Togo: Gnassingbé-Adebayor, même combat

Jeune-Afrique par Jean-Claude Abalo, à Lomé

Emmanuel Adébayor aurait-il pu abandonner la sélection nationale togolaise pour une simple affaire de jupon, dans laquelle Faure Gnassingbé serait en outre impliqué ? Comme l’international togolais, le président vient de porter plainte pour diffamation contre le journal auteur de ces allégations. Et réclame 100 millions de francs CFA de dommages et intérêts.

« Le président de la République togolaise nous reproche de l’avoir diffamé en avançant dans nos colonnes que « l’affaire Edwige Badakou », dans laquelle son nom est cité, est l’une des raisons qui ont poussé Emmanuel Adébayor à mettre un terme à sa carrière », a expliqué Carlos Ketohou, directeur de publication de l’hebdomadaire « L’Indépendant Express ».

L’article incriminé, paru le 22 juin 2010, parle de la liaison présumée entre Faure Gnassingbé et Edwige Madjé Badakou, miss coupe du monde 2006, et Miss Togo 2004. Mais la jeune-femme aurait également entretenu une liaison avec Emmanuel Adébayor.

La jalousie serait à l’origine de la retraite internationale du joueur : « (…) au-delà de l’argument officiel qui motive cette décision [quitter la sélection nationale, NDLR], celui du drame de Cabinda, se cache un certain nombre de mobiles qui justifient le retrait pur et simple de la star du football… Une affaire de femme qui [aurait] été au centre de rixes entre Faure, le président de la république et le footballeur, Adébayor Shéyi, susurre-t-on dans l’entourage des deux hommes », écrivait L’indépendant Express.

« Allégations mensongères »

Dans une requête qui lui est adressée par le président, Carlos Ketohou est appelé à comparaître en citation directe le mercredi 25 août 2010 devant le tribunal correctionnel de Lomé, indique le document qui a été transmis mercredi au journaliste. Décidé à causer de sérieuses difficultés au journal, Faure Gnassingbé réclame même une coquette somme de 100 millions de Francs CFA (153 000 euros environ) à titre de dommages et intérêts.

Joint par jeuneafrique.com, Carlos Komlanvi Kétohou déclare être surpris par la réaction du président togolais, près d’un mois après la publication de l’article. C’est la première fois dans l’histoire du Togo qu’un chef d’État porte plainte contre un simple citoyen. Il y a quelques semaines, Emmanuel Adébayor avait également porté l’affaire devant les tribunaux, contestant « des allégations mensongères dénuées de tout fondement… »

(AfriSCOOP Analyse) — Depuis l’accession de Faure Gnassingbé au pouvoir le 03 mai 2005, le débat passionné relatif à son célibat ne cesse d’animer les conversations entre Togolais de divers rangs sociaux. Même le principal concerné, Faure Gnassingbé, a reconnu que son célibat « est une anomalie » dans sa dernière interview en date accordée au magazine panafricain, « Jeune Afrique », au cours du premier trimestre de l’année 2010. Mais jusqu’à preuve du contraire, Faure Gnassingbé, l’un des plus jeunes présidents du monde, est toujours officiellement un « vieux garçon » de 44 ans…

Togo| Faure Gnassingbé : un chef d’État marié est mieux respecté

En évoquant la somme d’injustices qui perdurent au Togo, Agbéyomé Kodjo, premier responsable de l’Obuts (Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire), a fustigé, le 24 juillet dernier, sur un ton rarement grave, à la faveur de la 18ème marche hebdomadaire du Frac, « les bacchanales organisées ici et là par les autorités togolaises avec l’argent du contribuable » ! Déjà, au cours de la campagne électorale qui a précédé le scrutin présidentiel du 04 mars dernier, M. Kodjo n’avait pas hésité à dénoncer, au micro de « koaci.com », les maisons « construites par Faure Gnassingbé à ses maîtresses ». Info ou intox ?

Comme d’habitude, au niveau de la présidence togolaise, on s’enferme dans un silence radio au sujet de ces « déballages ». Un mutisme qui est loin de servir le principal concerné. Un peu comme on l’a fait dans l’affaire « Edwige Badakou » (du nom de la « Miss Togo 2005 ») dans laquelle le nom du chef de l’Etat a été mêlé à celui d’Emmanuel Adebayor ! Rares sont généralement en Afrique les chefs d’Etat qui n’entretiennent pas de vastes harems, même s’ils s’affichent toujours en public avec leur première épouse ou « chérie adorée » ! Les dirigeants occidentaux ne sont pas mieux lotis en terme d’écarts de conduite affichés dans l’entretien de relations extraconjugales. Mais habituellement, la presse de leur pays n’hésite pas à faire de grandes révélations à ce sujet quand le pot-aux-roses est découvert. Le couple Sarzoky en sait quelque chose. Tout comme les Clinton.

Le célibat du président Faure fait jaser « anormalement » la rue togolaise tout simplement parce que dans la pure tradition africaine, l’on préfère s’accommoder d’un premier responsable reconnu publiquement comme étant un coureur de jupons, que d’avoir un homme de premier plan qui brandisse tout au long de son ou ses mandat(s) son célibat. Le débat « pour ou contre » autour du célibat d’un chef d’Etat est d’autant plus important que ce personnage incarne le premier exemple de moralité dans tout pays, un Parangon de vertu à imiter dans toutes les circonstances de la vie… « Celui qui n’est pas chef de son ménage ne peut pas donner des leçons de la vie à d’autres qui le sont », a-t-on pris l’habitude d’entendre ça et là dans la rue togolaise.

Nombre de Togolais s’étaient ainsi sentis humiliés quand des médias de la presse internationale et locale avaient publié des photos de couples présidentiels africains posant avec les Obama, sans que Faure Gnassingbé n’y apparaisse avec son épouse ! « Le Togo n’a pas de première dame », répètent, souvent, sur une note sarcastique, dans le même ordre d’idées, des Ouest-africains qui visitent souvent la « Terre de nos aïeux » ou y séjournent. L’on pourrait comprendre autrement la situation matrimoniale de Faure Gnassingbé si ses tâches présidentielles lui laissaient peu de temps libre, et surtout avaient contribué à changer le visage hideux qu’offre le Togo au monde depuis de nombreuses décennies. Hélas, après le premier mandat de l’actuel locataire de la présidence togolaise, les infrastructures de base dans son Etat sont toujours dans un état délétère… Pas d’hôpitaux publics de renom, pas de routes de référence, une misère galopante enténèbre tous les jours la vie de ses concitoyens… Alors qu’au même moment, une richesse insolente « d’oisifs » de la République nargue le contribuable local. Autant d’anomalies criardes qu’une épouse présidentielle, un tant soit peu humaine, peut constater et faire remarquer à son époux. Un peu comme le font par intermittence Mme Compaore, Chantal Biya ou encore comme la regrettée Edith Lucie Bongo Ondimba. « Ce que femme veut, Dieu veut », dixit l’adage. M. Faure, « it’s now up to you » !

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