Crise dans les directions de campagne – Le camp présidentiel se fragilise

Soir Info par Kisselminan COULIBALY

Dans la famille politique de Laurent Gbagbo, candidat à sa succession, les rivalités internes deviennent davantage féroces à quelque deux mois de l’élection présidentielle. Paradoxe.

On eût été en droit de penser qu’au sein de la Majorité présidentielle les dissensions entre frères ennemis feraient place à une « paix des braves » juste le temps d’une élection que tous, observateurs et politiques, attendent avec impatience. Le constat est assommant : les batailles internes font fureur et Laurent Gbagbo peut objectivement se faire quelques soucis pour sa campagne. Deux cas- ceux des départements d’Issia et de Bloléquin font les choux gras de la presse et serviront ici d’illustrations à ce qui pourrait s’apparenter au prologue d’une déconfiture au sein de la Majorité présidentielle.
A Issia, Paul Antoine Bouabré est directeur départemental de campagne de Laurent Gbagbo. Ministre d’Etat et très proche de Laurent Gbagbo, il fait office de figure de proue dans le département. Avec lui, un certain…Désiré Tagro, ministre de l’Intérieur, également proche du chef de l’Etat et très influent dans le département d’Issia. Il est de notoriété que les deux personnalités se vouent une sincère inimitié. L’un reprocherait à son « jeune frère » de le prendre de haut. L’autre verrait chez le ministre d’Etat une volonté tardive de reprendre de la main après qu’il aurait délaissé le terrain plusieurs années durant. Preuve que les relations entre les deux « frères »
sont, aujourd’hui, exécrables: ils ont organisé tour à tour et séparément des activités dans le département d’Issia. D’abord, Désiré Tagro- qui venait d’être blanchi par le parquet d’une pile d’accusations- a été célébré par les « parents » à Saïoua, le vendredi 30 juillet 2010. A cette époque, le ministre de l’Intérieur remerciait publiquement des personnes qu’il avait pris le temps de lister. Il s’agissait d’hommes et de femmes qui l’avaient soutenu au plus fort des accusations de corruption et de népotisme. Au nombre des personnes qu’il avait remerciées ne figuraient pas- point de hasard- le nom de Bohoun Bouabré ni ceux de ses proches. Tagro avait rendu hommage à ses « vrais frères » (cf. Soir info du 31 juillet 2010). Bien sûr, Bohoun Bouabré ne se trouvait pas à Saïoua- au stade St Jacques de la mission catholique. Sans le ministre d’Etat, pourtant, la fête a eu lieu. Deux semaines plus tard, ce fut au tour de Bohoun Bouabré, DDC, d’organiser un séminaire de formation politique auquel ne prendront pas part Désiré Tagro et ses proches. Le séminaire s’est tenu les 13 et 14 août 2010 à la salle des fêtes de la mairie d’Issia. Des absences de premier plan à un séminaire qui était destiné précisément à donner les outils de marketing politique aux directeurs locaux de campagne. N’ont pas participé au séminaire, le fédéral Fpi, Bahouan Gahi, 2e vice-président de la direction de campagne de Gbagbo à Issia, la fédérale Offpi, Séry Marie-Claire et une dizaine de Dlc proches du ministre de l’Intérieur.

Guerre fratricide

Impossible de dire- à la lumière de ces deux tableaux- que le front populaire ivoirien mais également et surtout le camp présidentiel se portent presque bien dans le département d’Issia.
A Bloléquin, deux hommes se livrent une guerre fratricide. D’un côté, le Directeur départemental de campagne de Laurent Gbagbo, Jean-Gervais Tchéidé, de l’autre, Marcel Gossio, fils du département et Directeur général du Port autonome d’Abidjan. Quoique responsable de campagne pour la commune de Port-Bouët, Marcel Gossio est plus qu’actif à Bloléquin alignant meetings de mobilisation et dons aux militants. Gossio a achevé au mois de juillet dernier une tournée dite « caravane des cadres de Bloléquin pour la victoire de Laurent Gbagbo ». Pour les proches de Jean-Gervais Tchéidé, il s’agissait bien d’un pied de nez à la Direction départementale de campagne. Ses détracteurs reprochent à Marcel Gossio d’entreprendre des actions sur le terrain sans associer la direction officielle. Ils lui reprochent encore de servir de parrain à une direction de campagne parallèle amenée par un transfuge de l’Udpci au sein de la Majorité présidentielle, Baou Doué. Chez les proches de Gossio, on ne voit aucun mal à initier des actions qui ont pour seul objectif : de préparer la victoire de leur candidat à l’élection présidentielle. Devant les moyens puissants que déploie le Dg du Paa sur le terrain, Jean-Gervais Tchéidé et ses partisans crient tantôt à la défiance, tantôt à l’irrespect de l’autorité. Le Ddc de Bloléquin, s’il a été confirmé dans cette mission par le Directeur national de campagne, Issa Malick Coulibaly, déplore un soutien sinon peu exprimé du moins inexistant de la part du Front populaire ivoirien, son parti. Et pour l’heure, Marcel Gossio peut poursuivre en toute quiétude ses activités de mobilisation des militants à Bloléquin.
Le fait- désormais incontestable- que deux cadres issus d’un même département ne parviennent pas à travailler en unité n’est assurément pas un atout pour la campagne de Laurent Gbagbo. Aussi bien à Issia qu’à Bloléquin, les différents protagonistes affirment travailler à la victoire d’un même candidat sans que, curieusement, ils n’arrivent à taire leurs divergences. Coups bas, délations…calomnies sont le lot quotidien dans ces directions de campagne où vraisemblablement les cadres paraissent avoir sacrifié la réélection de Laurent Gbagbo sur l’autel de guerres de positionnement.

Author: bleble