Café-Cacao: De l’implication directe du président Laurent Gbagbo dans les détournements

DOSSIER 1
CACAO COULEUR ROUGE-SANG

Objet
A peine ouvert le 8 septembre 2010 au tribunal correctionnel du plateau, le procès des ex-dirigeants de la filière café cacao, incarcérés depuis le 18 juin 2008, a été renvoyé au 16 novembre 2010. C’est qu’il y a des gens en haut lieu qui ne tiennent absolument pas à ce que ce procès ait lieu avant l’élection présidentielle. Ce qui suit permet de soutenir une pareille thèse.

Rappel des faits
Sur la base de la clameur publique, le président Gbagbo a instruit, courant octobre 2007, le procureur de République près le Tribunal de 1ère instance d’Abidjan-Plateau, aux fins de diligenter une enquête sur des présumés détournements massifs dans la filière café cacao en Côte d’Ivoire.
La Police économique et la Brigade de recherche de la Gendarmerie Nationale, sous la supervision du parquet d’Abidjan, ont procédé à de nombreuses investigations pour recueillir des informations devant établir la preuve de ces détournements.

A l’issue de leurs enquêtes, 24 responsables des structures de cette filière café cacao vont être cités par le procureur de la République. Mais chose curieuse, seuls deux dirigeants sur les 24 verront leur compte bancaire audité et publié dans le rapport de la Brigade de recherche et de la police économique remis au procureur. Il s’agit d’Amouzou Kassi Henri, Président du Conseil de gestion du FDPCC (Fonds de développement et de promotion des activités des producteurs de café et de cacao), ainsi que Kouassi Théophile, secrétaire exécutif de la même structure.

C’est que sur les 24 personnes inculpées, en dehors de ces deux personnalités toutes sont des militants et responsables locaux du Fpi, parti au pouvoir et sont pour la plupart, de la même ethnie que M. Gbagbo. Certaines, dont Placide Zoungrana, Pca de l’Arcc (autorité de régulation de la filière café cacao) et Kouakou Firmin, DG du Frc (Fonds de régulation et de contrôle), sont respectivement directeur de campagne de M. Laurent Gbagbo à Toumodi et Sinfra.

Ce qui explique la raison pour laquelle, les enquêteurs se sont bien gardés d’éplucher leurs comptes bancaires.

COMPRENDRE POURQUOI ET QUI LES ENQUETES DE KIEFFER DERANGEAIENT

I/ Les différents audits
Du 18 au 30 juin 2008, M. Gnakadé Ladji Joachim, doyen des juges d’instruction a inculpé et mis sous mandat de dépôt tous les principaux dirigeants des structures en question (PCA, PDG, DG, DAF et directeurs de sociétés filiales).
Deux mois après leur incarcération, trois audits ont été commandités par le juge d’instruction.

– Deux audits comptables et financiers
– Un audit douanier

Les deux audits comptables et financiers sont effectués, l’un par l’Inspecteur Général des finances, l’autre par le Cabinet londonien Moore Stephens.

Mais chose curieuse, au cours de ces audits, aucun des dirigeants emprisonnés n’a été entendu par les auditeurs pour faire la lumière sur quelques détails que ce soit. Ce sont plutôt d’autres personnes qui ont été entendues à leur place. L’audit étant contradictoire, quelle était sa valeur ou quel objectif recherchait-on quand il se fait sans aucune contradiction ?

L’audit douanier fera ressortir un manque à gagner de 600 milliards de francs Cfa plus d’un milliard de dollars.

Et l’audition de M. Alexis Nezzi, syndicaliste, agent de la BCC (Bourse du café et du cacao) et ex-responsable du guichet unique de sortie où se font toutes les opérations de contrôle du produit et d’embarquement du café et du cacao est édifiant.

En effet, selon M. Alexis, des quantités importantes de cacao de grade 1 ont été déclassés en sous grade ou hors norme et exportées avec la complicité de l’ancien ministre de l’économie Bohoun Bouabré et de l’agriculture, Dano Djédjé.

Y sont impliqués également selon M. Alexis, le gendre du président Gbagbo (Stéphane Kipré) devenu milliardaire et sillonnant le pays depuis plus de deux ans pour faire des dons aux populations rurales dans le cadre de l’implantation de son parti politique (Union des Nouvelles génération UNG) créé pour soutenir son beau père le
président ; la 1ère vice présidente du Comité de gestion de la filière Café Cacao, Mme Ila Donwahi (fille de l’ancien président de l’Assemblée Nationale Ivoirienne Charles Donwahi), ainsi que certains gros exportateurs de café et de cacao connus comme des proches de M. Gbagbo.

Mais ce qui apparait comme une grossière hérésie, c’est que nulle part dans les rapports d’audit commandités par le juge d’instruction et que des avocats de certains prévenus ont pu consulter au parquet, il n’est fait mention des sommes colossales versées au président de la République sur ses propres sollicitations via son Directeur Financier, par les dirigeants de la filière café cacao.

Selon un ancien dirigeant de la filière actuellement incarcéré à la maison d’arrêt et de correction d’Abidjan que nous avons interrogé, ce sont environ 200 millions qui étaient versés à la Présidence de la République, chaque semaine ( tous les vendredis) par les dirigeants du FRC dont le PCA est la seconde épouse de l’ancien premier ministre Ivoirien Pascal Affi N’guessan, par ailleurs actuel président du parti présidentiel.

Mais le plus surprenant, c’est que bien qu’ayant informé pendant leurs différentes auditions, le juge d’instruction avec preuves à l’appui, des différentes sommes versées au président de la république dans le dos des producteurs ivoiriens, nulle part dans le rapport final de ce dernier transmis au tribunal correctionnel pour jugement, il n’est fait mention d’aucune somme d’argent versée au président de la République.

Ces sommes, pour ce qui concerne le FDPCC, s’élèvent à 14.350.000.000 (quatorze milliards trois cent cinquante millions de FCFA), soit près de 22 millions d’euros.


Ces sommes, transmises au président par chèque, ont été dûment déchargés par le Directeur des Services Financiers de la Présidence de la République. Dans son audition (voir document N°13 à 15), ce dernier reconnait clairement le versement de ces sommes.

Mais aussi incroyable que cela puisse paraître, la Présidence de la République n’a jamais été inquiétée par le juge d’instruction, qui a pris le soin de charger les responsables en prison, en passant le Blanco sur les preuves de l’implication du président de la République dans les détournements opérés dans la filière.

Ce qui explique la promotion de ce dernier qui vient d’accéder au grade très envié de magistrat hors hiérarchie.

II/ L’ARGENT QUE LA PRESIDENCE A VOLE AUX PLANTEURS – PREUVES A L’APPUI.

Voici la liste non exhaustive des chèques émis par le FDPCC pour le compte de la Présidence de la République.

Ceci constitue des preuves de ce que nous avançons, preuves que nous transmettrons aux justices respectives en charge de cette affaire.

Chèque Bicici n°42784 du 2/04/2003 de FCFA – 500.000.000
Chèque Bicici N°42783 du 2/04/2003 de FCFA – 1.000.000.000
Chèque Citibank n°3284486 du 19/05/2003 de FCFA – 1.500.000.000
Chèque Bicici n° 42719 du 3/06/2003 de FCFA – 1.500.000.000
Chèque Bicici n°42721 du 3/06/2003 de FCFA – 2.000.000.000
Chèque Citibank n°3437051 du 08/07/2003 de FCFA – 1.000.000.000
Chèque CAA n°4795476 du 24/11/2003 de FCFA – 1.000.000.000
Chèque CAA n°4797477 du 24/11/2003 de FCFA – 2.000.000.000
Chèque Bicici n°42974 du 21/11/2003 de FCFA – 1.000.000.000
Chèque Bicici n°42973 du 21/11/2003 de FCFA – 2.000.000.000
Chèque CAA n°4795477 du 11/12/2003 de FCFA – 100.000.000
Chèque Citibank n°3436902 du 12/01/2004 de FCFA – 300.000.000
Chèque Citibank n°3437005 du 22/03/2004 de FCFA – 350.000.000
Chèque Citibank n°3436912 du 5/05/2004 de FCFA – 100.000.000

Soit au total, la somme de 14.350.000.000 (quatorze milliards trois cent cinquante millions de FCFA) virés dans des comptes fantômes sûrement présidentiels pompeusement nommés par M. J. Anoma Directeur des Services Financier de la Présidence lors de son audition devant le juge : « les comptes de la Présidence logés dans les banques ordinaires »( ?)

NB : Ces sommes n’ont absolument rien à voir avec l’effort de guerre fait par l’ensemble des structures de la filière café cacao en novembre 2002, où elles ont versé la somme de 10 milliards à l’Etat pour acheter des armes.

Toutes les sommes qui précèdent ont été versées par les dirigeants du FDPCC au président de la République, à sa demande, et non spontanément comme le prétend le directeur des services financiers, M. Jacques Anoma qui a d’ailleurs déchargé tous ces chèques avec des lettres de transmission sur lesquelles il est toujours clairement mentionné « vos sollicitations ». Ce sont donc des détournements de fonds opérés par la Présidence de la République.

III/ Implication des ministres Bohoun Bouabré et Dano Djédjé Sébastien

Tous les montants qui se trouvent sur le document N°0010 n’ont jamais servi au motif pour lesquels ils ont été décaissés. Ces sommes ont été détournées de leur destination. Mais le ministre de l’Agriculture dont le nom et la signature apparaissent sur ce document n’a jamais été inquiété.

Sur le document N°0011, les ministres de l’agriculture et de l’économie de l’époque ordonnent au directeur de l’Agence nationale de la BCAO, de faire un virement pour un compte logé à la CAA (caisse autonome d’amortissement), depuis le compte séquestre y logé. Cet argent a disparu, mais les ministres n’ont jamais été inquiétés.
La somme qui se trouve sur le document N°0012 n’a jamais servi à l’objet pour lequel il a été décaissé. Le SARA (salon de l’agriculture…), ne s’étant jamais tenu et l’Amu (assurance maladie universelle), n’étant jamais rentrée en vigueur. Mais le ministre de l’agriculture qui a fait décaisser cet argent n’a jamais été inquiété.

Référence : le 11 décembre 2003, par le président du Comité de gestion du FDPCC, M. Amouzou Kassi Henri, a offert la somme de 2 milliards aux producteurs de café et de cacao qui avaient fui les atrocités de la guerre en fuyant les zones centre, et ouest du pays, abandonnant tout dans les mains des rebelles.

Par le Chèque CAA n°4797477 du 24/11/2003 de FCFA d’une valeur de 2.000.000.000, le président du Comité de gestion du FDPCC a remis l’argent au président de la République, à charge pour lui de recevoir à la Présidence, l’ensemble de ces malheureux producteurs pour leur annoncer la mise à leur disposition, de cette somme d’argent pour essuyer leurs larmes.

Les responsables du FDPCC, dans leurs tournées de sensibilisation, ont informé les responsables de l’association des producteurs victimes de guerre de l’ouest de la remise de cet argent au chef de l’Etat, pour le leur remettre officiellement.

Mais l’argent n’a jamais été remis aux producteurs jusqu’au jour d’aujourd’hui. il a été purement et simplement détourné par la présidence de la République.

Interrogé sur la disparition de cet argent à la présidence par le juge d’instruction le 17 février 2009 donc 6 ans après, voici ce que Jacques Anouma, le directeur financier a répondu :

« Ce chèque est effectivement parvenu à la Présidence. Maisles modalités de répartition des fonds concernés n’ont pas été déterminées. A ce jour, aucune demande de répartition n’a été faite. Si d’aventure, des demandes de cette nature étaient dûment faites, les dispositions seraient prises pour y faire face. »

Pourtant, depuis le 24 août 2009, les destinataires de cet argent, par l’intermédiaire de leur avocat Me Aka Narcisse, ont porté plainte contre la présidence de la République pour détournement de fonds, mais le procureur de la République n’a jamais donné suite à cette plainte.

Le 3 octobre dernier, ils ont organisé un point de presse pour dénoncer encore la disparition de cet argent et menacé d’organiser une marche sur la Présidence pour réclamer la restitution de cet argent avant l’élection présidentielle du 31 octobre prochain.

Dossier : « cacao rouge-sang »,

Auteur: réalisé par : Tiebamaco & Makany – Source: Lebanco.net

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Publié par bleble