Installation de la Crs 3: Pourquoi Gbagbo a-t-il choisi Divo ?

Depuis vendredi, une 3ème Compagnie républicaine de sécurité existe à Divo. Pourquoi le choix de cette ville parmi tant d’autres ?

Félicitations aux autorités nationales.

Elles viennent de doter le pays d’une 3ème Compagnie républicaine de sécurité (Crs 3). Et, c’est la ville de Divo qui a bénéficié de cet honneur. En d’autres circonstances, on aurait salué l’initiative avec de grands hourras. Mais vu les troubles qu’a connus Divo, ces derniers mois, et compte tenu de la mission de la Crs, on s’interroge : le choix de cette ville est-il un simple souci de sécurisation ou une volonté de museler l’opposition ? Car, d’autres villes présentent des atouts pour lesquels elles méritent d’accueillir cette compagnie à la place de la cité du Djiboua. Daloa, Abengourou et San Pedro, par exemple. Vendredi, lors de l’installation de la compagnie, il a été annoncé que la garde sécuritaire sera étendue à d’autres localités, notamment celles qui viennent d’être citées. La ville d’Abengourou a environ 300. 000 habitants. Elle est entourée du département d’Agnibilékrou qui compte 130.000 habitants et celui de Bettié qui a 39.581 habitants. C’est une ville frontalière. La présence d’éléments de la Crs serait utile pour la sécurisation aussi bien de la frontière que des localités environnantes (Agnibilékrou, qui est aussi frontalière du Ghana et Bettié). Daloa est la ville la plus peuplée de la Côte d’Ivoire après Abidjan et Bouaké. Quant à la ville de San Pedro, son importance dans l’économie ivoirienne n’est plus à démontrer. Tout comme l’insécurité qui y règne. Pourquoi avoir donc commencé par Divo ? N’est-ce pas pour museler l’opposition ? Rien n’est moins sûr. Car, on se souvient qu’en février dernier, lors des manifestations du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) qui protestait contre la double dissolution du gouvernement et de la Commission électorale indépendante (Cei), la ville de Divo avait été l’une des plus mouvementées avec 2 morts. Récemment, l’opposition n’a pas hésité à saisir le préfet pour protester contre la présence en grand nombre de ses militants sur la fiche des demandes en radiation de la liste électorale. Divo a-t-elle ainsi été inscrite sur la feuille des villes rebelles ? En tout cas, c’est ce qu’a semblé dire, vendredi, le directeur général de la police nationale, Brédou M’Bia : « Divo est un terrain fertile à de nombreuses agitations ». Son patron de l’Intérieur, Désiré Tagro, ne dit pas autre chose lui qui a soutenu que, depuis quelque temps, la ville de Divo s’est illustrée par des actes de violence. Alors, l’installation de la Crs à Divo répondrait plus à un besoin stratégique électoraliste qu’à une volonté de sécuriser la population. La consigne de Laurent Gbagbo se comprendrait plus aisément : « matez tous ceux qui sèment le désordre (…) la République se construit avec des forces de combat. On vous a envoyé ici parce que l’ordre est trop souvent troublé à Divo ». Il a poursuivi : « vous avez pour ennemi, tous ceux qui sont contre la République, contre la paix en Côte d’Ivoire ». Mais au fait, ces « ennemis (…) qui sont contre la République » qui sont-ils ? Si le chef de l’Etat avait pour objectif de prévenir toute manifestation de protestation de ses adversaires, il apporterait de l’eau au moulin de ceux qui pensent qu’il se prépare à un forcing pour garder le pouvoir. Car, par le passé, la Crs a su se montrer très habile dans la répression des marches de l’opposition. Comme en avril 2008 où des femmes ont été matées parce qu’elles protestaient contre la cherté de la vie. Vous avez dit que la fin de la crise, c’est pour demain?

Bamba K. Inza
Nord-Sud

Author: bleble