Côte d’Ivoire-Etats-Unis – Qui veut mélanger les deux pays ?

La fin des sobres festivités du cinquantenaire de la Côte d’Ivoire indépendante a été marquée par un évènement fort malheureux. A vite oublier : l’entrave faite à Pascal Affi N’Guessan de se rendre aux Etats-Unis. Mais, en attendant la réparation du tort, comme promis par les USA, des questions demeurent : qui a voulu brouiller les relations entre les deux pays ? Quelles leçons tirer de cet incident diplomatique ? L’incident est clos comme il est survenu. C’est-à-dire très vite. Les Etats-Unis, pays dont on connaît la hargne et la détermination contre le terrorisme, ont présenté des excuses écrites et officielles au gouvernement d’un petit pays africain, la Côte d’Ivoire. Un communiqué de presse rendu public par le ministère ivoirien des Affaires étrangères a révélé que «le gouvernement américain a exprimé ses profonds regrets et présenté ses excuses au gouvernement ivoirien». Les faits sont connus. L’ex-Premier ministre Pascal Affi N`Guessan, président du Front populaire ivoirien (FPI, au pouvoir), parti fondé par le président Laurent Gbagbo, s`est vu refuser, vendredi dernier, par les autorités américaines la possibilité de se rendre aux Etats-Unis. Le tout Premier ministre de la IIème République (octobre 2000 – mars 2003) se trouvait en transit à l`aéroport de Roissy, près de Paris, en France, à destination de Houston (USA) quand des agents de sécurité français lui ont dit que «les Américains avaient annulé (son) visa». Affi N’Guessan avait pourtant effectué toutes les formalités du voyage aussi bien en Côte d’Ivoire qu’à Paris, sans la moindre difficulté. Il s’était même fait contrôler, dans un premier temps, par un policier français qui n’avait rien eu à redire. Et c’est au moment de reprendre l’avion pour les Etats-Unis que la sentence est tombée, prononcée par un autre agent de sécurité français. Pascal Affi N’Guessan a donc tranquillement regagné son pays, ce même vendredi, malgré un visa diplomatique délivré en bonne et due forme par l’ambassade des Etats-Unis à Abidjan et valable sur les le territoire américain jusqu’en 2017. Il a suivi, samedi dernier, la cérémonie de prise d’armes au palais présidentiel, clou de la célébration du cinquantenaire de la Côte d’Ivoire indépendante. Et revoilà le conflit entre patriotes et rebelles Immédiatement après cet incident, le ministère ivoirien des Affaires étrangères indique avoir «convoqué», le même samedi, jour de la célébration du cinquantenaire ivoirien, l`ambassadeur des Etats-Unis en Côte d`Ivoire «pour élever une vive protestation contre ce traitement infâmant et humiliant infligé à une si haute personnalité ivoirienne de la part des services américains sans que rien ne le justifie». Et le ministère des Affaires étrangères de révéler : «En réponse à la protestation ivoirienne, le gouvernement américain a exprimé ses profonds regrets et présenté ses excuses au gouvernement ivoirien». Le même communiqué rapporte, enfin, que le pays de l’Oncle Sam, désormais dirigé par le président Barack Obama, a promis de réparer le tort causé au gouvernement ivoirien «en faisant prendre les dispositions utiles en vue de réparer le préjudice causé à l’ancien Premier ministre ivoirien par l’octroi d’un nouveau visa». Le communiqué du gouvernement ivoirien devait normalement donner à réfléchir à tous les Ivoiriens : si un ancien Premier ministre, président du parti au pouvoir, peut connaître un tel déboire de la part des autorités américaines, c’est que le citoyen lambda voyageant entre la Côte d’Ivoire et les Etats-Unis est gravement exposé. Et qui en parlerait ? Peut-être que ces supplices sont infligés quotidiennement aux Ivoiriens anonymes mais qui en parle ici ? Au lieu de ces réflexions, les révélations sur cette grave affaire ont plutôt réveillé les pitoyables passions contradictoires entre pro-rebelles et patriotes. Il suffit de lire les journaux dans leurs tirages d’hier pour s’en rendre compte : «Affi refoulé comme un terroriste», «Affi rapatrié», «Représailles contre Affi pour des entraves posées au processus de paix», expliquent d’autres tabloïds ivoiriens. Les Etats-Unis sont-ils tombés si bas qu’ils sont réduits à cacher des mesures coercitives prises contre des dirigeants africains ? Ridicule de penser et d’écrire cela non ? D’autres réactions, plus républicaines, plus patriotes, mais non moins passionnées, ont oublié que le président du FPI aurait bien pu être refoulé une fois sur le sol américain : «C’est la faute aux autorités ivoiriennes. Elles n’en font pas assez pour obtenir la certification de l’aéroport d’Abidjan, ce qui aurait permis à Affi de prendre un vol direct sur les USA pour éviter l’humiliation en France». Evidemment, ici, la France dont on connaît les relations plus ou moins tumultueuses avec la Côte d’Ivoire, notamment depuis les boucheries gratuites de l’armée française en novembre 2004 à Abidjan, est pointée du doigt. Une affaire suspecte, mais banale et à oublier Il est difficile de passer simplement par pertes et profits une telle affaire. Car personne ne peut faire croire que les Etats-Unis, avec toutes leurs compétences en renseignements et autres, ont pu se tromper de cible et annuler de façon clandestine le visa accordé à Pascal Affi N’Guessan jusqu’en 2017. Cette certitude fait le lit de la supputation qui consiste à admettre que les autorités américaines ont dû être induites en erreur par quelques mains obscures, apatrides et spécialisées dans le dénigrement des autorités de la Côte d’Ivoire, pays qu’elles prétendent être le leur. Du coup, l’affaire «Affi N’Guessan» peut cacher un lâche coup fourré sûrement préparé dans le dos des personnalités proches du président Gbagbo. Un autre coup concerté ou isolé pour «mélanger» les relations entre la Côte d’Ivoire et les Etats-Unis, après avoir «mélangé» la Côte d’Ivoire depuis le décès d’Houphouët-Boigny en 1993. Les raisons de cette hostilité actualisée peuvent être devinées : Laurent Gbagbo, ce chef d’Etat africain atypique, a pu dire non, un 14 juillet 2010, journée commémorative de la libération de la France de la tyrannie des rois, à une invitation à faire défiler les troupes militaires ivoiriennes sur les Champs-Elysées à Paris pour «fêter le cinquantenaire de la Côte d’Ivoire libre» ! Il avait déjà dit non, quelques semaines plus tôt, à une participation au festin de la Françafrique ! Dans une Afrique dont les dirigeants continuent de prendre majoritairement des leçons de soumission et d’auto-humiliation aux pieds du colonisateur, de tels refus peuvent faire germer quelques idées de «représailles» dans l’esprit de l’ancien maître. Non pas pour lever des entraves posées par Gbagbo et ses proches à l’organisation d’élections dans leur pays, l’ancien colon prétendant qu’il n’est le parrain d’aucun des candidats qui s’agitent pour et en son nom, mais peut-être parce que la droiture affichée par le président ivoirien et ses partisans devient un crime de lèse-majesté à réprimer pour qu’elle ne fasse pas tache d’huile. Quoi qu’il en soit, le coup a encore échoué ! L’empêchement brutal et inélégant fait au Premier ministre Affi de se rendre aux USA est alors à exploiter pour en extraire le positif, puis à banaliser et à oublier. Le positif pour les Ivoiriens, c’est qu’il aura permis de détruire «les nouveaux plans» contre la Côte d’Ivoire. Mais, mieux, il permettra aux autorités américaines de désormais bien ouvrir les yeux sur l’activisme des serpents à sornette qui convoitent la Côte d’Ivoire. Le négatif à mâcher et cracher se trouve du côté américain. Ils en ont aussi subi, l’humiliation : aussi loin que l’on remonte dans le passé, c’est la première fois que les Etats-Unis se plient en quatre pour présenter des excuses officielles à un Etat africain après une bavure policière ou diplomatique. Il faut donc en savoir raison garder et saluer la sollicitude de l’ambassadeur des Etats-Unis en Côte d’Ivoire. Il faut en savoir gré au Secrétariat d’Etat américain tenu par la dame de fer Hillary Clinton. Il faut en féliciter le gouvernement américain et l’administration Obama. Qui démontrent ainsi que, sous Laurent Gbagbo, la Côte d’Ivoire, notre patrie, mérite considération et respect, et doit être traitée avec égards dans le concert des nations civilisés et dignes. César Etou cesaretou2002@yahoo.fr
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Publié par bleble