Cinquantenaire des Indépendances Africaines: entre illusions perdues et éveil des Consciences

Par Simplice GBIO –

Au Moment où les Etats Africains célèbrent les cinquante ans d’une indépendance asphyxiée par tant d’ingérences étrangères, une question me traverse l’esprit : faut-il ignorer, comme les partisans du « Rien Sans la France », tous les torts causés par l’impérialisme à ma société pour savourer dans l’euphorie cette pseudo-liberté ou, faut-il voir cette célébration comme une remise en cause des choix politiques de nos Dirigeants d’alors afin de réfléchir sur une nouvelle orientation de notre combat politique ? La réponse à cette énigme pourrait se trouver dans le développement qui suit.

En effet, un demi siècle après les indépendances sensées apporter aux pays africains développement et stabilité, le constat est sans ambages: une Afrique pauvre dépendante du monde extérieur (Europe et Amériques) à qui elle sert de vache à lait à cause de ses ressources naturelles. Et ses premiers Dirigeants, les “Pères des Indépendances“, n’en ont eu cure, préoccupés qu’ils étaient par une mégalomanie qui ne dit pas son nom. Il y eut certes ça et là des sursauts d’orgueil : Kouamé N’kruman (Ghana), Patrice Lumumba (Congo Léopoldville, actuelle RDC) et Nelson Mandela (ci-devant premier Président Noir de l’Afrique du Sud) ont risqué leurs vies face au pouvoir sanguinaire des Colons pour réclamer une Afrique libre et prospère. Mais la plupart des Leaders Africains ont d’abord pensé à leurs propres intérêts en signant des accords tacites avec la tutelle européenne, cas de la France : tu maintiens ton pays dans le giron français et ton fauteuil présidentiel est protégé à vie. Ces exemples sont légions : Félix Houphouët Boigny de la Côte d’Ivoire, Léopold Sédar Senghor du Sénégal, Ahmadou Ahidjo du Cameroun, Omar Bongo du Gabon etc. ont été des pions essentiels de la Françafrique, ce réseau politico-économique dirigé par la France pour contrôler au maximum l’économie africaine. Son plan de fonctionnement est la création d’une société africaine de consommation de produits français (buildings de haut standing, voitures, bus), au détriment d’une société de production (routes, écoles, universités, usines, hôpitaux), gage du développement de l’Afrique. Pendant que des pays comme la Chine, la Corée du Sud, l’Inde et même l’Iran, jadis pays non-alignés, se bousculent aux portes de l’Univers Spatial, histoire de ne pas être en marge de la révolution technologique, les Etats Africains demeurent encore au stade d’importer des denrées de première nécessité (l’exemple du riz en Côte d’Ivoire).

La cause de ce marasme politico-économique devrait être connue de tous : c’est la volonté des Occidentaux à maintenir l’Afrique noire dans un état de dépendance perpétuelle. Mais pour réussir ce coup, il a fallu s’appuyer sur des bras séculiers internes que furent les fameux « Pères des Indépendances Africaines » cités un peu plus hauts. Dans un article intitulé « De la Responsabilité du PDCI RDA dans la crise ivoirienne » encore disponible sur www.connectionivoirienne.net/diaspora, votre serviteur avait mis à nu le mécanisme de pillage des économies africaines mis en place par la France. Les acteurs de ce mécanisme sont bien connus: c’est d’une part, l’Elysée avec tous ses réseaux mafieux que sont: le ministère de la Coopération, l’Aide Publique au Dévéloppement (APD), le Club de Paris, le Trésor Public Français, les Banques Centrales Africaines ( BCEAO et BCEAC) et d’autre part les Dirigeants des Partis-Etats respectifs des Etats Africains Francophones. En Côte d’Ivoire, la fortune personnelle d’Houphouet-Boigny s’évaluait à plus de 3000 milliards de nos francs pendant que les ressources naturelles du pays disparaissaient à une vitesse vertigineuse. Le PDCI-RDA, dont les ramifications (RDR, UDPCI, ANSI) constituent le noyau de l’Opposition actuelle se substituait à l’Etat et tout Ivoirien en devenait membre dès sa naissance. C’est le lieu de citer cet exemple banal mais riche en enseignements: avant-hier (NLDR: Lundi 02/08/10), je suivais la rédifusion de la finale de la CAN Sénégal 92 qui a opposé le Ghana à la Côte d’Ivoire sur la chaîne privée OBE. J’ai été choqué de voir un Supporter Ivoirien exhiber le drapeau du PDCI RDA dans les tribunes. Cela traduit le dégré d’embrigadement de cet Supporter Ivoirien qui continuait d’ignorer que le PDCI n’était pas l’Etat Ivoirien, deux années après la proclamation du multipartisme en côte d’Ivoire. Quelle tristesse! Ce dualisme (Parti et Etat) ainsi constitué aura été fatal à la Côte d’Ivoire car dans ses échanges avec la France, c’est le PDCI RDA (Parti Politique) qui reçoit les dividendes quand le Gouvernement (Etat Ivoirien) paye les factures, d’où l’origine de la fortune du Vieux.

C’est pourquoi l’on ne peut pas comprendre les récriminations et autres accusations que subit Laurent Gbagbo de la part des militants de cette opposition, le prenant pour responsable des maux qui minent le pays. Il peut bien y avoir des brébies galeuses dans son entourage car il n’est pas magicien pour transformer en un temps record toutes ces mentalités forgées par quarante années de régime népotiste, tribal et corrompu qu’était le PDCI RDA. Oui, les histoires de “bras longs” existaient déjà dans les années 70, au moment où Laurent Gbagbo était encore Enseignant de lycée: c’était l’âge de la corruption intrumentalisée. Il paraît aussi très facile à nos yeux d’accuser la Refondation de n’avoir rien prouvé en dix années de pouvoir quand bien même l’on sait que ces gouvernements qui se succèdent depuis la rebellion de Septembre 2002 ne sont pas représentatifs du FPI. C’est donc le RDA, et seulement le RDA qui est responsable des misères des Etats Françafricains car le modèle ivoirien était appliqué dans ces Etats, tous membres du Rassemblement Démocratique Africain.


La Responsabilité de la Presse dans ce fiasco.

Dans ce manège, le peuple africain est demeuré dans l’ignorance totale car on lui faisait croire, par presse interposée, qu’il y avait stabilité économique et paix sociale. Cette presse, qui devrait incarner la conscience du peuple, était inféodée aux partis uniques d’alors (Frat Mat, Ivoire Dimanche pour la Côte d’Ivoire).

A l’avènement du multipartisme dans les années 90, les moins septiques ont donné libre cours à leur joie quant à la libéralisation des médias. Car les dictatures issues de l‘ère coloniale venaient de baisser pavillon grâce d’une part au coup de pouce venu d ’Europe de l’Est où soufflait déjà un vent de liberté et d’autre part à l’émergence d’une nouvelle classe d’activistes rentrés d’Europe. La grande inconnue était de savoir comment des Africains qui ont passé toute leur vie dans un environnement de servitude idéologique pouvaient capitaliser cette liberté retrouvée. Là encore, ce fut un échec. En effet dans un système démocratique, la presse est considérée comme étant le quatrième pouvoir en ce sens qu’elle incarne les aspirations du peuple aussi bien qu’elle défend la souveraineté de l’Etat. Malheureusement ça n’a jamais été le cas en Côte d’Ivoire où tout au long de la crise que traverse le pays, la presse (écrite) a montré ses limites: aucune initiative éducationnelle de masse ; et pire, aucune notion de civisme. Souvenons-nous de certains journaux qui battaient campagne pour que l’Etat de Côte d’Ivoire soit placé sous tutelle de l’ONU, dans le seul souci d’accomplir la volonté de ceux qui les financent. L’exemple de la Côte d’Ivoire suffit pour conclure que la presse africaine est une presse de subsistance, l’antonyme d’une presse participative comme on le voit ici en Europe.

L’exemple Sud-Africain devrait nous inspirer

Il y a seulement un peu plus de seize ans, l’Afrique du Sud était encore maintenue hors du concert des Nations à cause de son Apartheid (qui était l’exclusion systématique des Hommes de couleur, les Noirs en particulier, de la société Sud-Africaine par la minorité blanche). Le onze Juillet dernier, c’était l’apothéose de la fête sportive la plus populaire du Monde à Johannesburg. La finale de la coupe du monde de football. Qui l’eût cru ? Le triomphe de la détermination des Noirs sur la barbarie de la minorité blanche qui disposait pourtant de tous les moyens de répression les plus inimaginables. Nelson Mandela a passé vingt-sept années de sa vie derrière les barreaux, pour avoir « osé » revendiquer l’égalité des Peuples. Il a fini par devenir le premier Président noir de ce pays. L’Afrique du Sud est redevenue la Nation émergente qu’elle fut ; d’où le dogme selon lequel l’Indépendance totale d’un Etat n’a pas de prix.

Ce que les Ivoiriens en particulier, et les Africain en général, ont déjà payé face au banditisme d’Etat de la France n’aura servi à rien s’il existe encore des Chefs d’Etat Africains qui se feront dresser par Nicolas Sarkozy, le dernier Grand Vizir de la Dynastie Gaulliste, comme le monde entier l’a constaté à l’occasion de la célébration du 14 Juillet. Des soldats issus de douze Etats Africains ont pris part au défilé militaire sur les Champs Elysée ; une aberration des temps modernes, qui nous ramène cinquante ans en arrière. Pourtant que d’espoirs suscités par l’arrivée sur la scène politique de Nicolas Sarkozy qui d’entrée de jeu avait promis une rupture de la politique française en Afrique. Il franchit même le Rubicon pour se muer en poète le 22 Juillet 2007 à l’Université de Dakar en ces termes et je cite : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connait que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. (….). Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance. Jamais l’homme ne se lance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. », fin de citation (cf : Obama, Sarkozy, et l’Afrique : un constat et deux approches différentes, sur Oulala.net). On ne peut pas tenir un tel discours prometteur pour l’Afrique Noire et faire le contraire. Le défilé de la honte s’inscrit dans la volonté de ses initiateurs (Sarkozy et les douze chefs d’Etat présents) à mettre un frein à l’intégration africaine que Laurent Gbagbo appelle toujours de tout son vœu. Ceci expliquant cela, le Chef d’Etat Ivoirien avait poliment décliné l’invitation de son homologue français, ce qui avait déclenché la furia de la presse dite de l’opposition ivoirienne. Le Patriote, quotidien très proche du RDR, titrait le Jeudi 15 Juillet dernier: « Défilé du 14 Juillet en France – Tout le monde était là, sauf la Côte d’Ivoire.. », sous la plume de l’inusable Kigbafory Inza. Le Sieur, qui méconnait d’ailleurs la signification de la fête du 14 Juillet (il parle d’indépendance de la France), soutient mordicus que la Côte d’Ivoire et son peuple feraient les frais de la volonté de Gbagbo à exiger beaucoup plus d’autonomie des Etats Africains vis-à-vis de la France.

Cette même presse s’est opposée à l’organisation du Cinquantenaire. Parce qu’elle ne pense qu’aux dix dernières années que Laurent Gbagbo a passées au pouvoir. Une courte vue des choses. Elle oublie que cinquantenaire dérive de cinquante, et que le PDCI RDA, parti-mère de tous ces supplétifs, est resté pendant quarante ans au pouvoir. Cette célébration ne doit pas être vue sous l’angle d’une commémoration victorieuse, mais comme une levée de boucliers contre notre refus à nous inventer un destin comme le décrit Sarkozy ci-dessus. Comme notre rédemption afin d’aborder le deuxième cinquantenaire avec parcimonie. C’est le lieu de rappeler à notre chère Opposition que la Côte d’Ivoire serait plus prospère si elle recouvrerait sa Souveraineté dans toutes ses dimensions. Que nous soyons socialistes, libéro-démocrates, libéralistes, gbagboistes, bédiéistes ou allassanistes, seul les intérêts de l’Etat ivoirien doivent primer, dans un environnement politique purement démocratique, débarrassé des pressions étrangères. C’est le vœu que le Candidat Laurent Gbagbo veut réaliser. Bonne fête du Cinquantenaire à tous.

El Panick Simplice Gbio
Londres
zelitoh@yahoo.co.uk

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Author: bleble