Côte-d’Ivoire: Koua Justin peut-il vraiment inquiéter Ouattara et changer le rapport des forces ?

Mis en ligne par La Rédaction | dimanche 16 Sep 2018

Chose promise, chose due, le meeting programmé de longue date par la Jeunesse d’Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (Jeds), a eu lieu samedi 15 septembre 2018, au stade d’Anono, commune de Cocody. Un autre test réussi par Koua Justin et ses camarades après le pari gagné de Yopougon, mi-juin.

Le verbe haut et le ton acerbe quand il s’agit de brocarder le régime Ouattara, le jeune leader à la barbe hirsute, ancien pensionnaire du camp pénal de Bouaké puis de la Maca, la prison abidjanaise, est en train de monter en grade et en mobilisation. La prison n’a rien changé en lui sauf qu’elle lui a permis de corser qualitativement (pour son camp) son discours. Bien sûr, ses maîtres mots sont la réconciliation nationale, la libération de Gbagbo, le retour à la pratique démocratique mais avec une liberté de ton à faire pâlir les pro-Ouattara dont les plus téméraires ne le portent toujours pas dans le cœur.

Mais aujourd’hui la donne a changé. Autre fois chouchou du camp Ouattara, le Pdci lutte presque désormais aux côtés de l’opposition. Sa jeunesse dite rurale était même présente à ce meeting d’Anono où son responsable a pris la parole. Pour Innocent Yao, qui intègre désormais la rupture d’avec le Rdr et le camp Ouattara, point n’est besoin de tergiverser : les Ivoiriens doivent se mettre ensemble pour extirper le mal qui ronge la Côte d’Ivoire depuis des lustres. Un discours qui rejoint enfin celui de Koua Justin. Autre élément d’appréciation, la foule qui grossit au fil des meetings. Celle d’Anono ce samedi est de loin plus importante que celle de Yopougon d’il y a quelques semaines.

A ce meeting voulu pour mettre la pression en vue d’une réforme de la Commission électorale avant ‘’les prochaines élections’’, ainsi que l’avait déclaré le chef de l’Etat dans son discours à la nation, Koua n’a pas été tendre en disant crûment, sans langue de bois, ce qu’il avait à cœur. Morceau choisi :

« On veut simplement une nouvelle CEI. Pour la paix en côte d’ivoire nous voulons une nouvelle CEI parce que Youssouf Bakayoko ne peut pas tenir le destin de la côte d’ivoire. Le 06 août tu annonces toi même là refonte de la CEI et aujourd’hui tu te dédiés en humiliant de la sorte l’état de civ. on ne peut pas accepter ça et on ne va pas accepter. Si le chef de l’état vient se dédire, le peuple doit contraindre Dramane Ouattara à refonder la CEI et je suis venu chercher le peuple de côte d’ivoire à cette mission. Peuple le combat nous appelle. Nous voulons la refonte de la CEI. Si nous n’avons pas une nouvelle élection, ce n’est pas évident que nous ayons les élections le 13 octobre. Oui ce n’est pas évident. Le 13 octobre, d’ici là Dramane va nous appeler pour discuter et je lui dis de se presser pour appeler les Pr Georges Ouegnin et Sangaré Abou Drahamane. Et s’il ne se presse pas il sera dépassé par les événements. »

Une chose est sûre, le message de Koua Justin n’a pas varié. Il reste rustre et rugueux. Mais reste à savoir si la mobilisation qui prend forme ne sera pas contrariée par le pouvoir qui observe et temporise. On le sait, Alassane Ouattara s’est déjà prononcé en faveur d’un non-report du scrutin. Et pour sûr il ne reviendra pas sur sa parole. La balle est donc dans le camp de l’opposition. Mais longtemps ostracisée et lente à déterminer une stratégie d’ensemble, l’on se demande comment elle pourrait se décupler et apporter la réponse appropriée afin que le pouvoir cède. La nouvelle posture du Pdci peut-elle l’y aider ? Il faut bien plus d’efforts à ce niveau pour deux amoureux qui viennent de se découvrir.

SD à Yamoussoukro

sdebailly@yahoo.fr

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