Conflit foncier du Goin-Débé en Côte-d’Ivoire – Ne pas se tromper d’analyse et de position !

Mis en ligne par La Rédaction | lundi 23 Oct 2017

Par Cnnectionivoirienne

Depuis la mi-septembre 2017, l’Ouest de la Côte d’Ivoire connait une escalade de la violence. Un conflit foncier oppose des communautés ivoiriennes et étrangères dans la forêt classée du Goin-Débé, dans la région du Cavally.

Tout a été écrit et dit sur cette nouvelle flambée de violence qui trouble la paix sociale dans cette partie du pays. Les causes sont connues, les responsabilités situées. Il ne reste plus que les solutions durables de l’Etat. Et c’est ici que tout coince car à la réalité, l’Etat semble impuissant et les tueries n’en finissent pas. Quatre morts sont à déplorer depuis vendredi dernier parce qu’au lieu et place d’une solution durable et équitable pour tous, les autorités ivoiriennes ont privilégié des solutions ponctuelles inefficaces.

En fait sur la base d’un accord négocié et écrit que les parties en conflit ont signé, l’Etat a autorisé la communauté baoulé à retourner dans les campements alors que le désarmement qui s’impose dans une telle situation n’a pas connu un début de réalisation. Les forces de l’ordre y sont déployées certes, mais leur action ne peut être efficace là où les belligérants n’ont pas encore fumé le calumet de la paix. Or c’est eux, les maîtres du terrain. C’est eux qui connaissent mieux le territoire et peuvent poser des embuscades où bon leur semble pour réveiller le conflit à tout moment.
Selon nos informations et nos lectures, les communautés sœurs que sont les baoulé d’une part et les Wê d’autre part se disputent une importante superficie de cacao en production, 9 mille hectares laissés par un intrigant exploitant burkinabé du nom de Salam Ouédraogo dans une forêt considérée comme classée depuis le début des années 70. Tout le monde le sait dans la région et l’Etat de Côte d’Ivoire le sait. Malgré tout le conflit perdure et la comptabilité macabre continue.

Aujourd’hui, on est passé d’un conflit économique à un conflit sociopolitique à cause d’une propagande malsaine faite de désinformation et de victimisation. Qui a intérêt à alimenter un conflit interethnique après ce que le pays a traversé ces dernières années, la région ouest en particulier ?

Depuis un certain temps, certaines personnes, des journalistes y compris, attise la haine tribale et veulent absolument créer un conflit Baoulé/Guéré dans une Côte d’Ivoire en quête d’unité où les peuples sont imbriqués les uns dans les autres. Il ne faut surtout pas se tromper d’analyse et de solution. Quand on a vu les effets dévastateurs d’une production cinématographique volontairement génocidaire comme « Côte d’Ivoire, poudrière identitaire » du belge Benoît Schauer, il faut se garder de jeter de l’huile sur le feu en attirant la couverture sur une communauté au détriment d’une autre.
Nous devons tous, au nom de l’unité nationale mettre la pression sur le gouvernement en vue d’une solution idoine qui impose la paix à tous. Il ne faut surtout pas faiblir et laisser perdurer le conflit qui pourrait contaminer les régions voisines qui souffrent elles aussi de la même pression sur les terres cultivables.

Est-ce que le Goin-Débé est une forêt classée ? Si oui, alors l’Etat prend la solution radicale d’expulser tout le monde, de relocaliser les populations non autochtones avec un accompagnement et de détruire toutes les plantations querellées. Si cette solution est douloureuse à appliquer, alors l’Etat prend la décision courageuse de déclasser cette forêt déjà en souffrance, procède à une redistribution équitable des plantations sur la base des accords existants y compris par la contrainte, désarme les belligérants et laisse un contingent des forces de l’ordre chargé d’observer le cessez-le-feu.
Sinon ce qui se passe actuellement dans cette partie du pays, au nom des intérêts mesquins et des alliances politiques, n’honore guère la Côte d’Ivoire. Il faut faire l’économie de cette guerre qui, somme toute, couvait depuis longtemps, mais que les autorités par négligence n’ont pas vu venir.

Non, il n’y a pas de conflit Baoulé-Guéré. Il y a une crise entre des frères ivoiriens qu’il faut éteindre au plus vite. Les uns et les autres doivent appeler à la retenue en mettant hors d’état de nuire tous les instigateurs dont M. Yao Koffi Prince formellement identifié comme le meneur et celui qui arme des belligérants.

SD à Abidjan
sdebailly@yahoo.fr

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  1. Coigny 23 octobre 2017 at 22:04 -

    Fortement médiatisée, l’opération de déguerpissement et de destruction de plantations dans cette forêt classée devrait donner un sérieux coup de fouet à la remontée des cours du cacao. Il n’y a aucun cynisme là-dessous.

  2. Pangloss 24 octobre 2017 at 10:40 -

    Le conflit de la forêt classée du Goin-Débé résumé en quelques lignes pour ceux qui ne savent pas le fond de l’affaire qui oppose les communautés ethniques à Guiglo.
    1. Le Goin-Débé est une forêt classée située dans la région de Guiglo, en pays Wê. Cette forêt a été saisie d’autorité par l’état dans les années 60 pour en faire une forêt classée. En d’autres termes, l’état a arraché cette terre aux Wê et l’état est devenu le propriétaire de cette forêt. Cela, sans aucune contrepartie aux Wê. Ce n’est pas un problème en soi, l’état a le pouvoir d’agir de la sorte et les forêts classées et autres réserves existent aussi dans d’autres régions du pays.
    2. Depuis quelques années, des clandestins ont commencé à s’installer dans cette forêt pour y cultiver du cacao et cela s’est accentué depuis 2002 et 2011 en particulier. Les clandestins sont essentiellement des Baoulés et des Burkinabés. Les Baoulés se sont installés sur une rive de la grande rivière qui traverse cette forêt tandis que les Burkinabés se sont installés sur l’autre rive. Il s’est installé une filière cacaoyère agro-commerciale à part entière autour des plantations illégales des occupants illégaux.
    3. Les autochtones Wê ne se sont pas joints à ce mouvement de clandestins. Ils ne se sont pas installés dans la forêt comme les autres occupants illégaux au début. La raison principale est que depuis les années 60, il a toujours été dit aux riverains Wê que c’est interdit d’aller dans cette forêt pour y faire des champs ni faire la chasse et donc les Wê sont restés habitués au respect de cette interdiction, surtout qu’il y a des cantonnements des Eaux et Forêts qui veillent à ce que cette interdiction soit respectée.
    L’autre raison pour laquelle les Wê ne se sont pas installés dans la forêt classée comme les autres occupants illégaux venus du centre et du Burkina est d’ordre sécuritaire. Les clandestins burkinabés qui se sont installés au Goin-Débé avaient un contingent armé dirigé par un chef de guerre qui y faisait la loi et il avait interdit que les Wê s’aventurent dans cette forêt. C’est le même mode opératoire que dans la forêt classée du Mont Péko à Bangolo. Depuis 2002 que la rébellion a éclaté en Côte d’Ivoire, l’Ouest a connu de grands bouleversements. En particulier, les Wê ont été attaqués par des burkinabés qui ont été enrôlés par le MPIGO et le MJP, des composantes du MPCI. Des massacres ont été commis contre les Wê et depuis lors les Wê vivent en coupe réglée sous la menace des armes des milices armées burkinabés de Ouremi au Mont Péko et Yaméogo au Goin-Débé.
    4. Quelques années après 2011, suite aux attaques répétées des milices burkinabés, leurs chefs ont été arrêtés. Ouremi et Yaméogo sont donc en prison (officiellement) pour divers crimes. Dans le Mont Péko la bande de Ouremi s’est réorganisée pour poursuivre la culture illégale du cacao. Au Goin-Débé la bande à Yaméogo s’est disloquée et beaucoup de ses miliciens ont déserté les lieux pour échapper aux poursuites pour les crimes qu’ils ont commis. Ainsi donc la rive de la rivière occupée par les clandestins burkinabés a été presque abandonnée. Sur l’autre rive, les Baoulés continuent de faire leurs cultures et certains Baoulés ont pris position sur la rive abandonnée par les burkinabés.
    5. Des Wê ont aussi commencé petit à petit à s’installer dans la forêt, sur la rive abandonnée par les milices burkinabés et le clash entre Wê et Baoulés arriva.
    6. Le clash entre les occupants illégaux Baoulés et Wê se fait autour de deux points focaux. Le premier c’est la question des plantations abandonnées par les burkinabés sur lesquelles les clandestins Wê et Baoulés se battent. Le second problème c’est le manque d’ordre et d’autorité entre les occupants illégaux sur l’occupation des autres espaces de cette forêt. Une chefferie s’est établie au niveau des occupants Baoulés et réclame une autorité tandis que les Wê, autochtones de la région ne se reconnaissent pas en cette autorité.

    7. Les autorités administratives de la région tentent de trouver des solutions à cette crise mais jusque là il n’y a pas encore de retour au calme.

    Apollos Dan Thé