France Diplomatie: les leçons de Sarkozy

Nicolas Sarkozy à son arrivée devant les ambassadeurs. (Reuters)

V.V. (avec agences) – leJDD.fr

C’est une tradition. Comme à chaque rentrée, le président de la République a prononcé mercredi un discours à l’ouverture à l’Elysée de la conférence annuelle des ambassadeurs. L’occasion de revenir sur une année chargée en événements internationaux et de s’expliquer sur de nombreux sujets.

La France, et c’est à son honneur, a su prendre l’initiative et montrer le chemin à deux moments décisifs », a déclaré le chef de l’Etat en insistant sur ses efforts pour mobiliser la communauté internationale en Côte d’Ivoire et en Libye. »Pour la première fois depuis 1949, l’Otan s’est mise au service d’une coalition emmenée par deux pays européens déterminés, la France et le Royaume-Uni », a-t-il dit. « C’est parce que nous avions repris toute notre place dans le commandement intégré que cela a été possible », a-t-il ajouté à propos d’une décision effective depuis 2009 qui avait été critiquée par l’opposition et fait grincer des dents au sein de la majorité, notamment chez Alain Juppé avant qu’il ne rejoigne le gouvernement.
Reconnaissance de la Palestine

Nicolas Sarkozy a déclaré mercredi qu’il voulait l’accord de tous les pays de l’Union européenne pour la reconnaissance d’un Etat palestinien, affirmant que les 27 devaient parler d' »une seule voix » dans ce dossier qui sera au coeur de la prochaine assemblée générale de l’ONU. « Les 27 pays de l’Union européenne doivent s’exprimer d’une seule voix. Ensemble, nous devons assumer nos responsabilités. La France (…) va prendre des initiatives, nous voulons l’unité de l’Europe », a déclaré le chef de l’Etat. Les négociations de paix avec Israël étant bloquées, les Palestiniens espèrent obtenir, en principe après le 20 septembre, une adhésion à part entière de leur Etat à l’ONU et début mai, Nicolas Sarkozy avait laissé entendre que la France pourrait reconnaître l’Etat palestinien à l’automne en assurant qu’elle « prendra(it) ses responsabilités » si le processus de paix n’était pas relancé d’ici là. Le président a de nouveau souhaité un changement de la « méthode de négociation ». « Le rôle des Etats-Unis est incontestable et irremplaçable (…) mais ce n’est pas critiquer nos amis américains que de dire qu’ils ne peuvent pas réussir seuls, il faut élargir le cercle de la négociation » à l’Europe, a-t-il souligné.
En Syrie, Assad a commis « l’irréparable »

« Le pouvoir à Damas aurait tort de croire qu’il est protégé de son propre peuple. Le président syrien a commis l’irréparable. La France, avec ses partenaires, fera tout ce qui est légalement possible pour que triomphent les aspirations du peuple syrien à la liberté et à la démocratie », a affirmé Nicolas Sarkozy.
Pas de « capitulation » en Afghanistan

« A ceux qui appellent à un départ immédiat comme d’autres parlaient de capitulation immédiate, je veux dire que nous n’avons pas le droit, pour notre sécurité et pour l’histoire que nous partageons avec les Afghans, de partir en laissant le chaos », a déclaré M. Sarkozy en ouvrant à Paris la conférence annuelle des ambassadeurs de France. Comment « imaginer la France seule laissant ses 47 partenaires alors même que la décision a été prise il y a dix ans par Lionel Jospin et par Jacques Chirac? Est-ce qu’on imagine la France partir comme ça? », a-t-il insisté. « Ce que nous avons entendu sur cette question d’Afghanistan n’est pas toujours à l’honneur de ceux qui ont prononcé des jugements sans connaître », a poursuivi Nicolas Sarkozy en visant plusieurs candidats à la primaire socialiste favorables à un retrait anticipé des quelque 4.000 soldats français actuellement déployés en Afghanistan. Il les a comparés aux partisans de la « capitulation immédiate » en 1940.
Les Printemps arabes

« Ces peuples, ces jeunes ont montré qu’il y a des valeurs universelles, et la démocratie au premier rang de celles-ci », a-t-il expliqué le chef de l’Etat en abordant la question des Printemps arabes. « On a parfois comparé ce séisme démocratique à la chute du mur de Berlin et à l’effondrement du bloc communiste. C’est vrai pour l’importance historique. C’est vrai aussi pour la cécité de ceux qui ne voulaient pas voir que les Européens de l’est avaient les mêmes droits à la liberté que les Européens de l’ouest, et ceux qui ne voulaient pas voir que les peuples arabes avaient les mêmes droits à la liberté que les peuples d’Occident », a également assuré le président.

Toutefois, selon lui, il y a « trois différences qui rendent la suite des événements plus complexes encore que ce que fut pour l’Europe de l’est l’après-chute du mur de Berlin ». « La première différence est démographique: les pays de l’empire soviétique avaient achevé leur transition démographique. Ceux du monde arabe s’y engagent seulement » et « chaque année arrivent sur le marché du travail, des millions de jeunes souvent diplômés », a-t-il expliqué. La deuxième a trait à la religion. « La religion demeure une référence centrale: tout l’enjeu des printemps arabes est de montrer par l’exemple que l’affirmation de ces valeurs démocratiques ne s’opposent pas à l’islam », a déclaré Nicolas Sarkozy. Enfin, « pour les pays d’Europe centrale et orientale, le chemin à suivre était tout tracé, c’était l’intégration européenne. Au sud de la Méditerranée, rien de tel, c’est dire l’importance des partenariats à développer dans le respect de l’indépendance et de la souveraineté » des pays arabes, a-t-il ajouté.
L’Iran pourrait être touché par une attaque préventive

« Ses ambitions militaires, nucléaires et balistiques constituent une menace croissante qui pourrait conduire à une attaque préventive contre les sites iraniens, qui provoquerait une crise majeure dont la France ne veut à aucun prix », a déclaré Nicolas Sarkozy en abordant la question du nucléaire militaire en Iran. Israël est régulièrement cité par la presse et les experts comme le pays le plus susceptible de lancer une telle attaque contre des sites iraniens, si Téhéran était considéré comme proche de produire des armes nucléaires. « L’Iran refuse de négocier sérieusement. L’Iran se livre à de nouvelles provocations. Face à ce défi, la communauté internationale doit apporter une réponse crédible. Elle le peut si elle fait preuve d’unité, de fermeté et que les sanctions sont plus dures encore. Nous aurions tort d’en sous-estimer les effets qui sont chaque jour plus perceptibles », a-t-il affirmé.
La règle d’or : « Tout le monde sera gagnant »

« Reconnaissons qu’une affaire aussi importante que l’équilibre des comptes de notre pays dépasse, et de loin, la gauche et la droite, la majorité et l’opposition, le nom de tel président ou le nom de tel candidate, c’est une affaire d’intérêt général », a estimé Nicolas Sarkozy lors de son discours devant les ambassadeurs. « Est-ce que chacun de nous est prêt à s’élever au-dessus, au-delà de ses convictions au service de l’intérêt général ? », a-t-il demandé. « Ce qu’on est capable de faire dans les autres démocraties européennes, pourquoi la France serait incapable de l’assumer ? », a insisté le chef de l’Etat en rappelant qu’une mesure identique avait déjà été adoptée en Allemagne et venait de l’être en Espagne, à l’initiative du Premier ministre socialiste José Luis Zapatero. « Tout le monde sera gagnant », a-t-il estimé, « il ne s’agit pas de la victoire de l’un sur l’autre, il s’agit d’une décision européenne mûrement réfléchie ». « Je ne doute pas, compte tenu de la qualité des acteurs en France, que chacun, après y avoir mûrement réfléchi, considérera que l’intérêt de notre pays dépasse, et de loin, l’intérêt de son parti », a ajouté le président.
Le G20 et la croissance

C’est le prochain grand rendez-vous pour la France. Les 3 et 4 novembre prochains, Cannes accueillera un sommet des chefs d’Etat et de gouvernement du G20. Et pour Nicolas Sarkozy, la conférence des ambassadeurs a été l’occasion de donner quelques pistes pour les futures discussions. « Ce que nous voulons, c’est qu’à Cannes, le G20 se mette d’accord sur un plan d’action pour la croissance, comprenant des engagements précis et concrets des principales économies », a-t-il déclaré. Le chef de l’Etat a également mis en garde contre le risque de récession provoqué par des mesures d’austérité généralisées. « Des politiques de rigueur au niveau mondial seraient pires que le mal. Elles menaceraient la reprise et risqueraient de nous replonger dans la récession. La réduction des déficits et des dettes, qui est indispensable, doit être graduelle et surtout crédible », a déclaré le président. « Pour créer des emplois il faut de la croissance … pour réduire les déficits et les dettes, il faut de la croissance », a-t-il insisté.

V.V. (avec agences) – leJDD.fr

Commentaires Facebook