Du drame ivoirien au bonheur du Bikini en France – Métamorphose avec souvenirs douloureux

Hier la douleur. Aujourd'hui au Bikini, Marie-Jeanne baigne dans la bonheur./ Photo DDM, La.Co

Par Laurent Conreur – ladepeche.fr

Mariée à un Français, Marie-Jeanne Kouadieu a subi de plein fouet la guerre civile en Côte d’Ivoire, qui a accéléré son départ en France. Après le traumatisme ivoirien, elle vit le bonheur du Bikini. Métamorphose avec souvenirs douloureux.

Son sourire s’immisce à tâtons dans le camp du charme. Surtout pour les clients du restaurant du Bikini cet été pour lesquels Marie-Jeanne Kouadieu aime manier les instruments de cuisine avec la dextérité d’un Didier Drogba, l’idole footballeur de tout un peuple ivoirien catalyseur de la paix pendant la période la plus sanguine de la guerre civile. Car si en vitrine, l’Ivoirienne de 23 ans, affiche un état d’extase au quotidien au Bikini, dans l’arrière-boutique siège en tréfonds de son âme la douleur et le traumatisme du conflit dans son pays natal. La mutinerie née en 2002 avec la prise du contrôle de villes par les rebelles revient à sa mémoire comme un boomerang cruel. « J’avais 15 ans en 2002, et avec ma famille, nous habitions à Abidjan, on sentait bien que le conflit allait gagner le pays, et que cela allait dégénérer avec l’arrivée des premiers renforts français pour assurer la sécurité des étrangers en général, et des ressortissants français en particulier » se souvient Marie-Jeanne, qui aura vécu en live l’ascension de la tension après son mariage avec un Français.

« je me suis sentie menacée »
Et qui souffre encore aujourd’hui de l’effacement du miracle ivoirien transformé en mirage ivoirien et de la rupture entre l’ancien « enfant chéri » de l’Afrique de l’Ouest, avec le « grand frère » Français qui a fait ressurgir les démons de la colonisation. « La guerre civile a accéléré mon départ de Côte d’Ivoire. Avec mon époux français, je me sentais terriblement menacé, surtout qu’en Côte d’Ivoire, de nombreux Ivoiriens ont condamné des tueries perpétrées par les Français. » Par l’impérialisme français comme le dénonçaient les forces rebelles. « Il est vrai qu’au départ, je m’étais mariée avec un Français pour venir vivre en France avec lui, pour poursuivre mes études et surtout pour rentrer dans l’armée française, car une grande partie de ma famille est dans l’armée en Côte d’Ivoire. Femme soldat, cela me tentait bien. »

Son départ dans des conditions explosives ne s’est pas suivi d’une arrivée angélique sur le sol tricolore. « Au début, je me suis retrouvée dans la campagne dans l’Aveyron. Je me sentais mal, je pleurais souvent, je voulais rentrer en Côte d’Ivoire. J’ai tout de même fait des stages dans la restauration. Cet univers m’a plu, mais je voulais intégrer l’armée. En juin 2005, je me suis rendue dans la cellule de recrutement de l’armée, mais comme je n’avais pas encore la nationalité française, on ne m’a pas pris. Par contre, on m’a proposé de passer le CAP et le BEP de cuisinier en alternance car je travaillais aux Fabuleux Festins à Toulouse. Je connaissais Philippe, l’actuel cuisto du Bikini. Et quand il a eu son accident en début d’année, je suis venue le remplacer. Et j’ai très vite aimé cette ambiance famille du Bikini. Et maintenant, j’y œuvre au quotidien. Ici, on travaille très sérieux et on s’amuse très sérieusement. »

Du traumatisme ivoirien au bonheur du Bikini. Métamorphose avec douleurs.

«Là-bas, on mange le beau-père»
Pour dédramatiser son passé douloureux dans son pays d’origine, Herve Sansonetto, Monsieur Bikini, aime à répéter très plaisantin: «Je ne sais pas si j’accepterai que mon fils épouse Marie-Jeanne, car on dit que chez elle, le coutume veut que le jour du mariage, on mange le beau-père.»

Author: bleble