Plusieurs ONG lancent un appel commun “pour une transition démocratique et consensuelle” en Côte-d’Ivoire

Mis en ligne par La Rédaction | vendredi 12 Oct 2018

Peuple de Côte d’Ivoire, Ivoiriennes, Ivoiriens,

Depuis une trentaine d’années, notre pays connait une série de crises sociopolitiques qui a fini par saper les bases de son unité nationale et de son développement. Des chaudes journées de lutte pour le retour au multipartisme du début des années 1990 jusqu’à ce jour, en passant par le boycott actif de 1995, le coup d’Etat de décembre 1999 et la transition militaire, les affrontements postélectoraux d’octobre 2000, la rébellion armée de 2002 – 2011 et la guerre postélectorale de 2011, le peuple de Côte d’Ivoire ne connait que désolation, larmes et sang. Toutes ces années de confrontations fratricides ont eu pour conséquence une profonde fracture sociologique, avec des citoyens aujourd’hui divisés et méfiants, souvent prompts à l’affrontement. La réconciliation nationale, admise par tous comme le passage obligé vers des lendemains meilleurs, reste encore balbutiante. A ce jour, l’on compte encore plusieurs milliers d’Ivoiriens en exil.

Notre pays, naguère havre de paix et exemple de brassage des peuples et des cultures, est aujourd’hui marqué par une politique basée sur la haine, la division et la violence. D’une société légendairement pacifique, nous sommes passés à une société outrancièrement violente où le capitalisme inhumain, la corruption, l’insécurité, les conflits armés et les affrontements fratricides et inter communautaires sont devenus habituels.

Avec
 un taux de pauvreté autour de 50%, un taux de chômage entre 70 et 90 %, et une cherté de la vie décriée par tous ;
 le phénomène de l’immigration clandestine qui touche plus de 10 000 de nos compatriotes chaque année ;
 les nombreuses familles dépossédées de leurs biens et déguerpies de leurs domiciles sans le moindre respect de la dignité humaine ;
 l’allocation inéquitable des ressources humaines et la pratique dite de « rattrapage ethnique » ;
 la question des prisonniers encore détenus et de la justice des vainqueurs ;
 les nombreux et récurrents conflits fonciers ;
 les violations de la liberté d’expression caractérisée par une répression brutale et systématique de toute activité de l’opposition, et même de la société civile ;
 la grande insécurité avec la propagation du phénomène des “microbes” ;
 la neutralisation des partis politiques, tous divisés en plusieurs tendances et frappés arbitrairement d’illégalité ;
 le renoncement du régime au pouvoir de procéder au réexamen de la Commission Electorale Indépendante avant les élections locales ;
 L’organisation en cours desdites élections sans l’opposition de gauche qui prévient qu’elle n’en reconnaitrait pas les résultats ;
 L’implosion de la coalition au pouvoir suite au divorce entre les alliés et le conflit ouvert entre le PDCI et le RDR ;
La Côte d’ivoire vit en réalité une crise à la fois politique, institutionnelle et sociale majeure aggravée par les vives tensions et leur cortège de violence actuellement observés à travers le pays. Déjà, l’on dénombre plusieurs blessés et 1 mort.

Peuple de Côte d’Ivoire, Ivoiriennes, ivoiriens

Allons-nous rester sourds et aveugles à cette grogne pourtant assourdissante à l’horizon et devant ces nuages de plus en plus persistants dans le ciel ivoire ?
Allons-nous rester insensibles et sans discernement devant ces signes des temps qui deviennent de plus en plus persistants depuis un moment ?
La longue nuit noire que notre pays traverse depuis trois décennies et les affres subies par nos populations à l’occasion de la crise postélectorale de 2011, ne nous autorisent guère la moindre légèreté, la moindre imprudence et la moindre naïveté. Pour le peuple et la nation, nous devons agir ici et maintenant pour ré-légitimer l’Etat et nos institutions à travers des élections démocratiques, régulières, et crédibles sur des bases consensuelles et inclusives. Cependant, les crises postélectorales désastreuses que nous avons connues à chaque élection depuis ces trois dernières décennies nous montrent bien que la simple organisation des élections ne constitue pas la panacée à nos problèmes. Aujourd’hui, plus qu’hier, elle ne le sera pas si nous ne tirons pas les leçons du passé pour les précéder d’un travail préparatoire de fonds visant à solder tous les lourds contentieux de ces confrontations fratricides de ces 30 dernières années en traitant définitivement les causes profondes, c’est-à-dire, toutes les questions qui ont divisé les ivoiriens. Ce travail ne peut se faire que dans le cadre neutre d’une transition politique.

C’est pourquoi,

Vu la fin prochaine du mandat du régime actuel ;
Vu les souffrances du peuple de Côte d’Ivoire ;
Vu l’impérieuse nécessité de la réconciliation, condition sine qua non de la paix, elle-même préalable au développement et au bien-être social ;
Considérant que c’est le devoir citoyen de tout(e) Ivoirien/ivoirienne ainsi que de tous ceux qui aiment la Côte d’Ivoire de se mobiliser pour lui épargner des lendemains encore plus douloureux ;
Considérant que les différents contentieux ne peuvent être soldés que dans un contexte démocratique et consensuel avec des institutions impartiales, crédibles et transparentes ;
Appelons :
1) A l’ouverture d’une période de transition afin de créer volontairement, librement et sans pression aucune, un climat de confiance et les conditions consensuelles conscientes et honnêtes pour des élections résolument démocratiques acceptées par tous et aux lendemains sereins et paisibles.

Aussi, réitérons-nous instamment notre appel :

1) Au report des élections municipales et régionales afin de les rendre inclusives et sans violences.

2) Au dialogue et à la concertation nationale à l’effet de dégager le consensus nécessaire autour des modalités de cette transition ;

3) A l’union et au rassemblement des filles et fils de la nation pour la sauvegarde de notre pays par la mise en place d’un cadre citoyen alternatif pour faciliter et promouvoir l’avènement des chères idées ci-dessus énumérées.

Fait à Abidjan, le 10 octobre 2018
Ont signé :

Initiatives Pour la Paix (IPP)
Forum des Organisations de la Société Civile Ivoirienne (FORSCI)
Mouvement de Solidarité Démocratique (MSD France)
Comité d’Actions pour la Côte d’Ivoire (CACI – USA)
Consensus National Côte d’ivoire (CNCI)
Actions pour la paix (APP)
Alternative Pour Sauver la Côte d’Ivoire (ASCI)

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