En Côte d’Ivoire le peuple exige la paix et le pain

Populations en détresse, éducation, santé, action sociale… le vainqueur du second tour du scrutin présidentiel sera confronté à de nombreux chantiers.

Surprise en Côte d’Ivoire: le premier tour du scrutin considéré comme « historique », plus de six fois reporté, s’est déroulé dans un calme exemplaire. Jusqu’aux dernières heures pourtant, plus d’un pariait sur un rendez-vous politique à risques: « nous nous préparons à faire face à des tensions qui peuvent déboucher sur des violences », estimait-on la veille au quartier général de la mission onusienne en Côte d’Ivoire (Onuci).

Le peuple exige la paix et le pain. Une jeune observatrice européenne, présente dans les provinces du pays pour observer l’effervescence citoyenne liée à ces élections, analyse: « Avec un taux de participation avoisinant les 80%, les Ivoiriens ont voulu signifié aux leaders politiques que les querelles politiques ne les concernaient plus, qu’ils voulaient maintenant un pays stable, un retour à un contexte favorable aux projets de développement », analyse-t-il.

Chaos au pays du cacao. Qu’est-ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire? Depuis l’indépendance, l’ancienne colonie française avait su forcer l’admiration dans le monde, grâce à sa stabilité politique, avec une économie prospère.

A la mort du premier président Félix Houphouët-Boigny, en 1993, le pays est hélas rattrapé par diverses divisions, la crise économique consécutive à la chute des cours mondiaux du cacao – le pays en est le premier producteur mondial – aidant.

La Côte d’Ivoire, dont l’infrastructure sociale (santé, éducation) et le niveau de vie des habitants étaient les plus élevés du continent noir, bascule dans une pauvreté généralisée sur fond de violences politiques et d’affrontement ouvert, depuis 2002, entre le nord rebelle et le sud gouvernemental.

Ce sont donc près de dix années pendant lesquelles les infrastructures sociales du pays ont été « mises à zéro », la guerre civile faisant fuir les opérateurs humanitaires et économiques, avec des sinistrés laissés sans assistance.

Viols et panique dans l’Ouest. « Le combat ne fait que commencer, estime un autre cadre de la mission l’Onuci. Le chantier qui attend le vainqueur du scrutin actuel est énorme: le pays est à nu, il faudra une politique de reconstruction soutenue pour convaincre les opérateurs économiques et sociaux de revenir dans le pays. »

Afin de rassurer la population aussi. A écouter les médias qui content ces derniers jours la vie des grandes villes comme Abidjan, on croirait que le pays a déjà renoué avec les pratiques de bonne gouvernance. Mais le tableau qui est dressé par les observateurs est extrêmement inquiétant.

Les chercheurs de Human Rights Watch confirment des informations faisant état de « grande détresse » des populations des provinces de l’Ouest, dans les régions occidentales de Moyen Cavally et des dix-huit Montagnes. C’est à la frontière avec le Libéria, où des armes, des gangs incontrôlés pullulent et circulent au grand jour.

Plusieurs cas de viols sur des femmes et des mineurs sont régulièrement signalés. Ce que documente le rapport de HRW, qui indique par exemple: « Des gangs criminels attaquent régulièrement les gens chez eux, dans les champs ou sur la route. Les attaques augmentent les jours de marché. (…) Des miliciens armés, des criminels, des soldats et des rebelles installent des barrages sur les routes pour collecter des pots de vin, qui atteignent entre 200 et 300 millions de dollars par an, selon une étude de la Banque mondiale ».

« C’est important de concentrer notre attention à ce processus électoral. Mais il faut que l’on songe rapidement à faire le plus important, c’est à dire aider les populations ivoiriennes de base à vivre un Etat de droit », lance à Chemk’Africa un haut cadre de l’Onuci qui reconnaît l' »urgence de se préoccuper maintenant des populations à la base ».

Reconstruire la base. La question que nombre d’observateurs se posent: la communauté internationale maintiendra-t-elle le même soutien que celui manifesté dans la préparation de ce processus de pacification « au sommet » (électoral)? L’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci, plus de 8.500 hommes) et la force française Licorne (900 hommes) ont en effet joué un rôle primordial ces dernières années, jusqu’au scrutin de ce week-end, ainsi que diverses missions civiles venues d’Europe, d’Afrique et d’ailleurs.

« D’habitude, les grands opérateurs des opérations de maintien de la paix estiment que leur mission est terminée à l’issue des élections. Nous devons devoir accompagner le renforcement des nouvelles structures démocratiques si nous voulons que le pays retrouve une stabilité durable », souhaite l’experte de l’UE.

A entendre les commentaires des uns et des autres, une communauté internationale qui savoure le relatif succès du processus électoral ivoirien en comparaison aux situations « plutôt incertaines » dans d’autres régions africaines (Somalie, Soudan, Grands Lacs…), les principaux bailleurs et soutiens internationaux souhaitent la poursuite, voire le renforcement de l’aide en faveur de la Côte d’Ivoire. « Il nous faudra savoir désormais orienter l’aide vers les projets pouvant avoir un impact sur le quotidien des Ivoiriens », réitère l’experte de l’UE.

« A condition, bien sûr, que les partis sachent respecter le souhait des citoyens, en gérant avec responsabilité la dernière étape du scrutin de novembre prochain (second tour, ndlr) », ajoute-t-elle. Au regard des leçons du premier tour, les ivoiriens et leurs amis sont nombreux à y croire…

Chemk’Africa | Edgar C.Mbanza

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