Ramadan: Comment jeûner sans sentir la faim

Après l’observation de la lune hier à Korhogo, le jeûne du Ramadan 2010 débute aujourd’hui en Côte d’Ivoire. Dr Alain Delabo, directeur d’études cliniques à l’Iren (Institut de recherche, européen sur la nutrition) explique ici comment jeûner sans souffrir la faim. Il en profite pour exposer les dispositions qu’une femme enceinte doit prendre pendant le carême musulman.

«Si votre médecin vous a donné son autorisation pour mener à bien le jeûne (pendant le Ramadan), il ne s’agit pas non plus de faire n’importe quoi», explique le Dr Alain Delabo lors d’un entretien sur un site de santé Bladi.net. L’inventeur de la chrono-nutrition donne quelques conseils pour bien s’alimenter durant le jeûne. « Le principe du premier repas, celui de la rupture du jeûne, le soir, est de pouvoir apaiser les sensations de soif et de faim. Il doit se composer d’aliments sucrés afin de nourrir rapidement l’organisme et récupérer de la journée. Il se compose généralement de dattes, de noix et de boissons chaudes (thé ou café généralement et/ou une chorba), nécessaires pour réhydrater le corps. Il ne faut pas que ce repas soit trop lourd, d’autant qu’il est suivi de près par le dîner, le 2ème repas». Le 2ème repas, indique le spécialiste, se prend 2 ou 3 heures après la rupture de jeûne. « Lui non plus ne doit pas être trop lourd puisque les aliments pris lors de ce repas seront stockés, et non pas assimilés par l’organisme. Par ailleurs, s’il est trop lourd, vous n’aurez pas faim au réveil et vous serez tenté de sauter le petit déjeuner. Une erreur à ne surtout pas commettre. Plutôt que du couscous et des tajines (préparations à base de mouton, de poulet ou de divers légumes), optez pour un potage, une viande blanche ou du poisson accompagné de légumes et de féculents », conseille-t-il. Le « petit déjeuner » qui précède le jeûne, est le troisième repas. S’il y a bien un repas à ne pas sauter, c’est bien celui-ci, précise Dr Délabo. « En effet, il permet à l’organisme de faire des réserves pour pouvoir y puiser l’énergie dont il a besoin dans la journée. Ici, tout, ou presque, est permis : fromages, viandes, féculents, sucres rapides, potages… Veillez surtout à bien hydrater le corps de manière à constituer des réserves en eau. En effet, le risque le plus important est celui de la déshydratation, à absolument éviter» .La plupart des musulmans savent qu’il est difficile de jeûner pendant le travail. «Si vous travaillez, tentez d’en discuter avec votre employeur de manière à aménager vos horaires de travail. Si possible, il peut être salutaire pour vous de pouvoir faire des siestes dans la journée, pour vous reposer », conseille Alain Délabo.


Pareil pour les tâches ménagères diverses. Il ne faut pas hésiter à demander de l’aide. Le spécialiste prévient les femmes enceintes : « de manière plus générale, entre le jeûne et la grossesse, vous devez éviter les activités physiques susceptibles de vous fatiguer et de vous donner soif. Surtout si le mois de Ramadan tombe dans une période où il fait chaud et où les journées sont particulièrement longues.»

En cas de souci, rompre le jeûne

Par ailleurs, si vous avez du mal à le tenir et que vous ressentez des symptômes tels que nausées, vertiges, vision floue ou autres, Dr Délabo conseille de rompre immédiatement le jeûne et d’en avertir votre médecin. Il ajoute dans son entretient sur Bladi.net : « Si vous sentez que votre santé ou celle du fœtus est en danger, vous pouvez rompre le jeûne. Tous ces conseils s’appliquent également aux femmes qui allaitent. Dans tous les cas, demandez conseil à votre médecin pour traverser cette période du mieux possible ».

Sur un plan strictement théologique, indique l’inventeur de la chrono-nutrition, la grossesse ne représente pas en soi une contre-indication pour suivre le jeûne. Néanmoins, les femmes enceintes et celles qui allaitent, tout comme les personnes malades, ne sont pas tenues de suivre le jeûne si elles craignent que ce dernier ne nuise à leur santé ou à celle de l’enfant à naître. Par contre, les avis divergent quant au « report ». Pour certains, la femme enceinte doit reporter son jeûne à un autre mois de l’année pour rattraper les jours non jeûnés. D’autres, par contre, notent qu’elle doit nourrir un démuni pour chaque jour manqué, en guise de charité. Enfin, une autre tranche de personnes pense qu’elle doit à la fois rattraper les jours non jeûnés et nourrir un démuni. Sur ce volet, impossible de dicter une quelconque règle de conduite, l’affaire est avant tout une histoire personnelle et le mieux si vous êtes pratiquant est d’en référer à sa famille ou au chef religieux en qui vous avez confiance.

Sur le plan médical, Dr Alain Delabo précise que non. « Dans la plupart des cas, il n’existe pas de contre-indications médicale sauf si la période de jeûne est très longue et risque de provoquer une déshydratation, redoutable pour le foetus. Mais s’il existe des troubles métaboliques nécessitant un traitement obligeant à une ou plusieurs prises de médicaments pendant la période du jeûne ou un état de troubles digestifs nécessitant une alimentation fractionnée, le jeûne sera contre-indiqué ». De toute manière, avant de se lancer dans le jeûne, Alain Délabo conseille d’en discuter avec le médecin. Il précise que bien pratiqué, le jeûne ne devrait causer aucune conséquence pour la santé de la femme enceinte et celle de l’enfant.

Raphaël Tanoh avec Bladi.net
Nord-Sud

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Publié par bleble