COMMERCE – La flambée du prix du cacao ne profite pas aux producteurs (Le Courrier / Suisse)

Par SIMON PETITE – lecourrier.ch

Les spéculateurs affolent les cours du cacao. En Côte d’Ivoire, les paysans ne voient pas la couleur de l’or brun.
Mauvaise nouvelle pour les amateurs de chocolat. Le prix des tablettes augmente et on s’attend à d’autres hausses. Les fabricants répercutent le renchérissement du cacao. Malgré un repli au moins d’août, les cours à la bourse de Londres et de New York restent très élevés. Les spécialistes, à l’image du patron de Barry Callebaut, le numéro un mondial du chocolat industriel basé à Zurich, ne prévoient pas d’inversion de la tendance. Le malheur des consommateurs fait-il le bonheur des cultivateurs de fèves de cacao à l’autre bout de la chaîne? Pas vraiment. «La filière est tellement complexe et opaque, avec de nombreux intermédiaires, qu’il y a peu de chances que les petites producteurs en profitent réellement», répond Géraldine Viret, chargée de communication et de campagnes à la Déclaration de Berne (DB). «En tous les cas, un prix plus élevé sur le marché mondial n’est pas la garantie d’un revenu suffisant et juste pour les cutivateurs.» La DB interpelle depuis deux ans les chocolatiers helvétiques sur la provenance de leur matière première et les mauvaises conditions dans lesquels les fèves de cacao sont récoltées.

«Comme au Moyen Age»

La Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial, suivi du Ghana. «Il faut vous imaginer des centaines de milliers d’exploitations familiales ne dépassant pas trois ou quatre hectares. Ces gens vivent comme au Moyen Age avec juste de quoi survivre. Il n’est pas étonnant que les enfants travaillent avec leurs parents dans les plantations», explique Téophile Kouamouo.
Ce journaliste ivoirien vient de faire un séjour derrière les barreaux pour avoir publié le réquisitoire d’un juge contre 30 responsables de la filière, accusés de détournement des taxes perçues sur le cacao. Le procès de ces barons proches du régime doit s’ouvrir la semaine prochaine. «Une partie de cet argent devait revenir aux paysans», insiste le journaliste.

Selon lui, les producteurs n’ont jamais profité des retombées de l’or brun qui ont permis d’édifier le pays après l’indépendance. A la suite de la mort du premier président Houphouët-Boigny, la filière a été privatisée et la Côte d’Ivoire s’est enfoncée dans la guerre civile. Dans un pays toujours divisé et paralysé, les acheteurs sillonnent les plantations et achètent les récoltes cash. Sans aucun contrôle et encore moins de prix minimum garanti. Et ces «ramasseurs», comme on les appelle en Côte d’Ivoire, ne sont que les premiers maillons de la longue chaîne du cacao…

Un pari à un milliard

«S’il a de la chance, un producteur ivoirien touchera environ 35% du prix mondial», estime Géraldine Viret. Pour trouver les bénéficiaires de cette situation, il faut regarder vers Londres ou New York. En juillet, le financier Anthony Ward et son fonds Armajaro ont acheté 140 000 tonnes de fèves de cacao, soit 7% de la production mondiale. Ce pari à un milliard de dollars est pour l’instant perdant: après avoir bondi, le cours du cacao a baissé.

Malgré ce retournement, les chocolatiers suisses s’inquiètent de la volatilité du marché. Les fabricants ont commencé à traiter directement avec des coopératives en Côte d’Ivoire et au Ghana comme ils le font déjà en Amérique du Sud. «Cela permet de découpler le prix des fèves de la bourse et d’améliorer la traçabilité», résume Franz Schmid, directeur de Chocosuisse, qui réunit les entreprises de la branche. «La plupart des entreprises ont des projets pilotes qu’elles mettent en avant, reconnaît Géraldine Viret, mais cela reste marginal par rapport à l’ensemble de leur production.» Tout comme le chocolat certifié équitable, qui représente moins de 1% des ventes en Suisse. I

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