Pillage de domiciles: Retours douleureux pour les déplacés d’Abobo et d’Anyama

Fuyant les affrontements armés, les populations d’Abobo et Anyama ont été les premières à se déplacer massivement vers d’autres communes du District d’Abidjan ou vers l’intérieur du pays pour se mettre en sécurité. Car l’on se rappelle que c’est dans ces deux localités que les hostilités militaires ont débuté.

La prise du camp commando d’Abobo et celui du 3ème bataillon d’Anyama par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) ainsi que l’arrestation de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, le 11 avril dernier, ont enclenché leur retour au bercail.

Une fois chez eux que de surprises ! Certains ont constaté que leurs domiciles ont été la cible de pillage. Portails, fenêtres et portes fracassés, les vandales ont emporté appareils électroménagers, meubles, vêtements, ustensiles de cuisine, livres, bijoux, articles divers.

« Depuis le début de la crise, je n’avais jamais éprouvé l’envie de partir, craignant que ma maison soit pillée. Malheureusement, l’intensité et la durée des combats étaient telles que le 18 mars 2011, ma famille et moiavons fui pour nous retrouver chez un parent à Koumassi. Le lendemain, mon voisin m’a joint au téléphone pour m’annoncer que ce que je redoutais venait de se produire. Les pilleurs sont venus tout emporter », témoigne M. Dosso Vassouleymana, éducateur au Lycée moderne 2 d’Abobo, habitant l’une des résidences attribuées au personnel administratif logé au sein de cet établissement.

A quelques années du départ à la retraite, ce fonctionnaire se demande comment va-t-il faire pour rattraper tout ce qu’il a perdu dans cette crise. Tous ses cinq voisins qui sont partis dès les premiers crépitements des armes, ont subi le même sort.

Dans le quartier Sogefiha, la prise du camp commando par les Frci a donné le top départ à la série de pillages de domiciles à grande échelle. La cité policière, située près de cet escadron de la gendarmerie nationale, a été la plus grande victime.

Contrairement aux autres habitants, dont les domiciles sont pillés, mais qui tentent de faire des démarches pour éventuellement se réinstaller, aucun policier n’est présent dans ce quartier sinistré. Le pillage de la cité policière a aussi contaminé les maisons basses situées dans les environs. « Les gens venaient et tapaient au portail comme si c’est pour vous rendre visite. Si ce domicile est occupé, ils ne se montrent pas violents et repartent. Mais s’ils s’aperçoivent qu’il n’y a personne, alors le portail est aussitôt brisé et ils ramassent tout ce qui est dans la maison », raconte un témoin dont le domicile est à 100 mètres de la cité.

Un peu plus loin, ce témoin nous indique une villa pillée, mais dont les occupants sont revenus de leur cachette. « Nous ne sommes pas étonnés de la situation. De toutes les façons, en partant d’ici en février, ce qui comptait pour nous, c’était de nous mettre à l’abri à Yopougon. Tout s’est bien passé ; Dieu merci il n’y a eu aucune perte en vie humaine, pour le matériel, nous allons voir comment nous rééquiper », a déclaré le chef de famille Sagoté. Une autre dame, domiciliée au quartier Schneider à Anyama est toujours inconsolable. Sa maison qu’elle a quittée en janvier dernier, n’a pas été épargnée par les malfrats.

Il faut noter que les ex-éléments des Forces de défense et de sécurité (Fds) ont été les plus grandes victimes de ces pillages tant à Abobo qu’Anyama. « Pour oublier définitivement ce malheur, je vais quitter Abobo », a révélé un agent des Eaux et forêt à Avocatier.

Dans le même prolongement, les deux cités universitaires (Abobo 1 et 2) présentent un visage identique à celui de la cité policière.: fenêtres et portes entrebâillées, vitres brisées, des haillons et paperasse donnent des signes de maisons abandonnées aux visiteurs.

Outre les domiciles, des services publics ont essuyé la furia des pillards notamment à Abobo. Il s’agit par exemple de la direction des impôts, de la Caisse nationale de prévoyance sociale, de la direction du ministère de la Construction, de l’urbanisme et de l’habitat. Sans oublier les dégâts causés dans les lycées 1 et 2 d’Abobo. En effet, les bureaux des proviseurs, censeurs, éducateurs, ainsi que des salles spécialisées (reprographie, salle informatique) ont tous été visités. Ces visiteurs anonymes ont emporté du matériel informatique et de bureau ; tout en saccageant les installations électriques, téléphoniques et sanitaires.

En revanche, des surprises agréables attendaient quelques-uns des déplacés. M. Siriki D. fait partie de ce groupe et ne cache pas sa joie. « Depuis février que j’ai quitté la maison je n’en avais pas eu de nouvelle jusqu’à ce que je vienne découvrir aujourd’hui que tout est en place », dit-il très satisfait.

Signalons que depuis la crise post-électorale consécutive à la proclamation des résultats du second tour du scrutin présidentiel du 28 novembre 2010, des combats ont opposé les Fds favorables au président sortant Laurent Gbagbo au groupe de combattants proches d’Alassane Ouattara, président élu. Ces affrontements qui ont débuté le 12 janvier dans les communes d’Abobo et Anyama, ont provoqué le déplacement de milliers de personnes.

ALFRED KOUAME – Fraternité Matin

Photo: ALFRED KOUAMÉ

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