France: Sarkozy, les Roms et l’ivoirité

Brice Hortefeux par Reuters

Aller simple pour les gens du voyage

Le ministre français de l’Intérieur, Brice Hortefeux, pour justifier les reconduites dans leurs pays respectifs des Roms d’origine roumaine et bulgare, a annoncé que la délinquance de nationalité roumaine avait augmenté de 138% en 2009 (3.151 faits contre 1.323 en 2008).

Selon une “étude des services de police”, sur les six premiers mois de l’année 2010, celle-ci s’est accrue de 51,1% par rapport aux six premiers mois de 2008 ; et 49% des faits de délinquance commis par des Roumains le sont par des mineurs. Et d’indexer les « campements illicites » abritant ces nationalités qui seraient donc autant de nids d’insécurité à « nettoyer au kärcher ».

La solution appropriée et efficace selon le président Nicolas Sarkosy consiste donc, depuis le 1er janvier de cette année, à faire décoller du centre des droits de l’homme des charters pour évacuer les « délinquants » qui menacent la tranquillité de ses compatriotes. A la date du 26 août 2010, ce sont 8.313 ressortissants roumains et bulgares “en situation irrégulière” qui auront été ainsi expulsés. En 2009, ils étaient 9875.

Critiquée par l’Eglise catholique et à l’étranger sur sa politique à l’égard des gens du voyage, et en dépit de l’inquiétude de l’Union européenne attendant des « Etats membres qu’ils respectent les règles partagées de l’UE sur la libre circulation, la non-discrimination et les valeurs communes de l’Union européenne, notamment le respect des droits fondamentaux, y compris les droits des personnes appartenant à des minorités », la France a poursuivi ce qu’elle considère être une œuvre de salubrité publique.


« Retours volontaires », c’est le discours de Paris, qui n’hésite pas à faire de la pub sur l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) versant en guise de mesure d’accompagnement une aide de 300 euros par adulte et 100 euros par enfant pour camoufler cette atteinte à la libre circulation des tziganes au sein de leur espace, puisqu’Européens eux aussi, ils le sont bel et bien.

Une honte pour ce pays dit vitrine des droits de l’homme, qui ne manque jamais, d’ailleurs, l’occasion de dénoncer des dérives sous d’autres cieux comme « l’ivoirité » en Côte d’Ivoire, à une certaine époque. En fait, ce n’est pas tant la régularité ou la légalité de ces « reconduites à la frontière » qui pose problème que les considérations humanitaires ainsi que le caractère stigmatisant et un tantinet politicien et électoraliste.

Et plus 2012 approchera, plutôt l’agité de l’Elysée, plutôt à la peine, ira chasser fréquemment sur les terres de l’extrême droite. Au moins, nous autres negrillons pouvons nous consoler, car si les Français peuvent envoyer ainsi paître leurs frères blancs, tout romanichels qu’ils sont, ce ne sont pas les Maliens, Sénégalais et tous ces indésirables à la peau basanée qui seront épargnés.

Mais à ce rythme, le p’tit Nicolas aux allures de fascho ne sera même plus capable de nous étonner. Après son discours de Dakar sur le thème de “l’homme noir n’est pas suffisamment entré dans l’histoire” n’a-t-il pas agité par la suite le dangereux épouvantail de l’identité nationale, avant d’enfoncer le clou il y a de cela quelques semaines à la faveur des violences urbaines à Grenoble en établissant une relation de cause à effet entre immigration et délinquance ? Attention tout de même au retour de bâton.

L’Observateur Paalga

Commentaires facebook

Publié par bleble