Confection des bulletins de vote pour l’élection présidentielle: Gbagbo panique et veut imposer son choix à la CEI

31 octobre 200. Plus que 64 jours pour le rendez-vous électoral ivoirien. La classe politique nationale, dans une convergence de vue, accepte, du moins en apparence, d’y aller. Cela n’est pas le cas pour tout le monde. Le clan présidentiel, du bout des lèvres, adoube cette date fixée.

Mais, Laurent Gbagbo travaille dans l’ombre pour la faire échouer. C’est ainsi qu’il faut interpréter sa dernière initiative visant à empêcher l’impression des bulletins de vote dans les délais.

En effet, dans la nuit du jeudi 26 août dernier, le chef de l’Etat a présidé, en personne, une réunion à sa résidence avec les experts électoraux:. L’ordre du jour portait essentiellement sur la question de l’impression des bulletins de vote. L’initiative Gbagbo relève de ce que, depuis quelques semaines, la division électorale de l’ONUCI interpelle la Commission Electorale Indépendante sur l’urgence de l’impression des bulletins de vote, afin d’éviter les contraintes de temps. Pour rappel, depuis le mois d’avril dernier, la CEI avait entrepris des démarches auprès de l’Imprimerie nationale qui, habituellement, est chargée de l’impression des bulletins de vote. Mais, vu les critères de transparence et de performance technologiques particulièrement contraignantes, qui entourent l’organisation du prochain scrutin présidentiel, le Directeur de l’institution, Bouikalo Thierry, a décliné l’offre en informant la CEI de l’impossibilité pour l’Imprimerie nationale, de pouvoir imprimer les bulletins de vote. Sa décision a été prise à l’issue d’une réunion et il l’a même signifiée dans un procès verbal qu’il a signé. La CEI a donc entamé des démarches en vue de trouver des opérateurs qualifiés pour la confection des bulletins de vote sécurisés. Le choix a été fait, après plusieurs séances de travail. Cependant, l’Etat ivoirien s’est dit inapte à payer la facture de plus de deux milliards nécessaires à la confection de ces documents électoraux. Le gouvernement ne s’est engagé qu’à décaisser 75 millions, le solde de la facture étant dédié au PNUD. Toutes les conditions ont été adoptées et acceptées par la Commission centrale de la CEI. Il n’ y a donc plus de contraintes financières pour l’Etat ivoirien.

Alors que les partenaires au processus électoral sont dans l’attente du choix définitif de l’imprimeur et de l’émission du bon de commande, voilà qu’un nouvel acteur se signale : il s’appelle Laurent Gbagbo. Pourtant candidat lui-même à l’élection, le chef de l’Etat s’immisce dans le fonctionnement de la Commission Electorale Indépendante en convoquant une réunion chez lui.

Jeudi nuit, alors qu’aucun texte ne l’y autorise, il a remis tout le processus en cause et demandé au Directeur de l’Imprimerie nationale, son directeur de campagne à Bouaflé, de revenir sur ses propos.

Le président Youssouf Bakayoko hésite donc à signer le bon de commande qu’attend le fournisseur à Copenhague (Danemark), pour démarrer l’impression des bulletins de vote. Une nouvelle crise va-t-elle s’ouvrir entre l’Exécutif et la Commission Electorale ? Tout porte à le croire.

Car, des sources proches de la Commission centrale de la CEI indiquent que « la démarche du Chef de l’Etat n’a pas été du goût de la majorité des commissaires » qui voient là, « une violation très grave » de leur indépendance. « Si ce passage en force s’effectue, ce serait un précédent », indique un observateur averti du jeu politique.

A la vérité, Laurent Gbagbo cherche encore à brouiller les cartes en gagnant du temps. L’ONUCI a indiqué, en effet, que les bulletins de vote doivent être prêts et acheminés en Côte d’Ivoire au moins 15 jours avant le scrutin. Avec le dessein de Laurent Gbagbo, ce délai ne peut être tenu. Il y a donc danger sur le respect du 31 octobre. Ensuite, il est de notoriété publique que les conditions de performance et de transparence à l’Imprimerie nationale ne sont pas garanties. Il y a donc lieu de craindre que des réserves de bulletins parallèles soit confectionnées pour servir à une technologie électorale, qui aura survécu au parti unique.

Il revient donc au président de la CEI et à la Commission centrale d’affirmer haut et fort leur indépendance aussi bien dans la prise des décisions que dans le choix des fournisseurs entrant en compte dans la confection des documents électoraux. A défaut, toute la littérature autour de la transparence du scrutin ne sera qu’un coup d’épée dans l’eau. Hélas !

Charles Sanga

Le Patriote

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