Anathème – Il ya combien de déplacés de guerre en Côte d’Ivoire ?

De 2003 à février 2010, le ministère de la Solidarité et des Victimes de Guerre, initialement dénommé ministère des victimes de la guerre,des déplacés et des exilés, aura existé sans disposer de la moindre donnée informatisée sur l’opération d’identification qu’il a pilotée.

Pourtant, la phase pilote de l’identification avait permis en 2004 de recenser 11.382 victimes et déplacés de guerre. En 2005 et en 2006, il y a eu au niveau national un recensement qui s’est soldé par une base de données disponible de 345.780 personnes. Malheureusement, selon Dr Fatoumata Traoré, Secrétaire national chargé de la Solidarité et des Victimes de guerre, ces données ne figuraient pas dans la documentation de passation des charges entre l’ex-Ministre Dacoury Tabley et le cabinet du Premier Ministre, intervenue le 5 mai dernier. Mais Mme le Secrétaire national n’a pas fait que déplorer l’absence de ces données. Elle les a commentées, estimant qu’elles n’ont pas été informatisées et qu’en conséquence ces données ne pouvaient plus servir. La gravité de tels propos se mesure à l’aune du coût de cette opération menée par le Ministre Louis André Dacoury. 762.400.000 FCFA, c’était le budget prévisionnel de cette opération. Cet argent aurait-il été dépensé dans une opération sans traçabilité ? C’est ce que l’on est tenté de croire à la lecture des arguments avancés par le Secrétariat pour justifier un atelier qui s’est tenu les 4 et 5 aout dernier. Plus qu’un désaveu de l’ex-Ministre en charge du dossier qu’elle a hérité après la suppression du ministère de la Solidarité et des victimes de guerre, Dr Fatoumata Traoré lance l’anathème contre Dacoury Tabley.

Curieusement, c’est la même équipe qui a travaillé avec le Ministre Dacoury qui a applaudi ce séminaire où l’on a vu l’ex-directeur adjoint de cabinet de ce dernier s’improviser modérateur. Faut-il reprocher aux hommes d’être ce qu’ils sont ? Chacun sèche son habit où le soleil brille.

Paradoxalement, au moment même où Dr Fatoumata Traoré épouse Diop critique à mots couverts celui qui l’a précédé sur le dossier des victimes de guerre, elle n’y apporte aucune innovation. Séminaire de définition des concepts de victimes de guerre à l’hôtel du golf, journée nationale de la solidarité tenue du 23 au 25 août dernier à Bouaké: c’est du déjà vu. Toutes ces manifestations sont, une fois encore, réalisées à coup de millions de FCFA au nom et sur le dos des pauvres victimes de guerre. Nous espérons seulement que ces fonds ont une traçabilité comptable. Plutôt que la solidarité, penchez-vous Madame le Secrétaire sur les vrais problèmes des victimes de guerre. Ces derniers vous attendent d’ailleurs sur ce terrain. L’opinion aussi.

Charlène Adjovi, informateur.net

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