Dr. Boga Gervais (FIDHOP): « La date des élections met la pression sur tout le monde »

Photo Connectionivoirienne.net

Dr BOGA SAKO GERVAIS, Président-Fondateur de la FIDHOP, la Fondation Ivoirienne pour les Droits de l’Homme et la vie Politique. Avec lui, il sera question de la date de l’élection présidentielle, à la veille de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire.

Dr BOGA, toute la Côte d’Ivoire vibre actuellement au rythme du cinquantenaire de l’indépendance de notre pays, mais vous et la FIDHOP semblez être préoccupés par la présidentielle ; n’est-ce pas ramer à contre-courant ?

Dr BOGA : Merci de l’opportunité que vous me donnez de rappeler aux Ivoiriens ce qui est important pour un pays qui aura cinquante ans d’indépendance dans quelques jours. Je voudrais préciser d’entrée de jeu que personne ne peut me parler à moi de patriotisme ou de nationalisme. Lorsqu’on lit la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, ainsi que la Constitution ivoirienne du 1er août 2000, on peut noter que le patriotisme est à la fois un Droit de l’Homme et un Devoir du Citoyen. Cependant, je refuse le patriotisme aveugle, zélé et partisan…

Qu’est-ce à dire ?

Dr BOGA : c’est-à-dire que les Ivoiriennes et les Ivoiriens doivent être suffisamment lucides pour savoir ce qui est important pour eux. Voyez vous-même comme notre situation est risible et ridicule. Nous prétendons rechercher de l’argent pour réussir la sortie de crise, pour organiser des élections ; et là où ces élections peuvent nous coûter à peine dix à vingt Milliards, on les a surfacturées à près de six cent Milliards, à cause d’un prétendu manque de confiance entre quelques trois leaders politiques : Messieurs Laurent GBAGBO, Henri K. BEDIE et Allassane D. OUATTARA. Cette crise de confiance entre eux, qui nous a fait recourir à la société SAGEM, vaut à elle seule plus de cent Milliards. Alors que des Ivoiriens meurent chaque jour de faim, de petites maladies… Et comme si cette insouciance ne suffisait pas, on vient y ajouter, en plus d’un dédommagement absurde et cynique des éléments des Forces Nouvelles, à qui il faut remettre des dizaines de Milliards pour avoir pris les armes, on prévoit encore de gaspiller des Milliards pour l’organisation d’un soi-disant cinquantenaire.

Oui ; mais la Côte d’Ivoire a tout de même cinquante ans d’indépendance et cela ne doit pas passer inaperçu, on le voit dans tous les pays africains qui sont dans la même situation que nous.

Dr BOGA : Soit. Mais tous ces pays qui célèbrent leur cinquantenaire avec faste et ferveur ont des Présidents et des gouvernements légaux et légitimes. Ce qui n’est pas le cas chez nous depuis octobre 2005. Chaque pays doit connaître ses priorités. Si nous ne célébrons pas le cinquantenaire, l’histoire nous comprendra ; par contre, si nous continuons à ne pas organiser d’élections, la postérité et l’histoire nous blâmeraient à coup sûr. Le Niger qui se trouve actuellement dans une situation irrégulière, non démocratique, a décidé de reporter toutes les festivités après les élections. Je trouve cela très sage. On aurait dû en faire autant chez nous. On devrait concentrer nos énergies sur l’organisation de l’élection présidentielle, sur la reconstruction de l’unité nationale et de la cohésion sociale, avant de nous retrouver, tous ensemble, Ivoiriens du Nord, du Sud, de l’Est, de l’Ouest et du Centre, autour des emblèmes de notre pays la Côte d’Ivoire. Sinon, dans le contexte actuel et organisé de cette façon, on est entrain de bâcler le cinquantenaire de notre pays. Dans tous les cas, dès l’instant où la présidentielle n’a pu être tenue avant ce 7 août 2010, c’est déjà un fiasco pour la célébration de cette indépendance.

Pourquoi vous focalisez-vous tant sur la fixation de la date ?
Dr BOGA : C`est une condition majeure pour la sortie de crise. Lorsque vous fixez la date, cela met la pression sur tout le monde. Regardez la Guinée, on ne peut plus aller très loin. Des putschistes, des gens qui ont pris des armes chez eux, en moins de six mois, ils ont organisé le premier tour de la présidentielle. En Côte d`Ivoire depuis cinq ans, on dépense plus de six cent milliards et puis on n`arrive pas à publier la liste électorale définitive. Simplement parce que des gens ont peur de perdre ces élections, quand d`autres jurent qu’ils doivent absolument les gagner. Pendant ce temps, les populations crèvent de faim ; il n’y a pas pires violations des Droits de l’Homme !

Edgar Kouassi

Le Patriote

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