Anaky aux populations de Côte d’Ivoire : «Célébrons Houphouët à petits pas !»

Mis en ligne par La Rédaction | mardi 13 Fév 2018

Dans la parution de Fraternité Matin à la date du Mardi 30 Janvier 2018, l’éditorialiste Venance Konan s’arme encore une fois du courage et de l’impertinence de l’affection frustrée en demandant à la Côte d’Ivoire, et aux Ivoiriens, de se décider, une fois pour toutes, en cette année 2018, de commencer à édifier un vrai musée et des monuments dignes de ce nom à la mémoire de Félix Houphouet Boigny, le Premier Président de notre République.

Ce pamphlet rageur de Venance Konan, a retenu l’attention de tous les Ivoiriens, nonobstant les origines, les conditions sociales et les générations, même si les modernes adolescents d’aujourd’hui peuvent se demander dans quel énième combat des anciens on voudrait les entrainer.

Ainsi donc, en 2018, près de soixante ans après l’Indépendance de la Côte d’Ivoire, et presque un siècle et demi après que les puissances européennes aient procédé au tracé des différents territoires de l’Afrique à Berlin, on nous fait la révélation que l’histoire de notre pays n’arrive pas encore à s’écrire dans le marbre de sa conscience collective !

Oui, c’est bien ce qu’induit le fait que la figure la plus emblématique, et qui, à l’évidence, a le plus porté l’histoire de notre pays, Houphouet, ne soit pas encore dignement célébrée !

Et, cela, bien que tous ceux qui ont accédé au pouvoir d’état après Houphouet Boigny aient proclamé procéder de son œuvre et de sa vision !

Nous sommes donc en 2018, 25 ans après son rappel à Dieu, et en dépit de toutes les déclarations d’intention et des appels répétés de tous et à tous, la Côte d’Ivoire ne peut encore, à ce jour, présenter à ses populations et aux visiteurs des monuments, ouvrages ou musées consacrés à la personne de Félix Houphouet Boigny, son Premier Président, auquel tout le monde accorde la paternité de la Côte d’Ivoire moderne !

Nous sommes en droit de craindre, avec Venance Konan, qu’au 31 décembre 2018, rien de vraiment significatif ne soit encore engagé dans le sens de son souhait, qui est d’ailleurs celui de tout le monde sur la terre Ivoirienne.

Mais, n’est il pas temps, pour nous tous, de retirer nos pieds de la pédale de l’émotion, proche de la culpabilisation facile, sinon de l’auto flagellation, pour nous poser quelques petites questions relevant du bon sens commun ?

D’abord, dans tous les pays, les monuments, statues ou mausolées célébrant soit de grands épisodes de l’histoire, soit des personnages ou leaders exceptionnels, font toujours l’objet d’une appropriation collective installée dans l’inconscient des populations.

L’évènement ou le héros qu’on célèbre font corps avec la vie sociale.

Le message est inlassablement servi et repassé le long des années de l’éducation des enfants, d’abord en famille, à la maison, et dans la cité, puis à l’école ;

L’une des grandes missions du système éducatif est d’entretenir ce flambeau, et même de l’aviver lorsque des crises exigent qu’on s’y réfère.

L’école enseigne d’abord la nation !

Est-ce le cas chez nous de nos jours ? Quels ancêtres demandons-nous à nos enfants d’adopter pour succéder aux Gaulois ? Astérix et Obélix ne demeurent ils pas en embuscade sur toutes les tablettes et autres gadgets des NTIC ?

Le second degré de complexité est installé dans le fait que, dans l’histoire, la plupart des grandes figures se sont fait, de leur vivant, une idée erronée, idyllique même, de la perception et de l’appréciation que leurs contemporains avaient d’eux.

Et, sur ce chapitre, la Côte d’Ivoire et Houphouet pourraient constituer un exemple d’anthologie.

Après plus de 40 années à la tête de la Côte d’Ivoire, Houphouet s’estimait aimé, adulé et adoré de tous. Il était convaincu qu’après son rappel à Dieu, la préoccupation première de tous les Ivoiriens serait de le célébrer pour l’éternité.

Son égo narcissique devait lui projeter sa statue, dressée au sommet d’une pyramide, dont la base devrait couvrir toute la Côte d’Ivoire !

Mais il s’est hélas trompé, lui qui était pourtant un grand connaisseur des hommes devant l’Eternel ! Les humains et leur nature constituent des entités très complexes, et la destruction complète de son dernier palais, qui pourrait être vue comme la dernière étape de ses obsèques, est sans appel sur le sujet.

Dans pratiquement tous les pays du monde, les grands monuments et les statues ont été conçus, financés, exécutés et contrôlés par les hommes d’état qui étaient toujours eux même les premiers concernés ; et cela se passait au firmament de leur pouvoir !

Confier sa place ou sa présence pour la postérité à autrui est imprudent, sinon même suicidaire !

Les Pharaons de l’Ancienne Egypte, qui le savaient, en faisaient l’élément premier de leur gouvernance la première feuille de route de leur règne !

Mais, poursuivant, ne soyons donc pas trop timorés et osons nous demander, ce que Félix Houphouet Boigny lui-même, après quarante années de pouvoir, a engagé pour tracer la voie à ses successeurs dans les sens de la célébration des évènements et héros de la Côte d’Ivoire ?

Car l’histoire et la vie de la Côte d’Ivoire et de ses peuples n’a commencé ni en 1885, encore moins en 1960 !

Houphouet avait une parfaite maîtrise de l’histoire et de la culture des différentes composantes de la nation ivoirienne.

Mais, sous lui, l’on n’a pas vu, par exemple, prospérer l’idée de concevoir et édifier un monument à Ablah Pokou et à son exode, ce qui constitue pourtant l’ancrage historique du grand groupe baoulé auquel il appartenait lui-même.

D’autre part, aucun des rares faits avérés de résistance, armée ou à mains et poitrine nues, à la pénétration coloniale, n’a retenu l’attention de ce grand bâtisseur devant l’histoire. C’est comme si les Ivoiriens étaient gênés de rappeler qu’ils ont pu refuser et combattre la domination du colonisateur français !

Ceci pour dire qu’Houphouet n’était pas si différent, côté culture et vision du monde, de la moyenne de nous tous ici en Côte d’Ivoire.

Il était tout simplement des nôtres, et nous sommes demeurés les bons et braves Ivoiriens qu’il a su connaître et gérer!

Notre patrimoine culturel et artistique, et dans la travée, partant, notre tourisme, ont été lourdement pénalisés, pendant les années où l’état central disposait d’une certaine marge de liquidités, de ce que la Côte d’Ivoire officielle croyait que multiplier les grattes ciels et les kilomètres de voies bitumées, avec des réceptifs hôteliers de niveau international, suffisait pour nous faire admettre dans le cercle des pays en vue, alors que l’idée de capitaliser pour la maintenance et le renouvellement ne nous effleurait même pas.

L’on a négligé la part du non matériel, du non palpable, du symbole, et même de l’esprit, qui aujourd’hui est le plus déterminant dans la reconnaissance identitaire des nations ;

Mais ceci surtout pour dire qu’un jour, le monument ou mausolée célébrant Houphouet peut ne comporter ni statue, ni image. C’est un domaine où les artistes et créateurs d’aujourd’hui ne connaissent aucune limite, et ne nous risquons pas à donner des exemples !

Cela précède et conditionne l’impact de la prise de décision dans les destinations touristiques, dont il n’est que la cerise sur le gâteau !

Nos amis’’ Blancs Français’’ ont dû vite désespérer de convertir les élites de notre pays à ce nouveau culte, eux qui, au plan mondial, sont certainement de grands maitres dans le show civilisationnel, historique, culturel et artistique.

La Tour Eiffel sera toujours l’un des sites les plus visités au monde, et les Africains comme tous les autres, vont continuer de s’y précipiter, même si, au pied de l’ouvrage, ils ne pourront pas s’empêcher de se demander, in petto, à quoi cette montagne de fer ‘’sert’’ ?

Et, le 14 juillet, tous seront devant leur appareil pour suivre le défilé militaire le plus médiatisé et apprécié au monde, qui est pourtant celui d’un pays dont les armées sont au 5° rang mondial ; et surtout qui savent faire oublier qu’elles n’ont pas vraiment été grandement victorieuses dans les trois derniers grands conflits européens ou mondiaux des XIX et XX siècle.

Mais, pour en revenir à notre sujet, à savoir que faire et comment s’y prendre pour faire jaillir l’image d’Houphouet Boigny des nimbes, c’est peut être l’esprit et la démarche qu’il faut totalement reprendre ex nihilo !

Dès le départ, choisissons de laisser l’Etat en tant que tel en dehors du projet, et essayons de rassembler, pour la réflexion et les échanges préliminaires, quelques bons esprits et bonnes volontés.

Et, d’ailleurs, puisque des élections régionales et sénatoriales se profilent à l’horizon, c’est le lieu d’espérer qu’à moyen terme, les régions pourront être dotées de budgets propres et être en mesure d’assumer pleinement leur rôle de développement à coté de l’état central.

Les espaces et monuments à la gloire et à la mémoire de Houphouet pourraient tout naturellement trouver leur place dans de vastes espaces culturels, touristiques et de loisirs, de 150 à 200 hectares, que chacune des capitales des 10 premières grandes régions de Côte d’Ivoire pourrait se tracer, d’un seul tenant ou en deux ou trois lots.

On pourrait, au fil des années, et selon l’histoire, la culture, et le génie propre de chacun de nos grands groupes ethnoculturels, y voir se développer des parcs, des jardins, des lacs, des espaces d’agoras et d’amphithéâtres ouverts, des musées, des parcs de loisirs, de mini réserves animalières, et, en leur centre, un vaste carré dédié à la nation ivoirienne et à ses grandes figures, là où Houphouet trônerait forcement aux premières loges.

Rien ne devra être imposé depuis Abidjan ou par l’Etat central. Chaque région montrera les facultés d’imagination et de création de ses propres élites et de sa population, et la plus grande partie des financements devra être trouvée par les autorités locales, les cadres et surtout par les populations elles mêmes.

La Côte d’Ivoire se présente comme un désert pour le tourisme culturel et historique, parce que tout le monde a estimé que c’était l’affaire du seul gouvernement.

Une rencontre informelle, avec au départ un nombre raisonnable de participants, tous volontaires, issus de la haute administration, du monde politique et syndical, du milieu universitaire, des médias, de l’art, de la communication, et des citoyens ordinaires motivés sera le départ de ce long voyage.

Puisque toute la Côte d’Ivoire se retrouve dans l’image patriarcale et tutélaire d’Houphouet, pourquoi sa reconnaissance et sa célébration, voulues de nous tous, ne nous réuniraient pas tous pour accélérer notre réconciliation tant attendue !

Accepter de célébrer Houphouet à petits pas nous fera faire de grandes enjambées vers le retour à l’harmonie et à la réconciliation tant souhaitées de nous tous !

Que Dieu bénisse et inspire le petit noyau qui, parmi les milliers d’individus, Ivoiriens ou solidaires d’eux, qui seront prêts à s’investir dans ce projet, se mettra à l’œuvre en premier !

Abidjan le 13-02-2018

Le Président du MFA

Innocent Kobena ANAKY

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Commentaires

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  1. fran6 14 février 2018 at 10:10 -

    Ce cher Anaky a raison sur toute la ligne. Seulement voilà, une question me vient d’un seul coup à l’esprit. Comment le leader (fondateur) d’un parti qui était au sein du RHDP et qui revendiquait, en conséquence, l’esprit et l’idéal houphouétiste peut-il demander une telle contenance dans la célébration de son mentor idéologique ? La raison est toute évidente, comme Anaky Kobénan, beaucoup de ceux qui sont entré dans cette alliance de dupe appelée RHDP y sont entré beaucoup plus pour l’appât du gain que pour l’amour de l’idéal houphouétiste. Ce cher Anaky a lui-même été traqué par Houphouet. Dans ces débuts en politique il était plus proche de Gbagbo qu’autre chose. C’est pour cela qu’on était surpris de le voir au RHDP.