Présidentielle du 31 octobre 2010 – Ce qui peut tout faire exploser

De réelles menaces planent sur la tenue de la présidentielle d’octobre 2010.Au sud, les acteurs politiques sont au bord de l’affrontement. Quand au nord, les Forces nouvelles(Fn) posent des conditions.

A quelques 10 semaines du premier tour de la présidentielle en Cote d’Ivoire, des palabres entre les acteurs de la vie politique ivoirienne risquent de faire capoter le processus de sortie de crise. Entre le camp présidentiel et l’opposition, c’est actuellement la passe d’armes. Le Front populaire ivoirien (Fpi, au pouvoir) accuse le Rassemblement des républicains (Rdr) d’avoir fait inscrire des étrangers sur la liste électorale. Pour Martin Sokouri Bohui, secrétaire national aux élections au sein de ce parti, la liste électorale blanche est truffée de fraudeurs, d’où sa requête en radiation de ces personnes. « C’est le Fpi qui demande les radiations. Il ne s’agit pas d’Ivoiriens, ce sont des étrangers qui ont leurs noms sur les fichiers de la Cedeao (Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest, Ndlr). Ils ont demandé des cartes de séjour, ils n’ont pas de certificat de nationalité et ils se retrouvent sur la liste électorale », a soutenu M. Sokouri, Directeur national adjoint de campagne de Laurent Gbagbo chargé des directeurs départementaux de campagne (Ddc), des structures locales et des opérations électorales, a rapporté le quotidien ivoirien confrère Nord- Sud dans son édition du jeudi 12 aout 2010. Dans de nombreuses localités du pays, l’on assiste actuellement à une vague de tension. A Gagnoa, près de 150 dossiers sont portés devant les tribunaux. Et, le 10 août dernier, quatre individus ont été condamnés avec sursis pour ‘’faux et usage de faux sur des documents administratifs’’ ivoiriens pour se faire enrôler. Il s’agit de deux burkinabé, Ouédraogo Issa et Hamadou Traoré(imam principal de la mosquée de Tiétiékou dans la commune de Gagnoa), d’un Guinéen, Sidibé Sory et de Maguiraga Bakary de nationalité malienne. A Man, en revanche, selon de bonnes sources, la Commission électorale indépendante (Cei) a rejeté les requêtes en radiation portant sur 4419 pétitionnaires. De même, à Sinfra (80 Km de Yamoussoukro), un mouvement de protestation a éclaté le lundi 9 août 2010, au sein des populations contre ce qu’elles ont qualifié de ‘’magouille’’ des responsables du Fpi, de ladite ville, relativement à la liste électorale provisoire. La voie principale conduisant à la préfecture a été bloquée, paralysant la circulation. Brahima Doumbia, Secrétaire national adjoint chargé des élections au Rdr, est convaincu que le Fpi veut radier près de 800.000 personnes de la liste électorale. « Le Fpi a toujours développé une mentalité de tribu assiégée dont il n’arrive pas à se défaire (…) Le problème du Fpi c’est qu’il n’est pas sûr de remporter les élections dans l’état actuel du processus électoral. C’est pourquoi, il entend tout faire pour que le maximum d’Ivoiriens soit exclu de ladite liste pour lui permettre de gagner les élections », a-t-il confié au même confrère. Des querelles qui si l’on n’y prend garde, pourraient faire dérailler le processus de sortie de crise. A cela, il faut ajouter les conditions que posent, pour leur part l’ex-rébellion armée qui contrôle la moitié du pays. « Nous ne pourrons pas aller à des élections si les aspects qui concernent la démobilisation et la réinsertion ne sont pas réglés. Pour nous, c’est un ensemble qu’il faut mener de manière concomitante de sorte à trouver au bout de l’entonnoir des élections qui se passent de façon paisible. Nous avons l’impression que tout le monde est polarisé sur la date des élections présidentielle en oubliant tout ce qui doit accompagner ces élections. Que les moyens soient dégagés comme il faut pour permettre l’encasernement des soldats et que le problème de la démobilisation- réinsertion soit réglé », a indiqué Colonel Bamaba Sinima, directeur de cabinet du secrétaire général des Forces nouvelles, à l’ouverture d’un conclave technique qui se tient depuis le 11 août à Bouaké. Il a de même souligné le non respect par l’Etat de ses engagements vis-à-vis des ex-combattants. « Il a été dit depuis 2008 à Ouaga que les ex-combattants démobilisés devaient percevoir chacun 500.000 francs Cfa pour solde de tout compte. Mais jusqu’à présent cette disposition n’est pas mis en application. Cela nous crée un certain nombre de problèmes et pour nous il faudrait que des solutions soient trouvées avant les échéances électorales », a fait savoir Bamba Sinima. Pour les Forces nouvelles, tout est prioritaire, aussi bien l’encasernement, la démobilisation, la réinsertion que les élections. Au regard de ce qui précède, l’horizon est brumeux quant à la tenue effective de la présidentielle du 31 octobre 2010 comme annoncée par la Cei.

Jonas BAIKEH
Soir Info

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