« L’intérêt de l’Afrique est de se tourner vers les pays émergents »

Propos recueillis par Dominique Flaux, Genève – Les Afriques.com

Raymond Sibailly (Photo), administrateur général d’Africa Invest Concept, organise le mois prochain à Grand Bassam, en Côte d’Ivoire, le premier salon de la Coopération Sud-Sud. Objectif : rapprocher les intérêts économiques de l’Afrique et des grands pays émergents.

Les Afriques : La Côte d’Ivoire abrite bientôt un Salon de la Coopération Sud-Sud. Peut-on dire qu’il s’agit d’une nouvelle Conférence de Bandung 55 ans après ?

Raymond Sibailly : Effectivement nous organisons la première édition du Salon de la Coopération Sud-Sud, du 21 au 24 septembre 2010 à Grand-Bassam, en Côte d’Ivoire, avec pour thème principal « la technologie et la finance des pays émergents au service du développement industriel des pays africains ». Son objectif principal : permettre aux opérateurs économiques privés ou publics de 27 pays africains porteurs de projets industriels ou agro-industriels et représentant, ensemble, un marché de plus de 400 millions de consommateurs, de nouer des partenariats techniques, financiers et/ou commerciaux avec des industriels et des financiers des pays émergents invités.

Cette initiative, comme vous l’avez si bien perçu, correspond en pratique au programme économique de la Conférence de Bandoeng d’avril 1955, élargi aux pays de l’Amérique latine. Ce sera donc un événement hautement historique tant dans sa forme que dans sa logique politique. Mais au-delà de cette dimension historique, l’événement s’annonce aussi d’une importance décisive pour les économies africaines, voire pour l’ensemble des pays en développement, et pour cause. Il est prévu d’organiser, dans le cadre du Salon, une conférence internationale destinée à proposer une ou plusieurs solutions de contournement de la « garantie d’État » qui constitue aujourd’hui l’un des obstacles majeurs à la croissance de l’investissement dans les pays en développement et, plus spécialement, dans ceux qui se trouvent engagés dans le processus de l’Initiative PPTE.

Cette conférence mettra en présence trois grandes catégories d’acteurs, dont les Institutions de Bretton Woods (groupe de la Banque Mondiale et FMI) ainsi que la CNUCED d’une part, les investisseurs et les financiers des pays émergents de l’autre, et enfin, des opérateurs économiques privés et publics d’un certain nombre de pays africains ciblés. Outre ces acteurs opérationnels qui ont déjà confirmé leur participation, d’importantes personnalités de l’échiquier international ont été invitées,.

LA : Pourquoi un Salon de la Coopération Sud-Sud ? Est-ce à dire que l’Afrique doit désormais se tourner vers les pays d’Asie et autres pays émergents d’Amérique latine ?

RS : Le Salon de la Coopération Sud-Sud est une initiative destinée à encourager la coopération entre les pays en développement et certains pays émergents. Attention cependant, il ne s’agit pas de l’opposer ni de la substituer à la coopération Nord-Sud, mais simplement de compléter cette dernière. La coopération Sud-Sud représente actuellement 20% de la coopération économique internationale et présente quelques avantages non négligeables pour certains pays en développement.

Tenez, par exemple, au moment où, en 1958, se dessinait pour les pays africains une perspective d’indépendance, 18 États africains et malgache ont été associés, par le Traité de la Communauté Économique Européenne, à une coopération internationale qui, tout en perpétuant entre l’Europe et l’Afrique des relations économiques structurellement asymétriques, offrait aux économies africaines une préférence commerciale, sans doute la plus importante au monde. Du fait de cette préférence commerciale les pays africains, puis plus tard ceux du groupe des États ACP, ont joui pendant près de quarante ans d’un léger avantage comparatif sur le marché européen pour les produits primaires, par rapport aux autres États en développement.

Mais depuis la signature de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce de décembre 1994 et la création de l’OMC, cette préférence a été remise en cause et l’on impose aujourd’hui aux non-PMA parmi ces États de négocier des Accords de partenariat économique, qui sont de véritables accords de libre échange avec l’Union européenne. Cela signifie, en toute logique, que ces non PMA seront en concurrence, non seulement avec les autres pays en développement, mais aussi avec les pays développés. Ce qui reviendrait à mettre en lice des pots de terre contre des pots de fer.

Dans ce combat inégal, l’intérêt des pays africains serait donc de profiter également des opportunités offertes par les pays émergents du Sud pour renforcer leurs capacités productives et commerciales aux moindres coûts économiques, politiques et sociaux. Cela, notamment en acquérant, à des prix abordables et sans conditionnalités politiques, des technologies appropriées à leur environnement pour la transformation de leurs ressources naturelles, mais aussi en obtenant des marchés relativement plus rémunérateurs pour l’écoulement de leurs produits agricoles et agro-industriels. L’agriculture africaine, par exemple, a un avenir radieux en Asie, où, à terme, la terre manquera pour faire pousser le riz et d’autres denrées nécessaires à la sécurité alimentaire des populations. Et puis, en la matière, les Asiatiques ne sont pas des concurrents mortels pour l’Afrique. Ils ne subventionnent pas leurs produits comme actuellement certaines économies qui asphyxient les producteurs agricoles africains.

LA : En 1970, il y a donc 40 ans, l’Afrique était au même niveau de développement que les pays asiatiques. Comment justifiez-vous le retard de l’Afrique sur ces pays là ?

RS : Effectivement, l’Afrique, prise dans son ensemble, était au même niveau de développement que les pays asiatiques dans les années 1960-1970. Certains pays africains étaient même en avance sur eux. Par exemple la Côte d’Ivoire avait, en 1960, un PIB/capita de 159 US$ tandis que ceux de la Corée du Sud et de la Chine se tenaient respectivement à hauteur de 156 US$ et 92 US$. Jusqu’en 1990 encore le PIB/capita de Côte d’Ivoire était de 2 fois et demi supérieur à celui de la Chine. En termes de Formation brute de capital fixe, en 1960, la Côte d’Ivoire devançait la Chine et la Corée du Sud, avec un taux de 21% du PIB, là où celui de la Corée était de 11%. Mais les données s’inversent à partir de 1970 où la Corée et la Chine ont commencé à surpasser légèrement la Côte d’Ivoire, pour la larguer complètement à partir de 1990. La FBCF de la Côte d’Ivoire n’est plus que de 9% en 1990, 11% en 2000 et 10% en 2008, alors que celles de la Corée et de la Chine représentaient aux mêmes périodes, respectivement 37%, 30% puis 29% et 26%, 34% puis 42%.

Cette évolution s’explique surtout par la mauvaise gouvernance qui a prévalu en Afrique ainsi que par le choix des politiques économiques et commerciales opérées par les pays asiatiques. En Afrique, dès 1960, la plupart des pays ont adopté des régimes politiques caractérisés par la confusion des pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire entre les mains d’un seul, en dernière instance) et aggravés par une gestion clientéliste de l’État, « patrimonialiste » dirait-on dans le jargon politiste. Les tares de ce système politique ont fini par ruiner, à partir de 1980, le capitalisme d’État, hérité de la politique économique du Front Populaire français, sous Léon Blum, et que Felix Houphouet-Boigny avait appliqué à la Côte d’Ivoire avec un succès qui fit longtemps parler du « Miracle ivoirien ». On pourrait multiplier sur l’ensemble du continent les exemples comme celui de la Côte d’Ivoire.

De leur côté, les pays asiatiques avaient opté pour des politiques économiques et commerciales différentes. En raison de la pénurie de terres cultivables dans la plupart de ces pays, l’agriculture a très tôt fait un usage abondant de techniques culturales intensives, là où les paysans africains continuent encore largement d’utiliser les mêmes techniques de cultures itinérantes avec les mêmes outils rudimentaires datant de l’ère protohistorique, tels que la binette et la machette. Pour donner quelques ordres de grandeurs, il faut savoir que les surfaces cultivables sont en moyenne de 0,05ha/hbt en Corée, 0,04ha/hbt au Japon, 0,002ha/hbt à Singapour et 0,56ha/hbt en Chine.

Deuxième atout asiatique, l’éducation et la formation professionnelle ont reçu une haute priorité dans la politique économique. En Corée, par exemple, le taux de scolarisation dans l’enseignement primaire était, déjà en 1960, de 100% pour les garçons et de 90% pour les filles. Dans l’enseignement secondaire, il était de 27% en 1961 et de 90% à la fin des années 1980, tandis que dans l’enseignement supérieur, il était 5% en 1961 et de 41% en 1990, c’est-à-dire beaucoup plus élevé qu’en France à la même époque. Et les ouvrières qui travaillaient à ce moment-là dans les usines avaient le niveau du baccalauréat. La comparaison avec les pays africains met en évidence le retard de ceux-ci sur les pays asiatiques. Ainsi la Côte d’Ivoire, par exemple, qui a pourtant régulièrement affecté 44% de son budget national à l’éducation et à la formation entre 1960 et 1998 n’a jusqu’ici qu’un taux de scolarisation de 75% dans l’enseignement primaire, de 38% dans l’enseignement secondaire et de 11% seulement dans l’enseignement supérieur.

En matière de formation professionnelle, à partir de 1974, une loi spéciale a été promulguée en République de Corée sur l’enseignement professionnel, obligeant les entreprises employant plus de 500 personnes à former en permanence dans l’entreprise 15% de leur main d’œuvre dès 1975. En 1977, cette obligation a été étendue aux entreprises de plus de 300 personnes au profit de 10% de leur main d’œuvre. Cette politique qui a vu le jour sous le général Park Chung Hee, est allée de pair avec l’installation des industries à plus haute intensité technique (sidérurgie, chantiers navals, chimie) et avec l’apparition des chaebols, les conglomérats adaptés à la production en vue de l’exportation.

Il faut dire que ces choix économiques ont aussi été servis par des performances financières exemplaires dues à la haute priorité donnée par les États à la gestion rigoureuse des services financiers, presque tous publics jusqu’à une date récente.

Au total, on peut dire que la mauvaise gouvernance qui a caractérisé les États africains jusqu’en 1990 – et peut-être dans certains cas jusqu’à nos jours – ajoutée aux politiques économiques et commerciales choisies par les États asiatiques du même niveau de développement en 1960-1970, sont les deux principaux facteurs explicatifs du retard de l’Afrique sur ces derniers.

LA : La mauvaise gouvernance et les politiques adoptées peuvent-elles à elles seules justifier cette situation ?

RS : Certainement pas, mais elles sont essentielles dans l’explication de ce retard. A mon avis il faut peut-être ajouter à ce cocktail causal l’influence décisive du confucianisme et, dans une certaine mesure du bouddhisme, sur la plupart des sociétés asiatiques.

La doctrine de Confucius s’intéresse essentiellement à la répartition des rôles dans la société. Elle s’oppose à toute idée de nivellement égalitaire des différences sociales. Elle enseigne l’ordre et l’harmonie, l’harmonie sociale comme reflet de l’harmonie cosmique. Tout dans le cosmos est ordonné et hiérarchisé et c’est le respect de cet ordre, jusque y compris dans la société, qui crée l’harmonie en toute chose. En vertu de ce principe, chaque chose, chaque être, doit demeurer à la place qui lui a été prescrite par la nature afin que l’harmonie demeure et que le désordre ne s’installe pas. En application de ce principe d’ordre et d’harmonie le Confucianisme prescrit que les enfants doivent obéir à leurs parents, le sujet doit le respect à son prince, l’employé, à son employeur, le Prince, au roi, le peuple à l’État, le Roi au Ciel, les hommes d’État au Chef suprême et le Chef suprême au Ciel. C’est, sans doute, cet enseignement intériorisé par les Asiatiques, et plus particulièrement les Chinois, qui justifie la discipline qui caractérise ces peuples tant au niveau politique que sur le plan syndical. On y observe que les grèves ne perturbent presque jamais le travail et ne donnent aucun lieu à la violence dont nous sommes coutumiers dans les pays occidentaux comme dans les nôtres.


Le Confucianisme enseigne aussi l’amour du travail, la frugalité et, par conséquent, l’épargne. La pratique combinée de ces vertus explique qu’aujourd’hui l’Asie, et plus singulièrement la Chine, soit l’atelier du monde et le premier investisseur du monde avec les plus fortes réserves financières mondiales. Tout à l’opposé de l’Afrique. Je crois que les dirigeants africains devraient, à l’occasion des cinquantenaires, entendus comme célébrations jubilaires des indépendances de leurs pays, méditer sur cette évolution, sur les leçons que les Asiatiques apportent au monde entier pour remettre à zéro leurs comptes avec leurs peuples.

LA : Ce salon aura pour thème « la technologie et la finance des pays émergents au service du développement industriel de l’Afrique ». Pourquoi les pays émergents se mettraient-ils au service de l’Afrique ?

RS : Le développement économique, cela est bien connu, passe par l’industrialisation. Or l’Afrique est le continent le moins industrialisé du monde et où les chances d’industrialisation sont actuellement les plus minces à cause de deux obstacles majeurs : la faiblesse de la recherche et de la production technologique, d’une part, et le manque cruel de capitaux nécessaires au financement à long terme de projets industriels.

L’Afrique regorge aujourd’hui de talents qui pourraient contribuer à la promotion et à l’accélération de l’industrialisation du continent mais qui, faute de se faire accompagner par des banques d’investissement, qui ne pullulent pas dans cette partie du monde, avec des financements à long terme, limitent leurs ambitions à des emplois salariés de misère relative dans les pays du Nord.

Il faut donc donner la chance à nos chercheurs et à nos ingénieurs de produire les moyens de la mutation technologique dont l’Afrique a besoin pour sortir de son Moyen-âge et pour propulser les Africains vers le monde de la production et du bien-être. Il faut offrir à nos braves opérateurs économiques le levier financier qui leur permettra de construire des usines et des pôles commerciaux à la place des boutiques et des étals qui structurent actuellement nos économies et qui ne peuvent pas nous permettre de pratiquer le libre échange avec les puissances industrialisées du monde. Quand on sait que les pays émergents disposent aujourd’hui des 72% des réserves financières du monde, il est clair que l’intérêt de l’Afrique est de se tourner vers ces pays pour espérer obtenir à des conditions douces les capitaux dont elle a besoin pour son industrialisation.

Tels sont les leviers que nous recherchons à travers ce Salon de la Coopération Sud-Sud et que nous souhaitons effectivement mutuellement profitable. D’où le thème central du Salon : la technologie et la finance des pays émergents au service du développement industriel de l’Afrique.

LA : Croyez-vous au transfert de technologies des pays émergents vers l’Afrique ?

RS : Oui, j’y crois à la fois par raison et par espérance. De quoi parle-t-on ? Les spécialistes définissent souvent le transfert de technologie comme un processus de transfert formel à l’industrie de découvertes résultant de la recherche universitaire ou privée dans le but de les commercialiser sous la forme de nouveaux produits et services. L’Afrique a fait l’expérience de cette forme de transfert de technologie durant la période coloniale, notamment avec les Instituts de recherche sur la café et le cacao, sur les oléagineux, sur le coton, etc. Bref sur les cultures d’exportation destinées au marché européen. Les résultats en été très probants, même si les résultats étaient tournés vers la satisfaction de besoins extérieurs. Il s’agissait surtout de transfert entre entités publiques et non d’entreprises à entreprises.

Mais, en pratique, le transfert de technologie peut prendre des formes diverses : licence d’exploitation d’un brevet d’invention, de savoir-faire, de marques ou de procédé commercial, contrat d’assistance technique, contrat de sous-traitance, construction d’usines clef en mains, etc.

Toutefois, dans mon entendement, un transfert de technologie ne consiste pas seulement à payer des royalties pour utiliser une technologie toute faite pour un besoin considéré comme universel. Je ne me réfère pas non plus à la construction de ces usines clef en mains que nous avons connues en Afrique dans les années 1970 et qui se sont toutes révélées des éléphants blancs, plus coûteux que bénéfiques. L’expérience a suffisamment montré que ces types de transfert de technologie ne peuvent pas prospérer sous nos latitudes, du moins pas pour les temps actuels. Pour moi le véritable transfert de technologie c’est ce transfert qui permet aux utilisateurs des biens immatériels acquis, certes de façon commerciale, de les adapter ensuite à leurs besoins spécifiques et à leurs environnements humains et culturels, moyennant quelques innovations. Ce transfert-là présuppose donc des compétences de la part des récepteurs de la technologie qui leur permettent de les adapter à leurs besoins particuliers afin de bénéficier d’un avantage compétitif. Or, pour l’heure, ces compétences ne courent pas les rues en Afrique. Nos entreprises n’ont presque jamais d’unités de recherche & développement en leur sein, pourtant nécessaires pour évaluer correctement leurs besoins en technologies appropriées ainsi que celles acquises à l’extérieur. C’est pourquoi, je pense que si transfert de technologie il doit y avoir entre une entreprise extérieure et une entreprise africaine, celui-ci doit se faire sous la forme d’un partenariat commercial durable, ou encore sous la forme d’un investissement BOT. Et c’est exactement ce partenariat que recherchent aujourd’hui les entreprises asiatiques en Afrique : L’Inde, la Chine, la Malaisie et, plus récemment, Singapour.

Je conviens cependant que ces professions d’intention asiatiques peuvent s’avérer illusoires à terme. Mais le peu que nous voyons sur le terrain nous incline à espérer en une véritable volonté de coopération mutuellement profitable de leur part. Pour le reste, il appartient aux Africains de savoir exactement ce qu’ils veulent et surtout de s’acquitter de leurs responsabilités à l’égard de leurs peuples.

LA : Vous êtes Ivoirien. Pourquoi ce Salon n’est il pas organisé au profit de la seule Côte d’Ivoire ?

RS : Le Salon de la Coopération Sud-Sud cible toute l’Afrique, et non la seule Côte d’Ivoire, pour deux raisons essentielles. La première, c’est pour encourager l’intégration des marchés africains, car l’industrialisation de l’Afrique suppose la construction d’un vaste marché intérieur, susceptible de favoriser les économies d’échelle nécessaires à la réduction des coûts de production et à la compétitivité/prix des produits manufacturés africains. Dans l’état actuel des choses, une industrialisation des pays africains, fondée sur des politiques protectionnistes et micro nationalistes est une pure chimère : les marchés sont si exigus que les pays auraient plus intérêt à importer que de produire localement.

La seconde est liée au fait que le Salon vise aussi à régler un problème majeur qui concerne l’ensemble des pays africains : les alternatives à la garantie de l’État pour les emprunts extérieurs, qui constitue aujourd’hui un obstacle rédhibitoire à l’investissement en Afrique. En effet, la plupart des pays africains ne disposent pas en interne des capitaux nécessaires au financement de leur développement et les financiers extérieurs qui acceptent de leur accorder des prêts exigent des garanties ou des requêtes d’État. Or les États concernés, déjà lourdement endettés, ne peuvent fournir ces garanties parce qu’ils craignent, ce faisant, de ne pas respecter les conditionnalités et donc de ne pouvoir atteindre le point d’achèvement de l’Initiative PPTE qui leur permettrait d’obtenir l’annulation de la dette. Les seuls emprunts permis sont les financements à des taux concessionnels qui sont soit rares, soit insuffisants pour satisfaire leurs besoins d’investissements. Une conférence internationale tripartite sur la question aura donc lieu, en marge du Salon, entre les représentants d’un certain nombre d’États et des privés Africains, d’une part, des bailleurs de fonds et Institutions financières internationales, de l’autre, et des financiers des pays émergents d’une autre part.

J’ajoute que pour traiter efficacement de cette problématique et garantir l’adoption de solutions pratiques et fonctionnelles, les organisateurs envisagent de l’examiner à travers des communications générales suivies de cinq ateliers distincts portant sur les aspects suivants :

1.Comment l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) peut-elle faciliter les emprunts extérieurs des pays en développement sans garantie d’État?

2.Quel mécanisme international de financement et de cogestion des projets publics et privés des pays en développement à la fois par les institutions financières internationales, les fournisseurs extérieurs de capitaux et les bénéficiaires d’emprunts extérieurs?

3.Doit-on envisager, comme le souhaitent certains pays en développement, la création d’une Agence trilatérale de garantie des investissements (TIGA) pour faciliter le financement de l’investissement dans les pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie?

4.Comment promouvoir l’épargne intérieure en Afrique subsaharienne pour réduire significativement le recours à l’emprunt extérieur?

5.Les pays africains peuvent-ils garantir leurs emprunts extérieurs par leurs ressources minières et énergétiques ?
Les résultats de cette importante conférence sont si déterminants pour la réalisation des objectifs du Salon que l’organisation de celui-ci au profit de la seule Côte d’Ivoire aurait été un non-sens.

LA : Qu’est ce que l’Afrique et les Africains peuvent espérer d’un tel événement ?

RS : L’objectif du Salon est de permettre aux opérateurs économiques africains, privés comme publics, de rencontrer des industriels, des investisseurs potentiels et des bailleurs de capitaux de pays émergents afin de faciliter la mise en œuvre de leurs projets. Si tous les rendez-vous transactionnels espérés s’effectuent comme prévus, les opérateurs concernés pourraient ainsi trouver satisfaction à leurs besoins de financement, de débouchés ou de solutions technologiques.

Mais au-delà de ces résultats ponctuels, le Salon de la Coopération Sud-Sud vise aussi à développer chez les Africains un certain nombre de reflexes économiques :

1.Préférer la richesse aux honneurs du pouvoir politique;

2.Oser entreprendre pour créer la richesse pour soi et pour les nations;

3.Ne pas se contenter d’être et de mourir salarié;

4.Transformer les ressources naturelles pour gagner plus;

5.Oser s’associer pour partager les risques afin de minimiser les pertes et optimiser les gains;

6.Développer le sens du réseautage entrepreneurial, y compris au-delà des frontières nationales;

7.Viser les grands marchés régionaux et internationaux qui offrent plus d’opportunités et assurent plus de gains;
C’est pourquoi, en manière d’encouragement, trois grands prix seront décernés, à la clôture du Salon, à un certain nombre d’entreprises participantes:

1.Le Prix de la coopération Sud-Sud, qui sera décerné à l’entreprise africaine, asiatique ou latino-américaine dont plus de 50% de la production et du commerce dans les domaines de l’industrie, de l’agro-industrie, ou des services s’effectuent avec des pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine;

2.Le Prix de l’intégration Africaine, qui sera attribué à l’entreprise africaine dont le commerce de produits manufacturés, agro-industriels et de services s’effectue à plus de 50% avec les pays africains;

3.Le Prix des médias panafricains qui récompensera le média africain véhiculant l’image la plus positive, mais la plus équilibrée aussi, de l’Afrique.
Plus d’information : www.africainvestconcept.com

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Publié par bleble