Côte-d’Ivoire: Témoignage «saisissant» de Jeannette Koudou suite à la mort de Sangaré «En 1971 Ouassénan est venu me voir…»

Mis en ligne par La Rédaction | jeudi 6 Déc 2018

Jeannette Koudou, la sœur cadette de Laurent Gbagbo, en exil au Ghana, a fait un témoignage émouvant sur le parcours de Sangaré Aboudrahamane et sur la création du Front populaire ivoirien (FPI). C’était lors d’une cérémonie d’hommge à Sangaré Aboudrahamane, organisée par les exilés pro-Gbagbo au Ghana. Ci-dessous de larges extraits du témoignage de Jeannette Koudou.

“Sangaré, nous l’avons connu, le chef et moi en 1971. J’étais alors jeune étudiante avec la camarade feu Sarata Touré. Sangaré était aussi étudiant. Le chef Laurent GBAGBO, était, lui, professeur d’histoire au lycée classique. Et le président Houphouët- Boigny avait créé le MEECI, un syndicat unique des élèves et étudiants, syndicat qui était l’appendice de PDCI. Nous ne voulions pas du MEECI. Nous les étudiants de l’époque, avons alors créé en parallèle du MEECI, l’USECI, l’Union scolaire et estudiantine de Côte d’Ivoire. Et parce que nous avons créé l’USECI, par ce que nous vendions les journaux de l’USECI, nous avons été arrêtés. Nous étions en première année. Pour beaucoup d’entre nous, cela faisait trois à quatre mois que nous étions à l’Université. Sangaré devait être en licence ou en maîtrise. Nous avons donc été arrêtés et conduits à Akouédo. Le président Gbagbo ne connaissait pas encore Sangaré. Donc, à côté des étudiants que nous étions, Houphouët-Boigny a aussi arrêté trois fonctionnaires.

Le premier, Laurent Gbagbo, parce qu’il était officiellement accusé de n’avoir pas conseillé sa sœur que je suis. En fait, il avait dans sa gorge l’histoire de l’ambassadeur d’Israël où il voulait arrêter Gbagbo et toutes les écoles se sont soulevées. Donc il a sursis à cette arrestation. Quand il nous a arrêtés, nous les étudiants, je devais me marier. J’étais à trois jours de mon mariage quand Houphouët a convoqué Gbagbo à un Conseil national. « Tu n’as pas conseillé ta petite soeur et son fiancé, a-t-il dit à Gbagbo. Donc on a arrêté Gbagbo. Le second concerné qui a été arrêté, c’était Djéni Kobenan qui venait fraîchement de créer le SYNESCI. Il a été le premier secrétaire général du SYNESCI. Donc Houphouët le guettait parce qu’il a créé un syndicat d’enseignants contestataires. Le troisième fonctionnaire qui a été arrêté, c’est Hoba Albert. En fait, Hoba Albert était le directeur de cabinet de Monsieur Ekra Mathieu qui était ministre de l’intérieur, je crois. Il a été arrêté pour avoir signé un ordre de mission à Wodié, ce qui a permis à ce dernier d’aller en Algérie pour passer sa thèse. Donc voici les trois fonctionnaires qui étaient arrêtés à côté de nous les étudiants. Et quand nous avons été arrêtés nous avons été conduits à Akouédo. Akoun, Gnaoré étaient en terminale. Ils ont soutenu notre lutte. Akoun, Gnaoré, Bamba Maurice, etc. ont été aussi arrêtés et ils sont venus nous rejoindre.

A Akouédo, ils ont séparé le bon grain de l’ivraie. Certains étudiants ont été libérés. Nous les filles qui constituons l’ivraie, nous étions six. Nous les filles, devrions être conduites à Bouaké. Mais malheureusement pour eux, j’étais enceinte. Alors, Ouassénan Koné est venu me voir. Il a dit : « Bon, tu es enceinte. Si je t’amène à Bouaké et s’il y a quelque chose, on vous connait, vous les étudiants, vous allez écrire dans vos journaux clandestins qu’on t’a bastonnée et tu n’as pas résisté. Donc va chez toi ! Quand tu vas accoucher, appelle-moi, je vais venir te chercher pour t’emprisonner ». J’ai dit : « D’accord ! » Et c’est ainsi que les hommes, les étudiants et les trois fonctionnaires ont été conduits à Séguéla. C’est donc à Akouédo et à Séguéla que Gbagbo et Sangaré se sont rencontrés et se sont liés d’amitié. Après six mois et demi d’internement à Séguéla, les étudiants ont été libérés. Mais les trois fonctionnaires n’ont pas été libérés. Et nous avons continué notre vie. Ça, c’était pour la rencontre avec Sangaré. En 1982, Gbagbo est obligé à la suite d’une conférence avortée, de s’exiler en France. Il y est resté six ans et demi et il est revenu en 1988, le 13 septembre 1988. C’était la date du retour de Gbagbo Laurent après son exil en France. On est allé le saluer. J’ai trouvé Sangaré chez lui. On était tous là. Gbagbo me dit : « On va créer un parti d’opposition au PDCI qui va être dans la clandestinité pour pousser Houphouët à proclamer le multipartisme, de sorte que, lorsque cela arrivera, on existera déjà ». J’ai dit : « D’accord ! ». Le 20 novembre 1988, il est venu me chercher et on est allé dans une brousse, dans une plantation à Dabou. Nous étions vingt. Sur les vingt il y avait deux femmes. Simone et moi et il y avait dix-huit garçons pour faire le congrès constitutif du FPI de manière clandestine.

À ce congrès constitutif, Sangaré était le président de séance ; feu Boga Doudou était le premier secrétaire de séance et moi j’étais la deuxième secrétaire. C’était nous trois qui présidions le congrès constitutif. En allant, j’étais dans la voiture avec Laurent, mais il avait donné rendez-vous à Sangaré entre Dabou et Abidjan. Sangaré attendait. Il était en culotte et on l’a pris et nous sommes partis dans la plantation. Je suis parfaitement incapable de retrouver la plantation aujourd’hui. On a conduit le congrès de 17h jusqu’au lendemain à 15h sans arrêt. Au petit matin, à 6h, Simone et moi, les hommes nous ont laissé une heure, comme nous étions des femmes, pour que nous nous allongions dans une chambre et que nous fassions notre toilette et nous sommes revenues. Nous avions donc des noms d’emprunt, des noms de maquisards. Sangaré s’appelait JEAN CLAUDE, c’était son nom dans la clandestinité. Le président s’appelait SANTIA, Simone s’appelait DOMINIQUE, moi je m’appelais IBRAHIM, Boga Doudou s’appelait GASTON. Durant toute la clandestinité chacun de nous a gardé son nom. Quand il y a un article ou tract qui est signé IBRAHIM on sait d’où ça vient, quand il y a un article qui est signé SANTIA, on sait d’où ça vient. Donc nous avons tenu le congrès constitutif pendant plus de 24h d’affilée. Et il y avait également Anaky qui était avec nous. Lui, il s’appelait ANGUILLE. On est sortis de la forêt et on ne sait pas ce qui s’est passé et comment Houphouët-Boigny a su ? Mais quand on est sortis de la palmeraie, Simone, le chef, Sangaré, et Anaky ont été arrêtés. Houphouët les a accusés de quelque chose de tellement flou que je n’en ai plus souvenance. Il les a retenus pendant 48h, puis il les a relâchés, mais il a gardé Anaky et ce dernier a été déféré à la MACA. Bref, nous avons fait le congrès constitutif du FPI. Il restait maintenant à sortir officiellement. Houphouët nous connaissait ; il savait plus où moins qu’on existait. On tenait de petites cellules quelque part un peu partout. C’est ainsi que le 30 avril 1990, j’arrive dans la cour du chef, je vois du monde. Victoire me demande : « Tu étais où ? » Je dis : « Qu’est-ce qu’il y a ? » « On a le multipartisme ! » m’a-t-elle répondu. On a dansé jusqu’au matin.

Et puis en 1991, il y a eu une descente des militaires sur les étudiants. Le FPI qui est maintenant un parti légal, un parti existant, dis-je, ne peut pas accepter ça, que les étudiants aient été violentés, violés, tués. Donc Houphouët-Boigny a dit : « Je vais mener une enquête et le coupable sera puni ». On mène l’enquête, ça tombe sur Guéi, c’est lui qui était le chef d’état-major à l’époque. Le FPI dit alors : ” Chef, tu as promis que tu vas punir le coupable. Il faut punir le coupable.” Houphouët se met à la télé, il fait un discours dans lequel il dit : « Ah non, je ne peux pas prendre mon propre couteau pour le tourner contre moi ». le Fpi a dit : « Non ! C’est inacceptable ! ». Nous avons fait la marche du 18 février 1992. Ouattara était Premier ministre d’Houphouët. Houphouët, vieux, commençait déjà à décliner. On a fait la marche. Pendant que nous étions à la tour administrative, le palais de justice brûlait, la BAD brûlait, tout brûlait. Nous étions tous à la marche. Et les gendarmes sont venus, ils ont pris le chef, ils l’ont envoyé à la SOGEFIHA .C’est le général Tanny qui l’a exfiltré, C’est lui qui l’a sauvé. Gbagbo a eu la vie sauve grâce au général Tanny. Il y a eu beaucoup d’arrestations ce jour-là. On s’est débrouillés tant bien que mal pour chacun rentrer chez lui. Quand je suis arrivée chez moi, j’ai dit qu’il faut que j’aille voir chez le chef ce qui se passe. Je ne savais pas que le chef était arrêté. J’arrive chez lui, c’est là que j’apprends que le chef est arrêté. Et quelqu’un me dit qu’il y a un commissaire qui a appelé pour dire qu’il veut me voir. Je vois Sangaré qui arrive pour voir chez son ami s’il n’y pas quelque chose à sauver. Il y avait les jumelles de Gbagbo qui étaient encore toutes petites. Feu maître Kangah Dominique était venu les chercher pour les mettre à l’abri.

Quelques jours après, Sangaré nous convoque. On se dit, « mais le parti est étêté. Comment on va faire ? » Sangaré a dit : « On se retrouve au QG, au siège du parti. Il a recollé les débris du FPI et on a réuni un secrétariat général. Ce qui m’a frappé on arrive, on tire la chaise du président pour qu’il s’assoit et il a dit : « C’est la chaise du président. Je ne peux pas m’asseoir dessus, je vais m’asseoir sur une autre chaise ». Donc la chaise du chef était là et il a fait la réunion sur une chaise commune à celle que nous utilisions. Une fois par semaine, nous tenions des réunions de secrétariat général afin que le FPI ne meure pas. Je n’étais pas membre du Secrétariat général mais j’étais associée à ses réunions. Et un jour à notre grande surprise, on arrive, Sangaré dit : ” On va organiser la fête de la liberté”. Je dis : « Quoi? Sangaré, les gens sont traumatisés, ils ont peur ». Il a dit : « C’est pour ça qu’on va organiser la fête de la liberté. Victoire, tu es la présidente de l’organisation de la fête de la liberté ». Le 30 avril de cette année-là, était un jour ouvrable. On a fait la fête de la liberté de 1992 au Palais des Sports de Treichville. Le palais des sports était plein à craquer. Les militants ragaillardis par le fait que Sangaré ait colmaté tous les débris du FPI pour ressusciter le parti, étaient encouragés. Ce dont je me souviens est que ce jour-là, Sangaré a dit : « Personne dans ce pays ne peut faire taire Gbagbo Laurent, personne dans ce pays ne peut éliminer le FPI, le FPI vivra. Nous sommes le FPI, nous sommes dans notre pays et nous vivrons ». Il a tenu ce discours. On était heureux. On était contents. Les militants étaient ragaillardis. Tous les samedis, on se rencontrait chez le chef. Ça c’était pour 1992. 1996, le président revenant des obsèques d’une de nos parentes a eu un accident. On était tous consternés. Je me souviens des propos que Sangaré lui a tenus. « Tu n’as pas été humilié, emprisonné, frustré, pour venir terminer ta cause dans un ravin. C’est un non-événement. Tu iras jusqu’au bout, tu prendras le pouvoir dans ce pays. Du courage ! ». Tous les midis je faisais de la nourriture pour la porter à manger au président. Je trouvais à chaque fois, Sangaré assis chez lui. En 2000, les militaires étaient au pouvoir. Aux élections présidentielles, Gbagbo gagne mais Guéi voulait lui voler sa victoire. On était tous allés chez lui, Sangaré en tête. Pour résister, nous avons dormi tous au QG de campagne. Sangaré était avec nous. Il passait partout pour encourager les groupes à résister.

En 2011, la communauté internationale sommait le président Laurent Gbagbo de renoncer à sa victoire, de dire qu’il a perdu. Gbagbo dit : « Je ne peux pas. On a qu’à recompter les voix. Mais intérieurement, je dis, il y a des gens que je vais consulter, des gens à qui je vais poser la question. S’ils veulent que je laisse, je laisserai ». Tonton Ottro, excuse-moi, je vais te citer. Tonton Ottro était là et il a dit : « Gbagbo Laurent, tu es un homme. Un garçon, il meurt une fois. Tu as gagné les élections. Tu tiens jusqu’au bout. Personne ne te tuera. C’est moi ton papa ». Puis, Gbagbo appelle Sangaré qui lui répond : « Tu vois, tu ne renonceras à rien. Tu as gagné les élections. D’ailleurs, j’arrive chez toi ». Et Sangaré a déménagé à la Résidence pour rester avec son ami. Là, il lui dit : « Tu es là, tu tiens ! » Sangaré a tenu avec le chef sous les bombes. Le chef nous a confié après que, pendant qu’on bombardait la Résidence, Sangaré était assis dans un coin. Il lisait un roman pendant que les bombes tombaient. Et puis Gbagbo Laurent est arrêté et Sangaré de même. Lorsque ce dernier sort de prison pour la deuxième fois, il recolle les morceaux du FPI. Ça, c’était en 2014. Depuis, il a tenu et a fait tout pour que le FPI tienne.

Les grands actes majeurs qu’il a posés avant son départ, c’est d’abord la fête de la liberté de Gagnoa. Jamais le FPI n’avait retenu autant de monde. Le deuxième acte positif qu’il a posé envers le FPI, c’est de nous inciter à l’abstention à propos des élections municipales. Aujourd’hui le monde entier tire la conclusion que, Ouattara ne perd pas les élections. Lorsqu’il perd les élections il fait des bagarres. Si le FPI avait participé tout serait retombé sur lui et Sangaré a eu le nez creux en disant : « Abstenez-vous ! N’allez pas ! » Et nous avons tous obéi et on a découvert qui est Ouattara, un homme qui ne supporte pas d’être perdant. Voilà un peu ce que je sais de Sangaré. À côté de ses actes majeurs d’honnêteté, de loyauté, de fidélité et de courage surtout, Sangaré était quelqu’un qui plaisantait beaucoup, qui riait beaucoup comme Koffi Koffi Lazare l’a dit, il riait même à gorge déployée.”

Jeannette Koudou

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  1. Coigny 7 décembre 2018 at 05:32 -

    >« Bon, tu es enceinte. Si je t’amène à Bouaké et s’il y a quelque chose, on vous connait, vous les étudiants, vous allez écrire dans vos journaux clandestins qu’on t’a bastonnée et tu n’as pas résisté. Donc va chez toi ! Quand tu vas accoucher, appelle-moi, je vais venir te chercher pour t’emprisonner » ( 🙂 🙂 🙂 )

    Cruauté ? Cynisme ? Magnanimité ? Tout se mélange un peu dans cette phrase, dans la Côte d’Ivoire “de papa” où tuer et torturer étaient des actes graves qui se voyaient peu. En tout cas, c’était pas la norme même si la libre expression étaient vigoureusement traquée et punie. Un autre monde, une autre époque. Le PDCI et le RDR (fruit de ses entrailles) qui se croient légitimes dans leur posture actuelle doivent ravaler leur vomi en lisant ces lignes. Dire qu’il y en a qui fantasment encore sur un retour au parti unique !…

  2. wara 7 décembre 2018 at 08:32 -

    CYNISME OU MAGNANIMITE ?

    Je respecte ce témoignage de Mme Jeannette.

    En CI nous avons une insuffisance de mémoires et autobiographies.

    Ouassenan qui aurait échappé à un empoisonnement, nous a promis les siens en 2015.

    Il faut que le Général parle. Comme De Gaulle et tant d’autres officiers de légende.

    Ouassenan en 1971 en Côte d’Ivoire était un héros ou un tyran de guerre. C’est selon…

    Il était l’officier investi de toute la confiance du Président Houphouët qui avait restauré un an plus tôt l’ordre en pays Bété de Gagnoa. A cette occasion dit on, d’autres officiers normalement en charge de la zone des opérations, auraient été mis de côté parce que jugés Tchê mougouni…

    Un an après ces événements et face à une syndicaliste Bété, en nous remettant dans le contexte HISTORIQUE de l’époque en Côte d’Ivoire et en Afrique voisine, cette attitude de l’officier supérieur était tout simplement ELEGANTE !

    Quand le mercredi 8 mars 2018, Ouassanan disait « Ne soyez pas surpris que, même dans l’armée on assiste à des mutineries. C’est parce que les chefs n’ont pas le courage de prendre leurs responsabilités », il sait de quoi il parlait.

    Dans l’imagerie populaire des années 70, le nom OUASSENAN suscitait beaucoup de crainte et une certaine respectabilité.

    On connaissait Thomas d’Acquin, Bakayoko (de Gagnoa) mais l’homme de marbre c’était Ouassenan. Au demeurant il était là sous les ordres de Sannon bien avant Thomas..

    Maintenant on peut en parler : l’affaire Fa Yaka. Cette impertinence insupportable de la part de feu LE GARDIEN DU TEMPLE et la correction exemplaire de Ouassanan dans les années 90 sous Bedié. Voici la marque de la main de fer du Général. Celui qui avait fait ses armes dans l’Algérie du feu des wilayas.

    Ce témoignage de madame Koudou Jeannette est le plus bel hommage qu’on pouvait faire à un officier auréolé de son parcours. Avant la lettre il appliquait le respect des droits de la femme.

    Cet homme appartient à l’histoire de ce pays.

    Ceci dit chapeau à ces militants de la première heure de la démocratie.

    Que @Dabak ne vienne pas dire ici que j’ai ignoré la noblesse de votre combat et le courage qui le portait. Ou que j’ai minimisé l’apport de sa famille politique à l’édification de la nation.

  3. Coigny 7 décembre 2018 at 09:20 -

    >Maintenant on peut en parler : l’affaire Fa Yaka. Cette impertinence insupportable de la part de feu LE GARDIEN DU TEMPLE et la correction exemplaire de Ouassanan dans les années 90 sous Bedié. Voici la marque de la main de fer du Général. Celui qui avait fait ses armes dans l’Algérie du feu des wilayas.

    Sangaré, au grand jamais, n’a manqué de respect à Ouassenan. Cette affaire soulève bien de problèmes de cette époque trouble, avec au premier chef celle de la liberté d’expression. Ce qu’il s’est passé, c’est qu’un journaliste de La Voie (ou le Nouvel Horizon), dans un article au vitriol contre le ministre, a ponctué son texte par l’expression “A Fa Kaya”. Ouassenan convoque donc le Directeur de Publication du journal qui se trouve être Aboudramane Sangaré dans son bureau. Là, il le fait “saisir par 4 gaillards” (comme à Ecole Primaire Publique), et lui administre de ses blanches mains ministérielles, une fessée. Parce que son défunt père aurait “été insulté”.

    Je reste effaré par cette prise de position permissive de @Wara qui donne raison et droit, dans un Etat de droit, au premier venu de se rendre justice, comme dans la jungle. Le vernis est décidément bien mince.

  4. wara 7 décembre 2018 at 10:52 -

    LE DEVOIR D’IMPERTINENCE

    Élevé en sacro sainte vertu de la liberté de presse, le devoir d’impertinence est devenu à une certaine époque le jeu favori de la presse d’opposition dirigée alors non par des journalistes professionnels formés à Lille, à Yaounde ou à Dakar. Mais bel et bien des opposants sans masques ni gants.

    La déontologie ? Pour quoi faire ?
    L’éthique ? Revenez plus tard…

    Afa kaya…

    “Bedié était là et…LE MALHEUR AUSSI..”

    Les exemples foisonnaient.

    Au demeurant quelle fut la posture de SANGARE chez Ouassenan ? Humilité ou “afakayatisme assumee et averée” ?

    ECRIVONS LA VRAIE HISTOIRE. LAISSONS LES LÉGENDES…

  5. Coigny 7 décembre 2018 at 11:28 -

    >le devoir d’impertinence
    Canal +, dont la version tropicale est Canal Plus Horizon, a été bâti autour du projet “d’une chaine différente” avec des émissions et des talk show “IMPERTINENTS”. Il n’y que sous les tropiques où l’impertinence, depuis le primaire (preuve d’intelligence, d’éveil et d’autonomie) est réprimée avec la dernière énergie par un corps enseignant muni de fils de fer, de battes, de badines, de courroies et autres objets contondants. Autres peuples, autres mœurs.

    >journalistes professionnels formés à Lille, à Yaounde ou à Dakar.
    Non mon ami, nulle par au monde (en tout cas, pas dans les démocraties occidentales) il n’est fait obligation à un organe de presse de n’engager que des diplômés des écoles que tu cites. En l’espèce, la formation initiale est un plus appréciable, mais d’éminentes plumes venues du droit (Venance Konan), de la médecine, de l’ingénierie, de l’éducation, etc ont fait leurs preuves, en ayant appris sur le tas.

    Les exemples d’articles que tu cites ne sont pas les pires, on se souvient de la une prémonitoire (???) du Patriote avec la RCI divisée exactement selon le tracé mis en œuvre qq mois plus tard. Sans oublier les graves offenses à un chef d’Etat en fonction, auxquelles, en démocrate qu’il s’est affiché, il n’a jamais daigné répondre. Certains ont tâté du bâton ou allaité les moustiques de la Maca pour bien moins que cela. Oui, il y a des dérives d’écriture au sein de la presse. Mais ces dérives ne sont pas uniquement le fait des journalistes non-diplômés, dont nous décrions tous les tares et insuffisances.

    >Au demeurant quelle fut la posture de SANGARE chez Ouassenan ?
    Nul doute que tu y répondras, puisqu’apparemment témoin oculaire de la scène. Pour ma part, je note qu’en environnement multipartisan dans un Etat qui s’affiche “démocrate” et “de doit”, un ministre n’a AUCUN DROIT de convoquer à son Cabinet (à quel titre du reste ? Etait-il ministre de la Communication ?) un journaliste ou un Directeur de Cabinet. C’est ici le lieu de rappeler ce que je soutiens sur nombre de nos concitoyens, imprégnés d’autoritarisme culturel jusqu’à la moelle :
    – après le soutien à des autorités au pouvoir qui se devaient de disposer de caches d’armes un peu partout sur le territoire, à l’effet de mener une contre-offensive “en cas d’attaques”,
    – revoilà monsieur tout propre en train de soutenir que “Cette impertinence insupportable de la part de feu LE GARDIEN DU TEMPLE ” méritait bastonnade.

    Mais qui diantre vous inspirent vos modèles de pensée ? Certainement pas ces nombreux penseurs et auteurs cités ici à l’envie. Et on nous parle d’écrire la vraie histoire, et laisser les légendes ! Non môssieur, ce très gros poisson-ci ne sera pas noyé aussi facilement.

  6. Coigny 7 décembre 2018 at 11:32 -

    >Directeur de Cabinet. Lire plutôt Directeur de Publication

  7. wara 7 décembre 2018 at 12:18 -

    AU MENU : 4 GAILLARDS…

    J’apprécie bien la formule. Elle a été éprouvée et bénéfique pendant un certain temps !

    Sacré Ouassenan !

    Dommage pour la CI que ceux qui sont venus après lui n’aient pas eu ni son courage ni son élégance manœuvrière résumée dans cette formule : “Tu es enceinte donc va chez toi ! Quand tu vas accoucher, appelle-moi, je vais venir te chercher pour t’emprisonner (..pour que tu purges ta peine !) ») ! Une belle manière de la libérer sans laisser des traces…

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