Cote-d’Ivoire déchets toxiques – Yao Pipira (président de la Fenavidet-Ci): « mon appel à la justice Anglaise et à la diaspora »

Yao Pipira / Connectionivoirienne.net

Interview réalisée par Hervé d’Anvers, à Abidjan pour Le Journal de connectionivoirienne.net

L’identification des victimes de déchets toxiques s’est faite non sans arnaques, fraudes et erreurs. Au micro, Yao Pipira, président de la fédération des associations des victimes de déchets toxiques de Côte d’Ivoire, (Fenavidet-Ci) fait l’état des lieux. Et rassure…

Bonjour président. Quel est l’état des lieux de vos différentes actions ?

Je vous remercie. Je vais me prononcer sur trois aspects. D’abord au niveau de la dépollution, au niveau sanitaire (soin des malades) et au niveau indemnisation. En ce qui concerne le premier, malheureusement, la dépollution n’est pas parfaite. Les déchets n’ont pas été complètement enlevés et les sites demeurent pollués. C’est d’ailleurs ce qui nous désole. Et nous ne manquons pas de lancer un cri de cœur à l’endroit de toutes les autorités, à la communauté internationale, à chaque fois que l’occasion se présente. Aux Etats-Unis par exemple il y a eu pollution. Mais pendant la pollution, déjà les autorités dépolluaient la mer. Chez nous, 4 ans après rien n’est fait. C’est vraiment regrettable. Au niveau sanitaire il n’y a pas grande chose. L’Etat a fait ce qu’il devait faire. Il a enregistré les victimes les premiers jours et tout s’est arrêté là. Malheureusement, les victimes sont livrées à elles-mêmes. Au niveau indemnisation, je puis vous dire également que l’Etat a fait sa part en distribuant 200.000 Fcfa (environ 306 euros) à quelques milliers de victimes et puis rien. Seulement qu’une partie des associations a pu obtenir une indemnité à hauteur de 750.000 Fcfa (environ 1145 euros) par victime. Mais, c’est maintenant que la majorité des victimes est inscrite avec nous dans, dans une action judiciaire régulière. Non seulement à Abidjan, mais aussi à Londres. Et l’action suit son cours.

Concrètement où en êtes-vous avec l’organisation des victimes ?

Nous avons réceptionnés les dossiers des victimes. C’est ce que d’autres ont appelé recensement. Nous avons pris attache avec les cabinets compétents. Je puis vous dire que notre procédure a été effectivement ouverte et suit son cours. Avec ce qui s’est passé à Amsterdam au Pays-Bas, les choses se sont beaucoup accélérées à Londres. Et nos avocats nous promettent de très bonnes lueurs d’espoir. Ce que j’aimerais dire, c’est que ce n’est pas nous qui dédommageons. Nous, nous sommes une organisation de défense. Nous essayons de regrouper les dossiers, encadrer les victimes et trouver des gens pour défendre le dossier. Il revient à la justice de trancher. Mais nous croyons que les chances sont grandes. Parce que ce que nous disons est réel. Tout le monde sait que l’on a déversé des déchets toxiques en Côte d’Ivoire. C’est un secret de polichinelle. Il va de soi que forcement le pollueur paie la victime. Ce, du moment ou celui-ci a déjà été condamné devant des tribunaux comme celui d’Amsterdam. Donc il n’y a pas de raison que les victimes ne soient pas indemnisées.

Il y a eu beaucoup de cas de fraude lors des réceptions des dossiers, que comptez-vous faire ?

Cela a failli détruire notre travail. Plusieurs arnaqueurs rodent. Et ils profitent de nos activités pour rançonner et voler les pauvres personnes. Il ya aussi les doubles victimes, des fraudeurs. Vous êtes témoin d’un cas (voir Le Nouveau Navire N° 216/ Ndlr). Ces derniers dupliquent nos fiches, nos cartes, et vont dans des coins d’Abidjan, surtout à Vridi, Abobo et Yopougon, appellent les victimes à venir se faire identifier. C’est regrettable. Nous avons saisi le ministère de l’Intérieur, pour lui dire que nous sommes incompétents pour régler ce qui se passe. Nous avons également saisi le procureur de la République. Je crois que la police criminelle a été saisie à cette fin pour que ces minables fraudeurs soient mis hors d’état de nuire. Mais il faut dire que nous, nous sommes à plus de 200 mille victimes.

En tant que président Fédéral d’associations de victimes, quelles sont vos relations avec les autres présidents ?

Ce sont liens de travail. Nous collaborons bien. C’est grâce à eux que nous avons pu obtenir plus de 200 mille victimes.

Votre combat est semblable à celui de David contre Goliath. Un commentaire ?

Vous le dites si bien. Mais le petit David que nous sommes, allons finir par terrasser le géant Goliath et cela ne fait l’ombre d’aucun doute. A vrai dire notre combat ressemble énormément à ce duel historique que retranscrivent les saintes écritures. Voici des gens très puissants, qui décident de venir déverser des déchets toxiques en Côte d’Ivoire. Ils pensaient que le peuple ivoirien n’a pas droit de vivre dans un environnement saint. C’est un acte criminel qui ne doit pas rester impuni. Et nous nous bâterons comme David avec l’aide du Très-Haut, pour venir à bout d’eux.

Un mauvais vent a soufflé il y a quelques temps. L’on disait que les victimes des déchets toxiques ne pourraient pas se rendre en europe. Que dites-vous ?

Vous le dites si bien, c’est un mauvais vent, une rumeur. Je ne sais pas quel est le lien entre une personne et un visa. Franchement je ne sais pas. Ce sont des histoires. Que les victimes se rassurent. Les gens créent ces histoires pour traumatiser les pauvres parents. Qu’ils se tranquillisent. Il n’en ait rien.

Un appel vis-à-vis des ivoiriens de la diaspora ?

Oui bien sûr ! Nos frères de la diaspora sont là-bas. Ils sont avec les firmes et les organisations de défense des droits de l’homme. Ils ont tout ce qu’il faut pour nous venir en aide. Ils doivent nous aider dans ce combat. Il est inadmissible que là où ils sont, les gens fassent des efforts pour être à l’aise. Et ces mêmes se permettent de venir polluer des gens comme nous qui vivons dans la pauvreté. Le cas est tellement sérieux que tout le monde doit s’y mettre à fin d’éviter que ce genre d’évènements malheureux ne se reproduit.

Quels sont vos rapports avec les différentes associations d’ivoiriens de la diaspora ?

Je n’en connais pas particulièrement. Je vois quelques actions par-ci par-là, mais je n’ai pas de contact avec eux.

Une leçon à tirer de toute cette histoire ?

Je retiens que nous sommes sous développés. C’est un peu une forme de misère. Ils se sont dit que nous n’avons pas droit à un environnement saint. Mais cet acte criminel est révélateur du racisme. Je ne crois pas que les gens puissent se lever pour aller dans un pays pauvre d’Europe pour déverser les déchets de la mort. Nous sommes des êtres Humains et égaux vis-à-vis de la loi. De fait, que le droit à la vie soit respecté partout dans le monde. Mais je crois que l’Afrique noire a un combat à mener sur le plan égalitaire.

Un dernier mot ?

Chaque heure qui passe, les déchets vont les profondeurs du sol. Je lance un appel aux autorités et à la communauté internationale pour la dépollution des sites infectés. Car nous nous demandons si notre nappe phréatique ne sera pas touchée avec le temps. Je lance un appel à la justice Anglaise afin d’ouvrir le dossier et de dire le droit. Aussi dire aux victimes que je suis avec elles, et que personne ne sera épargné.

Author: bleble