La ville ivoirienne de Man mise sur un retour à la paix

(Reuters/Luc Gnago) Photo: Rebelles ivoiriens s'apprêtant à collecter des fonds dans une rue de Man, bastion de leur mouvement

Par Reuters –

Les montagnes boisées qui entourent la ville de Man, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, n’ont rien perdu de leur beauté. Mais les rues défoncées et les bâtiments criblés d’impacts y gardent les traces d’une guerre civile aux affrontements sanglants.

Des herbes folles s’agitent près des restes de banques pillées, la peinture s’écaille sur les boutiques et, dans les rues, des fondrières de taille respectable débordent d’une eau boueuse et de sacs de plastique chaque fois qu’il pleut.
Man a subi le gros des combats de la guerre civile de 2002-2003 qui a divisé en deux la Côte d’Ivoire, autrefois prospère et courtisée par ses voisins, en laissant le Nord et l’extrême Ouest aux mains des rebelles.

Mais à l’approche de l’élection présidentielle du 31 octobre, qui est censée réunifier le pays, les habitants se mettent à espérer un retour à une paix durable.

« Je me fiche de savoir qui va gagner si ça peut nous ramener la paix », déclare Didier Iba Djroh, riziculteur de 25 ans.
Huit ans après les accrochages entre les troupes du président Laurent Gbagbo et les rebelles, qui jonchèrent de cadavres les rues de Man, les habitants aspirent à une renaissance de leur ville démolie.
« Nous sommes paralysés depuis cette crise (…) mais je crois vraiment que cette élection va résoudre tous nos problèmes », ajoute Djroh.

VERS UNE NOUVELLE PROSPÉRITÉ ?

Si Man supporte la paix, tout autre lieu de Côte d’Ivoire devrait le pouvoir aussi.
La ville et sa région restent une poudrière: la présence de factions rebelles et de miliciens armés pro-Gbagbo pourrait entraîner des violences en cas de contestation des résultats du scrutin, qui oppose l’actuel président à deux opposants, Henri Konon Bédié et Alassane Ouattara.


Des différends fonciers pourraient renaître entre familles d’immigrés du Burkina Faso et planteurs de cacao ivoiriens.
Même si le scrutin se déroule sans accrocs, ou si la violence est éphémère, il faudra des années pour remédier à l’abandon du Nord et de l’Ouest et surmonter les tensions foncières.

La guerre a réduit de moitié les exportations de café, principale activité industrielle de Man.
« Nous étions si prospères auparavant. Maintenant, il n’y a plus rien. Il nous faut un dirigeant qui nous donne du travail », dit Fanta Doumbia, 29 ans, près d’enfants malingres qui gagnent quelques sous en dépoussiérant les chaussures des passants.
Pourtant, malgré l’état précaire de Man, des habitants et des rebelles ont le sentiment que la crise est derrière eux.
Sidike Konaté, numéro deux du mouvement rebelle, a déclaré la semaine dernière que la délivrance de cartes d’identité par la commission électorale à l’approche de l’élection avait supprimé tout motif de rébellion.

« L’identité était la cause principale de notre lutte », a-t-il dit lors d’une interview à Reuters jeudi dernier à Man.
Le conflit s’enracinait dans un débat sur la question de savoir qui était ivoirien dans ce pays rempli d’immigrés du Burkina Faso et du Mali. Les cartes d’identité visent à réparer le préjudice causé par des leaders politiques qui refusaient la citoyenneté du pays non seulement aux migrants mais aussi aux Ivoiriens du Nord liés culturellement à ces derniers.
Un pays réunifié devrait permettre aux autorités de développer d’anciens territoires sous contrôle rebelle et de réduire ainsi les risques de nouveaux soulèvements.

CROISSANCE

« Les jeunes qui ont des emplois ne sont pas ceux qui prennent les armes », a déclaré le président Gbagbo ce week-end lors d’un meeting de campagne à Man.
Cela dépendra toutefois du rythme auquel repartira la croissance économique, notent les analystes.
L’économie ivoirienne s’est contractée de 1,5% environ en 2002 et de nouveau en 2003. Par la suite, les taux de croissance ont été quasiment nuls jusqu’en 2008, année où ils ont atteint 2,2%. La population du pays a augmenté plus rapidement, ce qui signifie qu’elle s’est appauvrie.
Les discours nationalistes de Gbagbo, qui exploitaient la xénophobie ambiante envers les migrants, ont cessé après la conclusion d’un accord sur les listes électorales.
« Nous travaillions très bien ensemble avant la guerre, alors ce devrait aussi être le cas une fois qu’elle est finie », note un agriculteur ivoirien, Debay Bah Zou. « Ce sont les politiciens qui nous ont divisés. Maintenant, je crois que nous pouvons nous réconcilier. »
Philippe Bas-Rabérin pour le service français

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Publié par bleble