« LA GRATUITE DES SOINS » du Président OUATTARA est elle sabotée dans nos hôpitaux ?

Pour son premier cadeau à la nation ivoirienne, le président de la république son excellence Alassane OUATTARA a décidé d’offrir aux populations les soins gratuits dans nos hôpitaux publics. Ces actes s’étendent à toutes les prestations médicales sur une période déterminée.
Mais aujourd’hui, après quelques semaines du lancement de ce programme d’urgence, force est de constater que ces mesures salutaires pour nos parents rencontrent beaucoup de problèmes dans son application sur le terrain.
Ces problèmes sont :
• le refus de certains centres de santé de recevoir les malades
• la pénurie fréquente des médicaments
• la pénurie fréquente des films de radio
• le manque des réactifs pour les examens biologiques
• Les CHU sont très débordés et très sollicités
• le manque de motivation du personnel soignant
• l’absentéisme du personnel soignant
Depuis 1990, notre système de santé qui est basé sur le paiement à l’acte fonctionne, avec une stratégie d’accès aux soins donnant l’allure d’une pyramide à trois niveaux :
• Niveau 1 : (les centres de santé, les dispensaires et les maternités)
• Niveau 2 : (CHR)
• Niveau 3 :(CHU)
Les demandes de soins doivent obéir au respect strict de cette pyramide pour permettre une bonne prise en charge efficace de nos malades. Pourtant avec la gratuité des soins, nos CHU qui sont au niveau 3 de la pyramide de soins sont très débordés, ce qui pose vraiment de nombreux désagréments au personnel soignant. Certains centres de santé du niveau 1 et 2, qui devraient permettre le filtrage des patients afin de décongestionner les CHU, refusent de jouer leur rôle à cause de cette politique de gratuité. Les directeurs préfèrent tricher en prenant soit un petit nombre de patient par jour pour leur faire bénéficier de la gratuité et le reste des patients subissent malgré eux le racket ou soit, ils sont carrément orient é vers les CHU, c’est ce qui explique la grande sollicitation des CHU.
La pénurie fréquente des médicaments, des produits biologiques et radiologiques dans nos centres de santé en ces périodes de solidarité me parait trop suspect. Bien que la demande des soins soit très élevée actuellement, elle me semble de loin très inferieur à la vitesse de consommation des biens médicaux. Ainsi, ces fréquentes pénuries dans nos centres de soins posent encore l’éternel problème de gestion et du respect des biens publics dans notre pays dans lequel la probité a pris un coup.
Tous ces problèmes que rencontrent les populations demandeuses de soins, me paraissent comme un sabotage de la politique de gratuité de soins de la part de ceux qui sont toujours attachés au paiement des actes dans nos hôpitaux. Ces derniers encouragent par tous les moyens le désordre et le gaspillage dans nos structures afin de pouvoir donner non seulement une mauvaise image de la gratuité mais aussi de produire des factures très élevées sur les dépenses en médicaments consommables et non consommables, ce qui pourra, pousser l’Etat a renoncé à la gratuité au profit du paiement à l’acte dans nos structures hospitalières.
Malgré les vingt ans de paiement aux actes dans nos structures, les taux de mortalités et de morbidités restent encore très élevés avec des équipements médicaux qui sont pour la plus part archaïques et toujours en pannes. Aussi, nos structures de santé sont sales, dégradées et vieillissantes. Le paiement aux actes dans nos hôpitaux n’a fait que créer dans notre pays un niveau de santé à deux vitesses, celle des personnes riches avec de très bons indicateurs de santé et celle des personnes pauvres avec de très mauvais indicateurs de santé. Nous pouvons alors dire que le paiement aux actes appauvrit et crée encore plus de problèmes économiques dans nos ménages. Comme le disait l’économiste de la santé KEGINI, tout comme la maladie rend pauvre, la pauvreté rend aussi malade, c’est le cercle vicieux de la pauvreté.
Ces nouvelles mesures sanitaires profitent non seulement aux pauvres en thème d’accès aux soins mais aussi aux riches qui ne sont presque plus sollicités par leurs parents malades pour pouvoir bénéficier des soins médicaux de qualité dans nos centres.
La gratuité des soins telle qu’elle est pratiquée dans notre pays actuellement, risque de ne pas pouvoir donner les effets escomptés en termes d’amélioration des indicateurs de santé bien qu’elle va engendrer des effets financiers colossaux.
Il ne faut pas augmenter les charges du ministère de la santé, qui est une structure technique de prestations de soins médicaux, chargé aussi du recouvrement des coûts pour organiser encore la politique de gratuité de soins, ceci serait une erreur très grave.
A mon avis, il aurait fallu confier cette charge à une structure indépendante qui coordonnerait toutes ces activités de gratuité de soins dans nos centres de santé. Cette structure permettrait d’éviter cette évaporation flagrante et honteuse des produits consommables, non consommables et radiologiques que nous connaissons tous les jours. Aussi, elle veillerait à la bonne marche du suivi médical des patients. Le gouvernement pourrait ainsi, avoir une idée réelle et fiable des dépenses générées par la gratuité des soins dans chaque centre de santé afin de pouvoir prendre une décision adéquate.
Cette structure pourrait s’occuper des recouvrements de coûts à long terme pour éviter que l’argent circule dans nos hôpitaux, car il faut éviter que l’argent circule dans nos hôpitaux.
Tous les pays développés ont une vision sociale de la santé, c’est-à-dire protéger leurs populations contre le coût de la santé en vue d’avoir des bons indicateurs de santé et de bonnes perspectives économiques.
Même certains pays sous développés comme le notre, ont des politiques de gratuités de soins, ceci marche bien et donne des bons résultats.
Le Bénin offre l’accouchement gratuit et la césarienne gratuite à ses populations, le Burundi offre la gratuité des soins aux enfants de moins de 5 ans et l’accouchement gratuit à ses populations, alors pourquoi la Côte d’Ivoire sous le président OUATTARA n’en ferait pas autant ?
Voulons- nous que la santé soit un droit pour tous les citoyens ou soit une récompense pour certains privilégiés ? Ceci nous amène à réfléchir sur la question d’égalité universelle d’accès aux soins pour tous les citoyens sans que l’état n’ait à donner des bons de prises en charges de soins.
Ces différents pays ont des structures qui achètent des soins pour les offrir à tous les demandeurs de soins dans l’égalité et dans l’équité et ces mêmes structures sont chargées de faire le recouvrement.
Sinon, la gratuité telle qu’elle se pratique actuellement, risque d’être très amère pour nous, et ceci ne sera pas la faute des populations qui ne cherchent qu’avoir la santé mais de ceux qui ont la charge de la gérer sur le plan pratique.
La population ivoirienne qui prouve par son enthousiasme qu’elle adhère à ce projet, doit alors se mobiliser autour du président de la république pour sauver cette politique de gratuité des soins que les affairistes de la santé veulent faire échouer, pour toujours continuer dans leur volonté de ruiner nos populations.
Dommage que le libéralisme en santé ait pris le pas sur le social en santé dans notre pays où la pauvreté est malheureusement galopante et cela doit changer sous le président OUATTARA.
Vive l’ère OUATTARA et que vive le changement.
Dr DIOMANDE Mamadou
Médecin –Economiste
dr_diomande@yahoo.fr
dirrylucky@yahoo.fr

Commentaires Facebook

Les commentaires sont fermés.