La Russie, aussi corrompue que la Côte d’Ivoire, le Cameroun ou le Pakistan

France – 24

En Russie, la corruption représenterait 50% du PIB national, selon une étude publiée le 16 août par l’Association des avocats pour les droits de l’Homme. Nos Observateurs nous racontent qu’ils ne s’étonnent même plus d’avoir à payer des pots-de-vin, quel que soit le service rendu.

L’Association des avocats des droits de l’Homme s’est basée sur les statistiques officielles ainsi que sur plus de 6000 témoignages pour tirer ses conclusions. Le montant moyen d’un bakchich a doublé depuis le début de l’année 2010 pour atteindre 44 000 roubles (1 500 euros). Un poste de policier ou de procureur peut s’acheter bien plus cher.

En 2005, Transparency International laissait entendre dans un rapport que la Russie suivait le chemin du Nigéria, de l’Azerbaïdjan ou de la Libye : riche en pétrole, mais souillée par la corruption. Le classement fait par l’organisation donne la Russie 146e sur 180 places, dans une liste allant du moins au plus corrompu. Le Cameroun est exactement au même niveau, tandis que la Côte d’Ivoire arrive 154e et le Pakistan 139e.
Contributeurs

Evgeniy Shmu…

Olga Shmukler

Lyudmila Ale…
. »Les médecins ont une affiche dans leur cabinet : ‘Je ne vis pas de fleurs et de bonbons' »
Evgeniy Shmukler est blogueur et photographe à Moscou.

On est confronté à la corruption dès la sortie du jardin d’enfants. C’est ancré dans l’esprit des gens, ils sont habitués aux pots-de-vin.

Les étudiants sont souvent acceptés à l’université en payant les professeurs. Il faut ensuite verser près de 3000 roubles [76 euros] par examen pour les réussir. Les professeurs sont tellement mal payés, ce n’est pas étonnant qu’ils demandent de l’argent.

Lorsqu’un musée est fermé, on peut tout de même le visiter en versant un bakchich au personnel. Pour qu’un enfant soit accepté à la crèche, il faut payer un pot-de-vin de 100 000 roubles [2500 euros]. Quand on fait venir un réparateur à domicile, on le paie au tarif officiel, mais il faut donner un peu plus pour que le travail soit vraiment bien fait.


Les médecins mettent une affiche dans leur cabinet – c’est une tradition typiquement russe – : ‘Je ne vis pas de fleurs et de bonbons’, ce qui veut dire qu’il faut les payer en vodka et en cognac par exemple. Bien sûr, l’affiche se veut humoristique, mais elle n’est pas totalement déconnectée de la réalité. Il vaut mieux donner un pot-de-vin à son médecin pour être bien soigné. Eux aussi sont mal payés.

Medvedev répète régulièrement que la lutte contre la corruption est son cheval de bataille, mais il me paraît difficile d’arrêter cette tradition qui date de plusieurs siècles. Medvedev n’est pas assez fort pour défier la mentalité des Russes. Pour régler le problème, il faudrait simplement que les gens aient un salaire décent. »

« Pour un excès de vitesse, c’est 500 roubles [12 euros] »
Olga Shmukler, 22 ans, est étudiante en économie.

Lorsque qu’on enfreint le code de la route et qu’on se fait arrêter, on sait que c’est plus facile de donner un pot-de-vin : beaucoup de policiers acceptent, on évite la paperasse et on gagne du temps. La rumeur colporte les tarifs. On sait ainsi que pour un excès de vitesse, c’est 500 roubles [12 euros], alors que l’amende est de 1000 roubles. »

Olga Shmukler
Russia
Student
. »Un procureur d’Etat recevait des pressions pour juger coupable quelqu’un qu’il savait innocent »
Lyudmila Alexeyeva est une militante des droits de l’Homme en Russie. Elle était intervenue sur notre article à propos d’un policier qui avait tenté de dénoncer la corruption chez ses collègues.

Dans la région de Sverdlov, des procureurs se sont plaints des pressions qu’exerçaient sur eux certains de leurs confrères dans des affaires d’expropriation. Nous avons gagné : un procureur qui avait enfreint la loi a été mis à pied.

Dans une autre affaire, dans la région de Perm cette fois-ci, un officier de police a été condamné à huit ans de prison pour avoir touché un important pot-de-vin concernant un marché pétrolier. Pour le faire chanter – et le faire taire -, il avait d’abord été accusé de toute une histoire, inventée, de vol de barils de pétrole. Nous avons pu intervenir grâce à un témoin des faits, qui n’arrivait pas à vivre avec ce mensonge sur la conscience. Cet homme risquait d’être poursuivi pour faux témoignage. Il a décidé, avec sa famille, d’assumer ce risque.

Autre exemple : dans la région d’Amur, un procureur d’Etat recevait des pressions pour juger coupable quelqu’un qu’il savait innocent puisqu’il connaissait le vrai coupable. Il a refusé et a été mis à pied. Ses supérieurs hiérarchiques l’ont même poursuivi en justice et l’ont inscrit sur une liste de personnes recherchées. A la suite de notre intervention, les poursuites ont été abandonnées. »

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Publié par bleble