Exactions, tortures: La photo qui fait trembler le régime Ivoirien

Selon l’Intelligent d’Abidjan, le ministre de la Justice a convoqué une réunion au sommet avec les plus hauts responsables de la prison civile à son cabinet. Il s’est agi pour le ministre d’Etat, Koné Mamadou et ses collaborateurs, d’analyser l’image exclusive et choquante publiée dans « L’Intelligent d’Abidjan ». Une image incroyable qui montre des prisonniers nus, couchés sous un soleil ardent dans la cour de la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan (MACA), sous le contrôle d’un élément des Forces de Défense et de Sécurité de Côte d’Ivoire (FDS-CI). Le Garde des Sceaux veut bien comprendre pourquoi et comment de tels agissements, dignes d’une autre époque et en violation flagrante de la Charte universelle des Droits de l’Homme, ont pu se dérouler dans la plus célèbre prison de Côte d’Ivoire.

Une enquête a donc été exigée par le ministre de la Justice, afin de situer les responsabilités dans ce scandale qui ternit l’image de l’univers carcéral ivoirien, plusieurs fois dénoncé dans la presse. L’on se souvient qu’en décembre 2008 (date à laquelle l’image en question a été prise par le reporter Jean-Paul Ney), après la mutinerie survenue à la MACA, certains journaux avaient écrit et dénoncé des exactions au sein de la prison, qu’auraient commis certains militaires, venus en renfort aux gardes pénitentiaires pour circonscrire l’émeute qui s’était déclenchée.

A cette époque, aucune autorité n’avait pris au sérieux ces informations, parce qu’il n’y avait aucune preuve matérielle, à part peut être quelques témoignages (vite balayés) de prisonniers. Mais aujourd’hui, avec cette image prise par un ex-détenu (de surcroit témoin oculaire et journaliste), le ministère de la Justice ne pouvait que fléchir en diligentant une enquête pour faire toute la lumière sur ce qui s’est réellement passé pendant et après la mutinerie de décembre 2008. Le ministre Koné Mamadou se serait engagé à ce que ce type de pratiques indignes ne se reproduisent plus dans les prisons ivoiriennes. « Au cours de la réunion tenu hier au cabinet du ministre, le travail d’éveil de conscience, d’interpellation et de professionnalisme de ‘’L’Intelligent d’Abidjan’’ a été reconnu, mais le ministre a déploré que cette publication soit intervenue dans une période préélectorale sensible », a confié une source proche du dossier à Joël Touré, journaliste à l’Intelligent d’Abidjan (IA).

Les professionnels du secteur de la presse Africaine, saluent le courage du directeur général du journal Assé Alafé et de ses journalistes. « Ne cherchez pas dans les archives, c’est la première fois qu’en Côte d’Ivoire une telle photographie est publiée, peut-être même la première fois en Afrique. Elle permet de prendre conscience de l’état de dégradation de la condition humaine et de la double peine subie par les prisonniers africains », nous a confié un haut responsable d’une ONG basée à Abidjan.

Menaces de mort sur les journalistes

Quelques heures seulement après la publication de l’image notre confrère, le directeur de publication de l’IA, Touré Youssouf, a reçu des appels anonymes. Ces interlocuteurs ont proféré des menaces de mort. Mais Youssouf reste serein et vaque à ses occupations tout en promettant de publier le reste du dossier, encore plus choquant.

En attendant, le premier journal ivoirien reste sur ses gardes. Sereins, professionnels, les journalistes de la Socef, société de presse qui publie l’IA gardent un calme relatif face à des attaques dans les journaux « bleus » à la solde du gouvernement ivoirien et du FPI (Front populaire ivoirien, parti du président Laurent Gbagbo). « Les intimidations existent, mais rien ne nous fera plier, nous sommes journalistes et nous ferons notre travail de journalistes » nous confirmait au téléphone tôt ce matin l’un des responsables de la publication, « certains font déjà couvrir le bruit que cette photographie serait truquée, voire qu’elle serait prise au Rwanda ». Mais à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan, personne n’est dupe, certains prisonniers se reconnaissent même sur la photo. « Le journal a eu du mal à entrer dans la prison, nous avons finit par récupérer plusieurs exemplaires » nous a expliqué un détenu au téléphone. « Elle a fait le tour de la prison, nous ici on se rappelle du blanc Jean-Paul Ney, de l’aide qu’il nous a apporté avec les médecins et les pasteurs pour améliorer nos conditions de vie alors que lui était loin de son pays, de sa famille, loin de tout. Il nous a dit qu’il parlerai de nous, qu’il nous aiderait depuis la France, il a tenu ses promesses, tout le monde ici en parle ! »

Nous reproduisons ci-dessous un encadré paru dans IA du 2 septembre, un texte qui en dit long sur les pressions subies par les journalistes indépendants en Côte d’Ivoire.

Des actions de déstabilisation et d’intimidation contre le journal
Par Olivier Dion, journaliste à l’Intelligent d’Abidjan

C’est le branle-bas de combat actuellement dans les états major politiques et au sein de certaines structures de défense des Droits de l’Homme, depuis la publication de l’image choquante de prisonniers nus sous le soleil à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA). Pendant que les organisations de défense des Droits de l’Homme saluent le travail de ‘’L’Intelligent d’Abidjan’’ en dévoilant les pratiques qui violent la dignité humaine, des pyromanes tapis dans l’ombre, mais qui ont vite été démasqués, manœuvrent pour que le quotidien dont vous avez rêvé soit cloué au pilori. Dans leur sale besogne, ces individus tentent de faire croire aux autorités, qu’en publiant l’image, l’I.A aurait commis un péché, celui d’avoir exposé aux regards, des détenus dans leurs plus simples attributs. Mais à côté des bonnes dispositions du ministre et de certains membres de son cabinet, il faut souligner l’action de quelques ennemis de la liberté de la presse qui ont tenté d’inciter à des poursuites judiciaires contre l’IA, comme si c’était le journal qui avait commis ces traitements dégradants contre des prisonniers. Le vrai problème n’est pas d’avoir publié l’image. Le problème est que les actes aient été commis. Heureusement que le ministre de la Justice a décidé de voir clair dans l’affaire. Pourquoi donc tant d’acharnement et de méchancetés gratuites envers ‘’L’Intelligent d’Abidjan’’, qui n’a fait que son travail d’éveil de conscience et d’interpellation, face aux dérives qui prolifèrent dans les prisons ivoiriennes ! ‘’L’Intelligent d’Abidjan’’ n’est pas Wikileaks. Alors, que ces pyromanes se ressaisissent et laissent l’enquête diligentée par le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, aboutir, afin de situer toutes les responsabilités.

Liens :

– Photo satellite de la MACA (Google)

– Site Internet de l’Intelligent d’Abidjan

– L’article repris par le webring ivoirien

– Le témoignage du journaliste Théophile Kouamouo sur son blog

lesgrandesoreilles.com

Author: bleble