APPRENTISSAGE DIFFICILE DE LA DÉMOCRATIE

Si la Côte d’Ivoire, qui a tenu en haleine l’ex Afrique de l’Ouest pendant cinq ans, semble voir le bout du tunnel, tout laisse croire qu’on le doit à la persévérance du président Gbagbo, à son courage face à l’adversité, mais surtout à sa forte volonté, clairement exprimée, de gouverner la Côte d’Ivoire.

Bien que non élu, il est, depuis près de six ans, l’incontestable président de fait des Ivoiriens, faisant face avec courage et détermination à une lutte armée doublée d’une volonté de partition de fait du pays voulue par le Nord qu’il a fini par contrôler. La Côte d’Ivoire était tombée dans le piège ségrégationniste de l’ivoirité inventée dès la mort du président Houphouët-Boigny par ses héritiers.

La rébellion militaire est éteinte maintenant, après des années de lutte armée, et le Premier ministre, issu de cette situation de conflit et d’opposition à Laurent Gbagbo, semble maintenant beaucoup plus homme de Gbagbo que représentant du camp des nordistes d’où il est issu. Guillaume Soro conduit admirablement bien la politique du gouvernement de transition, issu de la conciliation longue, difficile et laborieuse que le président Blaise Compaoré, du Burkina Faso, avec l’appui de l’Union africaine, a réussi à imposer aux deux parties en guerre.

Face aux adversaires politiques de toujours que sont l’ancien président, Henri Konan Bédié, l’ancien Premier ministre, Alassane Ouattara, l’irréductible « Bété » (ethnie de l’Ouest), Laurent Gbagbo, non content d’avoir su user le père fondateur, Houphouët-Boigny, veut être le dauphin, régulièrement élu, du sage de Yamoussoukro. Une revanche, sur le destin, qui a de tout temps confiné les « Bétés » dans une fonction méprisable.

N’a-t-il pas réussi à organiser la commission nationale pour les élections et la si difficile inscription sur les listes électorales, qui ont tant divisé la Côte-d’Ivoire ? Ils sont cinq à six millions à vouloir avoir le droit de vote et celui de voter. En face de lui, il aura, comme adversaires, l’ex-président Konan Bédié et l’ex Premier ministre, Alassane Ouattara.


Dans cette perspective qui marque le signal du retour prochain à la normale de la Côte d’Ivoire, le président Laurent Gbagbo a convoqué les assises de son parti pour le 09 octobre prochain.

L’objet de la rencontre est la désignation du candidat officiel du parti à la Présidence de la République et celle des candidats à la députation. De la part du président Laurent Gbagbo, dont la candidature sera acquise, ce n’est pas aller trop vite en besogne. L’autre vote servira à désigner les futurs candidats à la députation du Front populaire ivoirien, son parti. Ces mesures confirment, s’il en était besoin, que les élections générales auront bien lieu le 31 octobre 2010 prochain.

Qui l’eût cru ? La Côte d’Ivoire a tellement habitué ses voisins de l’Uemoa à l’incertitude des lendemains, aux déchirements et aux guerres tribales, qu’on en était arrivé à douter du retour possible de la Côte d’Ivoire sur la scène politique ouest africaine.

Mais, c’était sans compter avec la vigueur économique, le travail acharné de ses planteurs de café, de cacao, de bananes, d’ananas, de palmiers, etc. qui, malgré la tourmente, ont su maintenir leur pays à la tête de l’Uemoa.

La recherche obstinée de l’Unité à laquelle se livre le président Abdoulaye Wade ne pouvait se muer en réalité, sans une Côte d’Ivoire stable politiquement et économiquement riche.

Dans cet apprentissage difficile de la démocratie, du respect de l’ennemi, de la dignité de la personne humaine pour combattre la pauvreté, la Côte d’ivoire permet à l’Afrique de marquer un point.

Mais qu’en est-il de la Guinée qui, après avoir suscité tant d’espoirs sur son sort, fait aujourd’hui douter tragiquement de son avenir ?

Par Bara DIOUF

Le Soleil

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