mais ce qui «réjouit» le plus Laurent Gbagbo en ce moment, c’est la bibliothèque de la prison.

De sources proches de ses conseils juridiques, l’ancien chef de l’État ivoirien passe le maximum de son temps dans la salle de lecture, où il peut compulser les journaux, magazines et livres rangés sur les étagères. Gbagbo a même déjà passé commande auprès de ses avocats, de livres qu’il souhaiterait lire… Toujours à la bibliothèque, il peut regarder la télé et s’informer sur la marche du monde, voire de son pays la Côte d’Ivoire. A La Haye, Laurent Gbagbo n’est pas «orphelin» comme il l’a été pendant les huit (08) mois de détention à Korhogo. Où il n’avait comme seul «compagnon» de résidence, que son médecin personnel, Dr Blé Christophe ; et de temps à autre, des visites de ses avocats. Depuis qu’il est arrivé au centre pénitentiaire de Scheveningen, l’ancien chef de l’État ivoirien a déjà reçu à quatre reprises, la visite de son conseil juridique attitré. Me Emmanuel Altit l’a rencontré pour la première fois au lendemain de son arrivée à la CPI, le jeudi 1er décembre. Ensuite le samedi 03 décembre pour préparer l’audience du lundi décembre, puis dans la matinée de ce lundi avant sa comparution devant les juges, et le lendemain de cette audition, c’est-à-dire le mardi 06 décembre. Gbagbo a aussi droit à la visite hebdomadaire d’un ministre de culte ou d’un conseiller spirituel. Sur la liste de ses visiteurs, hormis ses avocats qui ont un droit de visite quasi-quotidienne, l’ancien chef de l’État ivoirien peut aussi recevoir des membres de sa famille biologique, les représentants de l’ambassade de la Côte d’Ivoire au Pays-Bas ou tous ses compatriotes qui en font la demande (dans les deux derniers cas cités, leurs requêtes sont soumises à un examen très minutieux du Greffe de la Cour). Déjà, sa fille Marie-Antoinette Singleton qui vit aux États-Unis d’Amérique est la première de ses enfants à avoir contacté, par le biais de son avocat, la CPI à l’effet d’aller rendre visite à son père. De bonne source, la procédure est très bien engagée, et la jeune dame qui n’a pas vu son ex-président de père depuis plus de deux ans, pourrait étreindre Laurent Gbagbo dans les prochains jours et semaines, à La Haye. Selon les premières informations en notre possession sur le séjour de Gbagbo à la CPI, l’ex-chef de l’État qui était un couche-tard quand il était en fonction, a radicalement changé ses habitudes. Laurent Gbagbo se met au lit vers 22H30 après sa méditation du soir, et se lève très tôt, à 5H du matin, nous dit-on, pour faire une introspection et effectuer sa première prière du jour.

Anassé ANASSE

Avec L’Inter


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