Laurent GBAGBO et l’indépendance de la Côte d’Ivoire

Renc’Art : Laurent GBAGBO et l’indépendance de la Côte d’Ivoire

Jeune Afrique consacre son édition spéciale du mois d’août à la Côte d’Ivoire qui a commémoré le cinquantenaire de son indépendance le 7 août dernier. François Soudan emprunte le titre de son éditorial, «Seconde indépendance» au président Laurent Gbagbo après avoir rappelé qu’à l’indépendance de son pays, Houphouët Boigny, fut le « récipiendaire» d’une «liberté dont il ne voulait pas», lui qui rêvait d’une «autonomie dans la communauté franco-africaine». Un article du journal consacré au président Gbagbo oublie (ignorance ou gêne ?) de citer le livre du président actuel de la Côte d’Ivoire paru aux éditions Clé en 1978 et intitulé Réflexions sur la Conférence de Brazzaville dont la lecture aurait permis de prévoir le type de relation que cet homme d’Etat entretiendrait avec le Colonisateur. Nous vous en offrons ci-dessous un extrait de la conclusion de ce livre afin que chacun s’en fasse une idée.

«Un fait saute manifestement aux yeux, c’est que jamais la Conférence de Brazzaville n’a été convoquée pour discuter de l’affranchissement des peuples coloniaux. Cela n’a pas été et cela ne pouvait pas être, pour la simple raison que dans l’histoire, aucun pays colonisateur n’a jamais décidé d’affranchir les peuples qu’il exploite et qui font sa richesse, sa puissance, sa grandeur. Si les empires égyptien, romain, macédonien se sont désagrégés, ce n’est pas parce que les maîtres ont voulu la libération des esclaves mais parce que la volonté de la libération de ces derniers, conjuguée avec l’affaiblissement des premiers, a entraîné une rupture dans l’ordre ancien. Et c’est cette rupture qui est révolutionnaire dans son essence parce qu’elle est un procès de l’asservissement d’un peuple par un autre et parce qu’elle propose une redistribution des forces dans le monde, c’est cette rupture donc qu’on appelle décolonisation. Or pour que la décolonisation soit effective, il faut qu’elle soit le fait de ceux qui souffrent de la colonisation, et il faut qu’elle s’attaque radicalement à tous les aspects de la colonisation et du colonialisme: aspects idéologique, politique, économique et culturel.
Ceux qui prétendent que la Conférence de Brazzaville avait une mission libératrice devront répondre à ces questions précises
– Qui a décidé de tenir cette Conférence?
– L’idéologie colonialiste y a-t-elle été rejetée?
– Le principe de la conquête et de l’occupation des terres d’autrui y a-t-il été condamné?
– La spoliation et l’exploitation des peuples soumis y ont-elles été condamnées?
-La culture de chaque peuple y a-t-elle été respectée?
A toutes ces questions nous répondons NON.


C’est le colonisateur qui a décidé de réunir toutes ses troupes pour réajuster sa politique compte tenu des événements imposés par les circonstances. C’est la France coloniale et colonialiste , meurtrie par quatre années de guerre, effrayée de sa propre faiblesse, mesurant avec inquiétude le précipice économique où elle est sur le point de tomber, inquiète de l’attitude nouvelle de ses alliés momentanés, tremblante à l’idée que ses sujets ne soient tentés de lever contre elle des armes « parricides », cherchant à mieux soumettre les autres pour pouvoir mieux se libérer elle-même, c’est cette France-là qui s’est réunie à Brazzaville pour mettre de l’ordre dans la maison avant qu’il ne soit trop tard.
L’idéologie colonialiste a guidé les travaux de ces assises du premier au dernier jour. La mission civilisatrice de la France a été hautement proclamée et la domination de la France sur l’Empire a été montrée comme une évidence indiscutable.
En ce qui concerne la conquête et l’occupation des terres d’autrui, l’œuvre de Brazza, d’Archinard, de Galliéni… a été magnifiée. Non seulement l’exploitation des peuples soumis a été présentée comme un signe de la grandeur française, mais des dispositions ont été prises pour la rendre plus conséquente et plus durable. Des plans d’exploitation de quinze ans, de vingt ans et de quatorze ans ont même été proposés.
En ce qui concerne la culture, on a simplement écarté d’un revers de main les langues africaines les jugeant incapables d’élever le niveau de connaissance d’un peuple.
Voilà donc les réponses précises à ces questions précises. »

(in Laurent GBAGBO, Réflexions sur la Conférence de Brazzaville, Yaoundé, Editions CLE, 1978, pp 33-35)
Par Marcelin VOUNDA ETOA *

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