Côte-d’Ivoire: François Soudan de Jeune-Afrique “encourage” Ouattara à faire un 3e mandat présidentiel

Mis en ligne par La Rédaction | mercredi 16 Mai 2018

Lu pour vous

François Soudan à,propos d’un éventuel 3e mandat de Ouattara

“Si Ouattara doit être candidat en 2020, ce ne sera pas par avidité ou boulimie du Pouvoir , Mais c’est parce qu’il n’aura trouvé personne pour consolider et pérenniser la paix après lui”

RFI

Depuis Paris/ François Soudan (Directeur de la rédaction de J.A) : « Si Ouattara est candidat en 2020, …..»

• « Je n’approuve ni la diabolisation des vaincus ni la justice des vainqueurs »
• « J’ai plus que des réserves quant au rôle de la France dans la chute de Gbagbo »

Jeune Afrique (J.A) est le premier magazine panafricain crée en 1960 à Tunis. François Soudan, Directeur de la Rédaction de ce magazine de référence, y travaille depuis 40 ans. C’est dans les locaux du journal, au 57 Rue d’Auteuil à Paris, qu’il nous a accordé cette interview en nous disant d’emblée qu’il a accepté à cause de l’indépendance de Soir Info. Ce journaliste expérimenté, installé dans un bureau modeste où trônent des livres, est convivial et nous a tutoyé dès le premier contact…

Vous avez été professeur à Ouidah, au Bénin, dans les années 70. Est-ce à partir de là qu’est venu votre intérêt pour le continent ?

Tout à fait, j’ai été enseignant pendant deux ans, à côté de Cotonou à Ouidah, et c’est là que mon intérêt pour l’Afrique a commencé. Ensuite, dans le cadre de mes études, que ce soit à l’école de journalisme de Lille ou à Sciences Po, j’ai choisi les spécialités africaines. A l’issue de mes études, naturellement, j’ai demandé à rentrer à Jeune Afrique. C’est une histoire commune qui dure depuis 40 ans.

Si des confrères sont unanimes à reconnaître que vous avez une belle plume, en revanche, ils déplorent que vous ayez « vendu votre âme au diable » en écrivant souvent des papiers élogieux quand il s’agit de chefs d’Etat qfricains qui sont vos amis. Que répondez-vous ?

En quoi rencontrer un chef d’Etat équivaut-il, quand on est journaliste, à dîner avec le diable ? Ceux qui le disent, en général, ne rêvent que de cela. Plus sérieusement, cela fait partie de l’Adn de Jeune Afrique, de rencontrer et de faire des interviewes avec des chefs d’Etat africains, et d’en faire parfois des unes. C’est ce qui intéresse les lecteurs. Les chefs d’Etat africains ont cette caractéristique souvent, c’est qu’ils n’accordent pas d’interview ou peu à leur propre presse et cela, c’est un problème. Il y a un problème de confiance, de considération entre eux et leurs propres journalistes, que je trouve personnellement anormal. Force est de constater que, quand on est un média international, on a plus de facilité à avoir des entretiens avec les chefs d’Etat qui pour nous, sont de bons sujets. Parfois ce sont les chefs d’Etat qui nous le demandent, et nous mettons des journalistes expérimentés face à eux. J’en ai fait pas mal et je continue d’en faire. Maintenant dire que ce sont pour autant mes amis n’est pas sérieux. Ce n’est pas parce que, vous faites l’interview d’un chef d’Etat qu’il y a connivence, capillarité, complicité. Après l’interview, cela s’arrête là, il n’y a rien en plus. Le reste appartient au fantasme communément acquis hélas chez beaucoup de nos confrères, en particulier chez nos confrères africains. Cela dit, j’ai eu des amis qui sont devenus chefs d’Etat, je n’en disconviens pas.

Comme Alpha Condé ?

Tout à fait. Alpha Condé, c’est quelqu’un que j’ai connu ici à Paris, bien avant qu’il ne soit chef d’Etat. C’était difficile, beaucoup de gens le fuyaient, et je ne vois pas en quoi le fait qu’il soit devenu un chef d’Etat devrait faire de lui mon ennemi. Je conserve des relations humaines avec lui, c’est évident. Ce qui n’empêche pas J.A de rendre compte des critiques que formule à son encontre l’opposition guinéenne. IBK, Déby, Issoufou, Faure, Kaboré, Gbagbo… nombreux sont ceux que j’ai fréquentés en tant que journaliste, avant leur arrivée au pouvoir. A l’exception de l’actuel président togolais, tous étaient à l’époque des opposants.

Les interviews de chefs d’Etat sont souvent accompagnées de publi-reportage du pays dudit président. Est-ce que ce côté commercial ne vous oblige pas à ne faire que des articles élogieux ?

Aucune interview de chefs d’Etat n’est « accompagnée » comme vous le dites de publi-reportage. J.A ne publie d’ailleurs jamais de publi-reportage. Et l’on ne peut, en aucun cas, qualifier ainsi notre section « Grand format » consacrée à tel ou tel pays, ouverte aux annonceurs dudit pays, mais dont le contenu est strictement rédactionnel, rédigé par des journalistes qui y engagent leur signature. A la manière de ce que font de nombreux confrères comme le Financial Times.

Votre épouse a été nommée au gouvernement Congolais du président Sassou. Des confrères ne comprennent pas pourquoi vous continuez toujours à écrire sur le Congo.

Vos confrères sont mal informés ou pas assez attentifs. Depuis la nomination de mon épouse, il y a deux ans, vous ne trouverez pas un seul article, print ou web, signé de moi sur la politique intérieure congolaise. J’ai d’ailleurs communiqué en interne sur ce sujet. Face à ce genre de situation, tout le monde n’agit pas de cette manière, y compris au sein des rédactions les plus sourcilleuses en matière de conflits d’intérêts. Je m’en tiendrai là.

Lors de la crise post-électorale en 2011, vous avez eu un entretien avec le président Gbagbo. A travers cette interview, certains vous ont taxé de pro-Gbagbo. Qu’en dites-vous?

Alassane Ouattara a également eu droit à nos colonnes pendant la crise post-électorale, et J.A n’était pas plus pro Gbagbo hier qu’il n’est pro Ouattara aujourd’hui. C’est cela qui compte. Pour le reste, chacun a sa part de sensibilité. J’ai personnellement plus que des réserves quant au rôle de la France et de son président de l’époque dans la chute de Laurent Gbagbo. Et, je n’approuve ni la diabolisation des vaincus ni la justice des vainqueurs.

Jeune Afrique consacre souvent sa couverture à la Côte d’Ivoire, quelle en est la raison ?

La Côte d’Ivoire est pour nous, un marché important en termes de ventes, l’un des bassins de lectorat les plus significatifs d’Afrique Subsaharienne, avec la RD Congo. Il est donc tout à fait normal que nous offrions aux Ivoiriens, qui sont des consommateurs médiatiques exigeants et qui s’intéressent en priorité à leur propre actualité, de quoi les satisfaire.

Jeune Afrique publie des papiers pas tendres sur Soro Guillaume. Du coup, vous donnez l’impression de vouloir l’abattre politiquement !

Nous l’avons critiqué, c’est vrai et sans doute le critiquerons-nous encore. Tant que ces critiques se basent sur des faits objectifs, c’est notre rôle. Mais J.A n’a rien a priori contre Guillaume Soro, qui est un acteur politique majeur de la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui. Je l’ai interviewé pendant l’affaire Soul To Soul, et cet entretien lui a permis d’exposer sa part de vérité. Nous avons de bons rapports.

Ouattara sera-t-il candidat, selon vous en 2020 ?

Je n’ai pas d’informations particulières sur ce sujet, mais si Alassane Ouattara se présente à nouveau en 2020, je ne crois pas que ce sera par addiction aux honneurs et aux délices du pouvoir. Ce sera parce qu’il aura estimé que la stabilité de la Côte d’Ivoire ne serait pas encore, sans lui, assurée. On peut critiquer ce sentiment, le juger infondé, mais on doit reconnaître sa sincérité.

Cela dit, une fois de plus, je spécule. Comment faites-vous pour obtenir les scoops ?

En travaillant, bien sûr, mais aussi en étant respecté. Beaucoup de scoops ou d’exclusivités viennent à nous sans que nous les ayons recherchés. C’est l’un des bénéfices de la crédibilité.

Quel est le secret de la longévité de Jeune Afrique ?

L’Adn transmis par son fondateur Béchir Ben Yahmed (BBY): cocktail unique dans le contexte africain, de professionnalisme, d’indépendance, de légitimité, d’expérience historique, d’expertise et – puisqu’il s’agit aujourd’hui d’un groupe multimédia – de gestion rigoureuse. Ces valeurs, BBY les a transmises à ses fils, Amir et Marwane, qui prennent la relève. Mon rôle est de les aider, tant que je le peux.

Réalisée à Paris par Ahmed TOURE (Correspondant)

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1 Commentaire ... participez vous aussi à la discussion.

  1. dabakala 16 mai 2018 at 11:21 -

    Quand on voit les accointances, quand on constate la langue de bois, on peine à croire que cet homme puisse être un journaliste avec suffisamment de retenue et de distance pour pouvoir fournir un travail sur une base neutre et objective !!

    La pire des injures, c’est ici de justifier le fait d’avoir reçu « soir info » à cause de son « indépendance », quand on sait tous que JA est un journal ultra dépendant et corrompu !!

    On dit que vous avez des amis chefs d’état et vous nous parlez du fait d’avoir “rencontré” ces chefs d’état. Ce sont des propos que l’on pourrait bazarder aux lecteurs, mais de journaliste à journaliste, on connaît bien qui parmi eux sortent de l’aéroport par le salon présidentiel, sous escorte militaire et logent dans des hôtels au frais de l’état, et on connaît ceux qui prennent le taxi et dorment dans des hôtels miteux.

    On dit que votre femme a été nommée dans un gouvernement africain par un chef d’état et que cela pourrait entacher votre crédibilité. Vous vous défendez en disant ne plus écrire sur ce pays qui emploie votre femme, mais pourtant, vous restez rédacteur en chef, responsable de la ligne éditoriale de JA et correcteur surpuissant des articles écrits par vos collègues de rédaction (on sait aussi que ces corrections ont provoqué des crises dans le journal) !!

    Non, ne prenez pas les gens pour des idiots. Le conflit d’intérêt est consommé et cela se ressent dans les articles de JA, surtout ceux en destination du CONGO, qu’il vous plait de restructurer selon vos besoins.

    Autre ineptie concernant les publi-reportage :
    « Et l’on ne peut, en aucun cas, qualifier ainsi notre section « Grand format » consacrée à tel ou tel pays, ouverte aux annonceurs dudit pays, mais dont le contenu est strictement rédactionnel, rédigé par des journalistes qui y engagent leur signature »

    Non mon ami, c’est ici la définition même d’un publi reportage, qui ne se limite pas à seulement à de la réclame promotionnelle de bas étage diffusée dans un journal à fort tirage. Le contenu d’un publi reportage peut tout autant être strictement rédactionnel, rédigé par des plumes savantes internes au journal ou pas, qui ont pour effets de donner une autre dimension aux articles, qui dans le fond restent publicitaires et commerciaux : des publi reportage en somme !!

    On dit vous caressez OUATTARA et vous vous en prenez à SORO. Et oui, les crimes commis par les rebelles sous le contrôle de SORO, mais aussi de OUATTARA qui était le chef de tout ce clan, sont encore frais. Mais JA a toujours blanchi OUATTARA et sali SORO, quand GBAGBO LAURENT a été jugé, condamné et exécuté en long et en large par ce journal, pour des crimes « commis » pendant la crise post électorale !! Je ne crois pas qu’un journaliste qui se respect pourrait avoir une approche aussi subjective du dossier ivoirien. Ce n’est pas en placardant une position ambigüe sur le rôle de la France dans ce dossier que l’on se disculperait !! En effet, quand on parle de la France en tant qu’état, c’est un argument fourre-tout impersonnel et sans valeur, car on ne s’attend pas à ce que la France soit mise devant un tribunal. Au pire, elle s’excusera dans dix ou vingt ans. Pas plus !! On se gardera de parler de SARKOZY ou de CHIRAC nommément. Par contre, le rôle de OUATTARA est fort bien défini dans la crise post-électorale et les crimes commis sont référencés au niveau de l’ONU. Mais jamais notre cher ami n’a essayé de confronter OUATTARA à ses crimes, encore moins de militer pour qu’il aille se responsabiliser devant la CPI pour ses crimes. Au contraire ce sont des louanges envers « ses prouesses économiques » et son action politique « pacifique » dans le pays qui sont au menu quotidien de JA, qui l’encourage à se maintenir au pouvoir dans un pays déchiré et meurtri.

    L’absence de guerre n’est pas de la paix !!

    Quant à OUATTARA au pouvoir en 2020, on voit bien que notre cher ami joue l’avocat de OUATTARA à qui il prête des intentions et sentiments, sous le prétexte du maintien de la paix dans notre pays. S’il faillait considérer ce prétexte comme élément de valeur pour se maintenir au pouvoir, on se demande bien pourquoi Jeune Afrique s’est-il permis de torpiller KABILA ou GBAGBO à des moments où leur maintien au pouvoir aurait apporté plus de paix que de guerre dans leurs pays respectifs !!

    Imbécillités !!

    Laissons donc OUATTARA justifier son « maintien » au pouvoir avec sa propre plume ou bouche et restons journaliste objectif et neutre, s’il vous plait !!

    Dabakala !!

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