PRESIDENTIELLE IVOIRIENNE: vers un passage en force du FPI ?

De sombres nuages s’amoncellent-ils dans le ciel ivoirien ? Tel un orage qui menace, la tension couve dangereusement entre les deux camps en lice pour le second tour. L’élection qui s’est tenue le 28 novembre dernier l’a été dans un climat tendu. Aussi, à peine les bureaux de vote se sont-ils fermés que les accusations mutuelles de fraude fusent. Ce sera certainement la guerre des chiffres.

En tout cas, les uns et les autres s’accordent à dire que ce second tour ne s’est pas passé dans le calme et la transparence. Seulement, chacun des deux camps voit midi à sa porte. Alors que le camp présidentiel n’a vu de la fraude qu’au Nord, celui d’en face n’en a trouvé qu’à l’Ouest essentiellement. Cette consultation a montré une Côte d’Ivoire divisée, surtout, entre ces deux zones. Le candidat-président a pris toutes ses dispositions pour garder la main sur les choses, notamment en instaurant un couvre-feu très controversé. Les promesses d’aménagement de ce couvre-feu, faites par le chef de l’Etat sortant, n’ont pas été tenues. En somme, Gbagbo a miné le terrain en sa faveur.

Ce couvre-feu est aussi contesté par les Forces nouvelles qui ne l’appliquent pas dans les zones sous leur contrôle. C’est un autre signe des dissensions entre d’une part, les candidats en lice, et d’autre part, les signataires de l’Accord politique de Ouagadougou. Le scrutin, lui, a été émaillé de morts, de barricades et d’autres actes plus ou moins violents, surtout dans certaines zones du pays. Quant à la participation, elle a été moins forte qu’au premier tour. Qui sont ces abstentionnistes et pourquoi ne sont-ils pas sortis cette fois-ci ? Visiblement, tout porte à croire que beaucoup de choses ont été faites par le camp du candidat-président pour dissuader l’électorat de son adversaire.

L’instauration unilatérale du couvre-feu, le refus du chef de l’Etat de l’aménager et la guerre des communiqués entre le ministère de l’Intérieur et le Premier ministère, tout prouve que l’heure n’est pas à la collégialité dans le gouvernement d’union nationale, que l’esprit n’est pas à la large concertation. Alors que le processus s’est bien déroulé avec comme point d’orgue le face-à-face télévisé Gbagbo-ADO, l’impossibilité de tenir une nuit électorale par les états-majors des différentes formations politiques, couvre-feu oblige, vient, comme un couperet, enlever le charme de l’élection. S’achemine-t-on vers un passage en force du FPI ? La question n’est pas dénuée de tout sens au regard de l’attitude des uns et des autres.

L’on sait que le chef de l’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo, est un fin « stratège » politique, ce qui lui a d’ailleurs valu, de la part de ses contempteurs, le surnom de « boulanger ». Tout cela fait que l’on est plus ou moins fondé à penser que les mesures prises ne sont pas exemptes de tout calcul politicien. Depuis la clôture du scrutin donc, les deux camps s’accusent mutuellement de fraudes. Le parti au pouvoir, par la voix de son président, Pascal Affi N’Guessan, accuse les Forces nouvelles de n’avoir pas désarmé et d’avoir empêché ses partisans de voter dans le Nord. Il appelle à l’invalidation des résultats dans cette zone.

Le RHDP dénonce, de son côté, des barricades érigées pour empêcher ses militants de voter dans l’Ouest par des partisans du candidat de la majorité présidentielle. Une preuve, si besoin en était encore, que la confiance n’est vraiment pas de mise entre les acteurs. Ainsi, comme on peut le constater, chaque camp a des arguments pour ne pas faciliter les choses et pour ne pas reconnaître d’éventuels résultats qui lui seraient défavorables. C’est dire que le contentieux électoral s’annonce houleux. Dans ce climat de violences et de suspicion généralisée, quel que soit le candidat déclaré vainqueur, ce scrutin qui avait fait rêver, surtout avec le calme et l’engouement observés au premier tour, aura un goût d’inachevé. Pis, le pays sera difficile à gouverner en ce sens que la légitimité de l’élu sera, d’une manière ou d’une autre, contestée par le camp d’en face.

En un mot comme en mille, on aura une sortie de crise qui n’en sera pas vraiment une. Les clivages communautaires restent tenaces dans le pays, comme on l’aura constaté lors de ce second tour. Toute chose qui ne permet pas à un Etat d’évoluer de façon unie et forte sur les chantiers difficiles du développement. A l’issue de ce scrutin devant sceller la fin de la crise dans leur pays, les Ivoiriens se regardent, une fois de plus, en chiens de faïence. Pourvu qu’ils nous surprennent agréablement.

« Le Pays »

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