« Le complot international contre Gbagbo » : Les raisons secrètes de ce slogan

Par Alexis D. | Connectionivoirienne.net

Le slogan du « complot international contre Gbagbo » brandi par le régime du président sortant est-il crédible ? Exprime-t-il la conviction d’un parti engagé, de longue date, dans la lutte anticolonialiste et panafricaniste contre l’Occident impérialiste, et faisant face à l’agression de l’adversaire qui cherche à l’écarter par tous les moyens après une élection remportée triomphalement ? Ou bien est il, au contraire une réaction de dépit, une rage paroxystique envers le partenaire occidental qui n’a pas honoré son engagement dans un contrat, contrat qui consistait à fermer les yeux sur le vol des élections pour service rendu en terme de protection des intérêts français et occidentaux? Ce questionnement est indispensable. Il permet d’évaluer le bien fondé et la légitimité de l’extrémisme suicidaire du camp du président sortant ou bien d’y déceler une coupable tromperie, marque distinctive de ce régime, dont il faudra prémunir les peuples à l’avenir après la sortie des ténèbres. La conquête de la Souveraineté réelle, de la liberté véritable, légitime toujours les crises durables comme autant d’épreuves nécessaires que les peuples doivent traverser pour accéder à leur autonomie ainsi que la guerre et les destructions qu’elle entraîne. Le peuple renaît de ses cendres en s’enracinant dans les universaux pour lesquels il n’a pas hésité à mettre en jeu, sa vie, ses sécurités et jouissances sensibles ainsi que sa quotidienneté paisible. Mais lorsque le peuple est entraîné par le mensonge dans l’anomie d’une existence végétative, dans l’insécurité et dans la pénurie durable d’une crise permanente et sans solution, il s’affaisse moralement et juridiquement. Ses ressorts intérieurs se brisent. Lorsqu’il est entraîné dans la guerre par la tromperie à partir du viol de sa Souveraineté pour servir les intérêts particuliers des gouvernants, il perd ses repères et les limites qui définissent toujours son identité en tant que personnalité collective souveraine. Il s’installe alors durablement dans la violence et le néant. Les morts sont morts pour rien. Et les survivants à l’âme profondément blessée assoiffée de Justice, avec un J majuscule, alors même que le mensonge et l’injustice étaient devenus la norme, se transforment en vengeurs. Le peuple ne renaît pas facilement de ses cendres dont l’entêtante poussière hante la mémoire des générations suivantes durant des siècles. Alors, les commissions de réconciliation nationale ne suffisent pas à restaurer l’unité du tissu déchiré de la société en apaisant l’âme des survivants. La justice dérisoire des hommes doit, pour rendre justice, se hisser à la hauteur des crimes surhumains que furent les innombrables charniers et les innombrables personnes assassinées disparues dans le néant. Elle doit tenter de punir et de réparer autant que faire se peut, des crimes incommensurables qui défient les normes humaines. Elle doit rétablir la justice en réinsérant la société dans la vérité pour que le dialogue et les relations qui construisent le tissu complexe de la société soient à nouveau possibles. Les prémices des évènements indiquent clairement que la scène ivoirienne risque de reproduire une de ces longues tragédies des crimes incommensurables impunis qui ont installé l’Afrique dans la permanence du ressentiment. C’est pour cela que tenter de dévoiler l’imposture qui se cache dans l’anticolonialisme et le panafricanisme tonitruants du régime, et qui dirige obstinément le cours des choses vers sa fin personnelle, recèle une valeur pédagogique indispensable. Cette tentative montre aussi pourquoi justice devra être nécessairement rendue au terme de la conclusion du processus dans lequel la Côte d’Ivoire est engagée. Grande est l’amertume du peuple qui découvre qu’il a été engagé dans le désastre de la guerre et de la purification ethnique après avoir été systématiquement manipulé et trompé par ses dirigeants politiques. La paix et les impératifs de stabilité indispensables au commerce ne se satisfont pas de l’impunité qui demeure leur ennemi mortel comme on le voit partout en Afrique. L’instabilité renaît toujours sur le terrain des arrangements d’une justice non rendue ou mal rendue.

Au premier abord, l’accusation portée par le régime du président sortant contre la France et les anciennes puissances coloniales semble crédible. Le slogan du complot international dirigé et téléguidé par la France et les puissances capitalistes occidentales contre la Côte d’Ivoire aux fins de perpétuer leur domination néocoloniale ne tire pas seulement sa crédibilité de sa répétition constante, de l’obstination, et de la violence avec laquelle le camp du président sortant la soutient. Les faits semblent en effet lui donner raison. On souligne avec justesse les cas exemplaires de l’étonnante tolérance de l’Occident envers les cas de violation de la démocratie, de manipulation des élections dans d’autres pays tels que le Togo, le Gabon, le Cameroun, le Tchad, le Burkina, le Congo Brazza, la république Centrafricaine, la Guinée Equatoriale, l’Egypte ou la Tunisie de Ben Ali. Pourquoi la Côte d’Ivoire ferait-elle alors exception ? N’y-a-t-il pas là une injustice flagrante à condamner et à réprimer ici ce que l’on accepte ailleurs ? Cette objection n’est-elle pas, cependant, un aveu de culpabilité ? N’est-ce pas reconnaître que l’injustice contre laquelle le régime se dresse n’est pas tant le refus par la France et les Etats capitalistes Occidentaux d’une légitimité acquise à la régulière dans les urnes qu’une partialité qui s’exprime sous la forme d’une intolérance envers une illégalité qu’on refuse ici alors qu’on l’accepte ailleurs ?

Dans l’argumentaire du camp du président sortant, dont le mensonge est l’architecture fondamentale, cette contradiction n’est toutefois pas reconnue et assumée. On présente au grand jour la conviction d’avoir gagné les élections. Avec des arguments juridiques, on accuse le président élu de chercher à voler les élections. A l’aide d’une rhétorique que n’auraient pas renié les sophistes de l’antiquité Grecque, on fait passer le camp du président élu pour le camp du tricheur. Mettant ainsi en évidence la partialité et l’injustice de la communauté internationale et de la France, on fait ressortir les motifs secrets de l’acharnement de cette coalition Occidentale contre le prétendu gagnant réel de l’élection présidentiel. Si la Côte d’Ivoire fait exception à la règle, qui veut que l’Occident capitaliste et la France soutiennent un régime qui sert ses intérêts en fermant les yeux sur les dénis de démocratie, les manipulations et les trucages électoraux, est-ce parce qu’un régime anticolonialiste et panafricaniste, anti-français et incorruptible a gagné les élections ? La Côte d’Ivoire fait exception à la règle parce que Gbagbo est anticolonialiste. Il est contre les intérêts français en Côte d’Ivoire. Il lutte contre la domination néocoloniale de la Côte d’Ivoire par la France et le capitalisme Occidental. Il se bat pour une décolonisation véritable de l’Afrique. Il milite contre la balkanisation coloniale de l’Afrique et pour la reconstitution d’un front panafricaniste. Une telle posture a-t-elle cependant quelque vérité ? Plusieurs analystes ont montré, dans les pages de ce journal et ailleurs, qu’il n’en était rien car le régime Gbagbo a ménagé scrupuleusement les intérêts français et Occidentaux durant les dix ans de son règne comme en témoignent l’omniprésence des groupes Bouygues et Bolloré dans le paysage économique ivoirien. En témoignent aussi éloquemment ses affinités commerciales et sa gestion économique et politique qui n’ont guère été celle d’un anticolonialiste et d’un panafricaniste militant et convaincu.

Dès lors, comment expliquer la hargne du camp du président sortant dans la dénonciation de la France et des puissances occidentales ? C’est ici que l’anticolonialisme proclamé mais non vécu, l’extrémisme des déclarations, la hargne affichée dans un combat contre la France et l’Occident qui n’a été déclaré qu’à la fin des élections présidentielles, durant lesquelles paradoxalement des entreprises bien françaises de relation publique furent commises à la publicité électorale du régime, deviennent fortement suspects. C’est ici que la menace d’une redistribution des marchés publics, d’une remise en cause des relations économiques et politiques sonne comme une rétorsion et une sanction après une attente déçue de la part d’un partenaire Occidental dont on attendait du soutien et de la reconnaissance. C’est sous le jour de cette contradiction que la menace, dernièrement brandie, de casser l’UEMOA apparaît comme la manifestation d’une colère et d’une rage irrépressible contre un partenaire en affaire qui n’a pas rempli sa part du contrat et qui a trahi au dernier moment.


Cette inquiétante contradiction révèle une imposture et une instrumentalisation de l’anticolonialisme et du panafricanisme dans un jeu de rôle. Elle conduit naturellement à interroger la fonction de l’anticolonialisme et du panafricanisme tonitruant du camp du président sortant, de son activisme dans le rôle du pourfendeur de l’exploitation capitaliste, de son extrémisme. Etait-ce un extrémisme de façade qui permettait d’atteindre des buts personnels ? L’anticolonialisme et le panafricanisme tonitruants n’étaient-ils que des masques permettant de jouer un rôle théâtral sur une scène dont la pièce était écrite par quelqu’un d’autre? N’étaient-ce pas des postures surfaites pour tromper les spectateurs et les populations en leur faisant croire qu’on sert les intérêts de l’Afrique et du peuple alors qu’en vérité on les dessert en servant ses propres intérêts personnels et en servant des intérêts étrangers? Les dernières menaces, qui vont de la redéfinition des rapports de coopération avec la France, au retrait de la Côte d’Ivoire de la zone UEMOA, et à l’agitation du chaos final dans lequel tous les protagonistes seront perdants, n’apparaissent-ils tout simplement pas comme du chantage ? Ne sont-ils pas d’ultimes menaces dont la fonction est de contraindre les hommes d’affaires, les lobbies et les politiciens occidentaux à courte vue à intervenir au profit de la sauvegarde du régime minoritaire contesté et sanctionné dans les urnes ?
Le slogan final du « complot international contre Gbagbo » révèle plus la colère d’un acteur agissant dans la tromperie, qui été lui-même trompé dans une transaction et un marchandage, que la révolte d’un révolutionnaire sincère affrontant l’injustice de l’ordre du capitalisme international. Comme toutes les dictatures africaines pro-occidentales qui se maintiennent au pouvoir par des truquages électoraux, il s’attendait à bénéficier de la part de l’associé Occidental de la même mansuétude dont bénéficient ses pairs. Cette règle tacite, non écrite, qui devait être respectée lors du braquage électoral dissimulé sous la forme de la légitimité à l’aide d’un conseil constitutionnel partisan, ne l’a pas été. L’anticolonialisme de façade, le panafricanisme sans conviction, les violentes attaques récurrentes la France et le néocolonialisme Français durant le règne du régime étaient des camouflages et des masques que le régime portait pour ne pas être reconnu dans le service zélé et scrupuleux du néocolonialisme et dans la protection des intérêts du capitalisme français en particulier. Après l’épisode de rébellion de 20002, le régime avait tremblé devant le risque de la mort et s’était pragmatiquement mis au service du néocolonialisme pour sauvegarder son propre pouvoir ethno-colonial et ses intérêts matériels et financiers au détriment du peuple. Très rapidement il avait vu tout le bénéfice qu’il pourrait tirer d’une collaboration secrète active avec les forces du capitalisme international tout en continuant à se draper dans le manteau d’un anticolonialisme, d’un nationalisme intransigeant de façade. En lui conférant les airs et l’honorabilité du nationaliste et du défenseur sans concession de la cause et de l’indépendance de l’Afrique face à l’impérialisme occidental, l’anticolonialisme de façade était précisément le masque qui faisait du régime un agent camouflé efficace au service du néo-colonialisme et des intérêts français. Plus l’on dénonce avec zèle le néo-colonialisme, plus l’on brocarde la France à tout bout de champs, moins l’on risque d’être reconnu par le peuple comme un agent camouflé qui travaille en fait pour l’adversaire qu’on prétend combattre. La méthode est connue de tous les services secrets du monde entier. C’est celle qui consiste à retourner, moyennant des rentes et des avantages matériels divers, l’ennemi le plus zélé pour l’utiliser contre son propre camp. Si la manœuvre est risquée lorsque l’ennemi est doté de solides convictions qui n’assurent jamais de sa loyauté dans son nouveau rôle d’agent retourné et de traître, elle est très aisée et très bénéfique lorsque cet ennemi apparent est un opportuniste dépourvu de conviction. C’est ainsi qu’un anticolonialiste et un révolutionnaire socialiste sans conviction peut être facilement retourné par des puissances capitalistes néocolonialistes et utilisé pour assurer et perpétuer la sauvegarde de leur domination et de leurs intérêts. C’est en fait la recrue de choix dont rêvent tous les protagonistes en concurrence dans un combat. Sur la scène de la concurrence internationale qui oppose les Etats les uns dans la lutte pour la domination et la reconnaissance, dans la quête des marchés et des sphères d’influence, une telle recrue en Afrique est du pain béni. Son anticolonialisme tonitruant est alors un masque qui lui permet de se dissimuler et de servir efficacement, tout en bénéficiant du soutien des populations, les intérêts néocoloniaux et français sans être reconnu comme tel.

Ce choix délibéré du service des intérêts néocoloniaux est d’autant plus pervers que le régime et son chef opèrent dans la ruse en élaborant une stratégie consciente mûrement réfléchie pour abattre les adversaires politiques et se garantir le soutien populaire en vue de leur propre domination ethno-coloniale. Il s’agit alors d’une tromperie systématique des populations dont le maître d’orchestre peut s’enorgueillir en se prévalant d’un surnom caractéristique crânement revendiqué sur les plateaux de télévision. Le décalage entre la proclamation de cet anticolonialisme tonitruant et la pratique concrète que représente le service zélé et scrupuleux des intérêts de l’impérialisme étranger, qu’il soit occidental russe ou chinois, constitue la vérification de notre hypothèse : structuré par la stratégie du mensonge et de la tromperie, l’anticolonialisme et le panafricanisme du président sortant n’étaient que des masques portés à la fois pour ne pas être reconnu comme tel dans le service de la françafrique et pour rassembler derrière soi une clientèle politique et le soutien des populations que le passif de l’histoire dispose à prendre pour argent comptant tout discours anticolonialiste.

Au-delà des apparences le régime a de profondes affinités avec le colonialisme dont il est une variante tropicale. Il est ethno-colonial et prédateur. Il est un agent actif de la françafrique comme en témoigne le réseau de conseillers, dont le fameux Robert Bourgi, qui ont volé à son secours pour justifier juridiquement sa légitimité après le braquage électoral. Il n’est pas panafricaniste car son nationalisme xénophobe s’inscrit parfaitement dans la stratégie du « diviser pour régner » qui sert la politique de balkanisation propice à la domination de l’Afrique par les puissances étrangères. Il est ethno-nationaliste et corrompu. Durant sa magistrature, le régime a ménagé scrupuleusement les intérêts des firmes privées françaises moyennant des rentes. Lieutenant zélé d’un pays important de l’ancienne sphère d’influence française et occidentale, le régime aurait donc dû bénéficier de la même protection et de la même tolérance dont bénéficient toutes les dictatures africaines qui tiennent les lieux au profit des Etats et des firmes privées Française et Occidentales. En Côte d’Ivoire, la tolérance dont bénéficiait ce type de régime a été refusée à Gbagbo. Sa rage est, de ce point de vue, justifiée. Mais elle n’est pas celle d’un révolutionnaire du tiers-monde qui se bat contre l’injustice de la domination néocolonialiste. Elle est celle d’un complice de la domination néocolonialiste qui se sent floué. Cette rage est la réponse à une duperie.

Labertit, Guy

Dès lors, le slogan du complot international ne constitue guère la dénonciation d’une entreprise de déstabilisation et de renversement d’un régime et d’un chef indociles et rebelles à toute domination politique et économique étrangère. En le présentant comme tel, en se donnant le beau rôle, en adoptant la posture de l’anticolonialiste et du panafricaniste victime d’une conspiration internationale, le régime donne sciemment dans la tromperie pour faire diversion après le braquage électoral et pour dissimuler sa rage d’avoir été payé en monnaie de singe par l’associé occidental. Toutes les imprécations contre la France « qui maîtrise notre monnaie, qui instrumentalise les organes de cette Union (UEMOA), pour essayer d’abattre celui [Laurent Gbagbo, NDLR] qu’elle considère comme rebelle à sa politique » _dixit Affi N’guessan_ , traduisent du dépit haineux face à ce qui est perçu comme une ingratitude de l’Etat français. Dans la dénonciation d’une déstabilisation orchestrée par la France et les puissances occidentales, dans la menace de casser l’UEMOA, dans la menace de redistribuer les marchés et les concessions commerciales aux firmes privées des Etats Russes ou Chinois, il faut voir des expressions de colère assorties de chantage. C’est de la part du régime une rage violente qui résulte du sentiment de n’avoir pas été payé justement en retour alors qu’il avait bien fait son travail. C’est la colère de l’employé auquel l’employeur n’a pas versé le salaire dû.

Mais quel est en l’occurrence ce salaire ? Ce salaire est la conservation du pouvoir avec l’aval de la France. La reconnaissance internationale du verdict rendu par le conseil constitutionnel et la validation de son élection, par la France et les puissances Occidentales auxquelles il a fait la part belle dans la distribution des marchés publics et des concessions commercial telle était la rente spécifique qui devait rétribuer le service rendu. C’est pour cela que Gbagbo s’accroche au pouvoir comme à son dû ! Il estime que ce pouvoir lui revient de droit ! D’où son sentiment de se trouver du côté de la légalité et même de la légitimité puisque la manipulation des institutions sur laquelle ses employeurs Français et occidentaux étaient censés fermer les yeux lui permettait justement de donner à cette appropriation illégitime du pouvoir un semblant de légitimité.

Ainsi le sentiment d’avoir été trahi alors qu’il a servi consciencieusement les intérêts occidentaux, la certitude d’avoir subi un traitement à part et donc la conviction d’être l’objet d’une injustice de la part de l’Etat français et des puissances occidentales, constituent les raisons secrètes du slogan du complot international orchestré par la France que le président sortant et son régime agitent pour rallier les populations trompées en vue de la conservation du pouvoir après le braquage électoral. Cet usage pervers du mensonge qui doit en définitive servir à camoufler l’illégitimité et assurer la conservation frauduleuse du pouvoir doit être vigoureusement dénoncé. C’est derrière cet écran de fumée qui sert à dissimuler les affinités profondes du régime avec les milieux d’affaire de la droite française, et avec l’extrême droite politique française, que l’extrémisme criminel centré dans la fausseté prospère. Le spectacle des lobbies français, de tous les bords politiques, accourant pour soutenir un régime garant des intérêts commerciaux des firmes privées et des hommes d’affaires du capitalisme français est significatif de sa collusion avec le néocolonialisme. Cette imposture d’un régime prévaricateur enraciné dans la fausseté instituée, qui se ménage un soutien populaire en se faisant passer pour ce qu’il n’est pas, doit être systématiquement dévoilée. Le régime du président sortant est dangereux parce que sa racine nourricière est la fausseté, le mensonge et la tromperie qu’il revendique d’ailleurs comme son caractère distinctif. Loin d’être, l’héritier le plus doué de la lutte anticolonialiste et du panafricanisme, le régime Gbagbo est une dictature ethno-coloniale pure et simple assise dans la fausseté qui livre, dans l’excès et dans la démesure de la posture du nationalisme et de l’anticolonialisme de façade, un combat d’arrière garde désespéré pour conserver le pouvoir. Le voile du mensonge systématique doit être déchiré pour que le visage grimaçant de l’imposteur apparaisse au grand jour. Le régime incarne le mensonge qui se décline sous diverses formes dans tous les secteurs de la société ivoirienne et qui menace d’en détruire l’identité profonde. Dans la société ivoirienne, de même que sur la scène internationale, il est réprouvé. Le traitement à part dont il a fait l’objet de la part de l’Occident capitaliste n’est pas l’éviction d’un anticolonialiste et d’un panafricaniste qui menace ses intérêts. Est-ce une punition due aux excès du personnage, à sa violence sans borne, à son incivilité et à son imprévisibilité ? Est-ce le règlement final d’un vieux contentieux qui résulte du bombardement de la base française de Bouaké ?

Une chose est sûre. Rejeté par la majorité de la population ivoirienne dans les urnes, le régime Gbagbo est dépourvu de légitimité tant au niveau national qu’international. L’agitation tapageuse d’une minorité tonitruante de partisans payés pour entretenir l’illusion d’un soutien massif de la population ivoirienne à un leader vénéré avec des slogans aussi mensongers que creux et ridicules, est désormais vaine depuis que les urnes ont parlé. Structuré dans l’impudence, la violence sans borne, le mensonge, la tromperie permanente, et le reniement constant de la parole donnée, le régime sortant ne saurait de surcroît, du fait même de cette tare, incarner la Souveraineté du peuple ivoirien ni en constituer le porte-parole devant des instances internationales.
Nous préférons croire dans ces conditions que les fissures qui se font jours, ces derniers temps, dans le front africain, et qui relèvent prosaïquement de la solidarité entre dictateurs tropicaux luttant contre l’intérêt des peuples africains et contre le cours de l’histoire, n’entameront pas la défiance internationale envers le régime. Le respect du verdict des urnes doit être imposé à tout prix en Côte d’Ivoire. Le régime dictatorial et mensonger de Gbagbo qui a perdu les élections présidentielles doit céder la place au vainqueur des élections. Son départ fera jurisprudence et servira à l’inauguration d’un nouveau mode de gouvernance en Afrique où la voix et l’intérêt des peuples compteront désormais.

Alexis D. Kumalo
Durban
Afrique du sud

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Publié par bleble