Franc-jeu – La Côte d’ivoire joue à se faire peur

La Commission nationale électorale indépendante ivoirienne est optimiste et catégorique : la liste électorale sera prête le 31 octobre 2010, date prévue pour l’élection présidentielle. Une élection qui, si elle a enfin lieu, va se dérouler dans un pays contrôlé moitié par le gouvernement en place à Abidjan et moitié par une rébellion qui refuse de désarmer avant l’élection. Il y a ainsi de fortes chances qu’à Yamoussoukro, Korogho, Man… à la proclamation des résultats, les rebelles tirent des coups de feu. Toute la question est de savoir dans quelle direction : en l’air pour saluer la victoire de leur champion ou à l’horizontale devant soi pour rejeter l’élection du favori Laurent Gbagbo ?

Photo: Guillaume Soro, le premier ministre issu de la rébellion

Malgré la présence d’un de ses leaders à la primature et de plusieurs de ses dirigeants au sein du gouvernement sorti des accords de Ouagadougou, la rébellion ivoirienne ne s’est jamais empressée de désarmer. Une façon de mettre la pression sur Gbagbo réputé pour « ne jamais tenir sa parole » ? Non, juste une prise en otage en règle du pays. Sa tentative aventureuse d’écourter par les armes le mandat de Gbagbo estompée, la rébellion est, elle-même, manifestement dans un piège : le rêve d’arriver aux affaires est plus qu’incertain : quelle vie, dès lors, pour ces personnes qu’on a armées, à qui les accords de paix signés ne peuvent offrir la même réinsertion sociale confortable qu’à Soro Guillaume et ses ministres issus de cette insurrection ?

Cette situation illustre à merveille cette vérité : Déclencher une rébellion et constiper la terre des vies et des âmes qu’elle portait sans se plaindre, vives, est plus aisé que de l’arrêter. Cependant, redonner une autre perspective à ceux sur qui on a greffé une kalachnikov est un exercice très difficile, pour ne pas dire mission impossible. Guillaume Soro, le premier ministre issu de cette rébellion, conscient de cette lourde responsabilité devant l’histoire a déjà annoncé qu’il allait observer une pause dans sa carrière politique. Si cela pouvait faire revenir à la vie toutes les victimes de la guerre civile qu’il avait menée, si cela pouvait garantir que la rébellion resterait sage quelle que soit l’issue de l’élection présidentielle, on érigerait une statue à Soro Guillaume et ses amis.

En attendant, les Ivoiriens jouent à se faire peur, et pour de vrai.|Botowamungu Kalome (AEM)

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Author: bleble