La prochaine farine ?

Depuis le second tour des élections présidentielles qui a connu la victoire d’Alassane Ouattara à 54,10 %, nous avons eu droit, hier soir, à la première déclaration publique de son rival Laurent Gbagbo.

A l’annonce de cette déclaration, les ivoiriens ont cru qu’enfin, Laurent Gbagbo reconnaîtrait sa défaite électorale, face à la pression croissante internationale. Mais que non.

Certains points ont retenu mon attention dans son discours :

1. « J’ai remporté le scrutin, avec 51 % du suffrage. Je suis le président de la république de Côte d’Ivoire… »
Voyons l’article 64 du code électorale de sortie de crise en Côte ‘Ivoire :
« Dans le cas où le Conseil Constitutionnel constate des irrégularités graves de nature à entacher la sincérité du scrutin et à en affecter le résultat d’ensemble, il prononce l’annulation de l’élection et notifie sa décision à la Commission Electorale Indépendante qui en informe le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies et le Représentant Spécial du facilitateur à toutes fins utiles.

La date du nouveau scrutin est fixée par décret pris en Conseil des Ministres sur proposition de la Commission Electorale Indépendante. Le scrutin a lieu au plus tard quarante-cinq jours à compter de la date de la décision du Conseil Constitutionnel »
Sans être juriste, dès lors qu’on sait simplement lire, le texte est on ne peut plus claire : Le Conseil Constitutionnel n’a qu’un rôle d’encadrement et de légalisation des résultats du scrutin. Il ne proclame pas de vainqueur. Du texte ci-dessus, où est-il mentionné que le Conseil Constitutionnel proclame un vainqueur ? C’est la Commission Electorale Indépendante, bien au contraire, qui est habileté à proclamer un vainqueur et si le Conseil Constitutionnel constate des irrégularités graves, il les notifie à la Commission Electorale Indépendante qui, on le voit bien, a un rôle décisionnel dans la proclamation des résultats dont les différents PV sont dans toutes les chancelleries et avec tous les représentants des candidats. Mesures prises avec l’accord des autorités ivoiriennes, Laurent Gbagbo en tête, pour éviter toute fraude. L’endroit de proclamation des résultats importe peu dès lors que les copies existent chez toutes les parties concernées et que la sécurité était délétère à la CEI centrale (le monde entier en a vu les images avec Damana Pickas, commisaire FPI, tête de l’iceberg d’insécurité qui y régnait).

2. « Je tends la main à l’opposition, à monsieur Ouattara …construire une nation dans la paix »
Pacifiste ? Les voies de contestation du scrutin ne sont-elles pas définies par les textes légaux ? Comme en 2000, face à Guéi Robert, Laurent Gbagbo avait pacifiquement la possibilité de dénoncer devant les institutions telles que le Conseil Constitutionnel ou la Court Suprême, ce qu’il reprochait au camp adverse. Mais à quoi a-t-on assisté ? Des ivoiriens déversés dans les rues pour récupérer le « trône ». La suite, on la connait : des morts et des morts… Du sang coulé dans une boucherie indescriptible. Vous avez parlé de paix dans le sang ?

Les ivoiriens, témoins de ce qui s’est passé il y a dix ans ont l’impression de revivre les évènements. Comment peut-on espérer que celui qui a remporté les élections 54,10 %, avec des résultats validés par toute la communauté internationale (c’est le rôle que lui a donné le gouvernement ivoirien, Laurent Gbagbo en tête), puisse accepter la main tendue de son rival qui refuse de céder le fauteuil ? Est-ce objectif, cette main tendue ? Est-ce une porte de sortie la tête « haute » face à la pression internationale qui s’accentue de plus en plus ? On se le demande car Laurent Gbagbo intervient juste après les sanctions des américains (on sait son mépris pour les voix européennes en général et françaises en particulier, qualifiées de « tempête dans un verre d’eau par un de ses proches »).

Loin d’être une ingérence, le rôle de la communauté internationale, demandé par Laurent Gbagbo et son gouvernement, est clairement défini par la résolution 1765 adoptée par le conseil de Sécurité des Nations Unies, le 16 juillet 2007 (dernière page, dernier paragraphe sur la sauvegarde des résultats du scrutin) :
 » Le Certificateur entend sauvegarder les résultats légitimes avec engagement, honneur et détermination. Il veillera à ce que les résultats soient respectés ; que le vainqueur soit celui qui a gagné les élections ; que les résultats ne fassent pas l’objet ni de contestations non démocratiques, ni de compromissions. Au cas peu probable où les résultats seraient contestés par des moyens non démocratiques, le Certificateur, ayant également comme mandat fondamental le maintien de la paix et de la stabilité en Côte d’Ivoire en tant que chef de l’ONUCI, doit sauvegarder les résultats par tous les moyens dont il dispose au service du peuple ivoirien.  »

La contestation des résultats de la CEI par Yao Paul N’DRE, fut-il président du Conseil Constitutionnel, n’est pas démocratique, surtout qu’il va plus loin en dépassant ses charges par la proclamation d’un vainqueur, son ami et camarade militant du FPI, Laurent Gbagbo. On l’a déjà dit, le code électoral ne lui en donne pas le droit. Le texte de la résolution est on ne peut plus clair : Y. J. Choi doit, comme il le fait déjà, avec honneur et détermination, veiller à la sauvegarde des résultats comme Laurent Gbagbo et son gouvernement l’ont demandé à la communauté internationale qui a financé ces élections à plus de 300 millions d’Euros. Il lui est demandé dans le texte d’y veiller par tous les moyens, sans autoriser une quelconque compromission. Vous parlez d’ingérence ?
3. « … mise en place d’un comité d’évaluation »

Encore une invite de plus à la communauté internationale, alors même qu’on refuse de respecter les textes issus de la première invitation. Quelle crédibilité veut-on que la communauté internationale accorde à cette demande d’un mauvais perdant ? N’est-ce pas encore là un lit offert à une ingérence internationale alors même qu’on la décrie ? Vouloir une chose et son contraire à la fois ! Manger le gâteau et l’avoir dans les mains ! Tel est le miracle auquel on nous invite. De quoi n’est-on pas capable pour tout faire à son avantage ? Que disent les jeunes patriotes et Fescistes – ne pas lire « Fascistes » – (jeunesse de la génération Laurent Gbagbo) face à cette invitation à une ingérence de la communauté internationale faite par leur Référence et mentor, au lendemain des sanctions américaines doublées de la menace du procureur de la Cour Pénale Internationale ?
Encore des centaines de millions d’Euros à investir pendant des mois et ensuite en dévoyer les résultats alors que l’essentiel est ailleurs (le peuple se meure, l’éducation nationale dans un état lamentable, les routes inexistantes, etc.) et que d’autres problèmes sont à résoudre ailleurs dans le monde ?

L’ONU, l’UE, l’UA et la CEDEAO font face à leur propre crédibilité. Ces organisations ont les moyens de se faire respecter et faire respecter la démocratie, si telle est la raison de leur existence.

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Author: bleble