La leçon de Dakar

Youssou Ndour

La tenue sans heurt de l’élection présidentielle, pourtant précédée d’un climat politique des plus tendus, au Sénégal, a surpris plus d’un. Rien n’indiquant l’issue heureuse de celle-ci. Le bénéfice qu’en tire le continent, où les valses de la démocratie donnent le tournis à bon nombre d’observateurs et d’acteurs de la scène politique en Afrique, est énorme.

Le pays de Léopold Sédar Senghor, dans ce << tourbillon>>, apparaît comme l’un des pays les plus à même à mettre au pas, ceux qui traînent les pieds, pour les voir se hisser, eux aussi, au niveau des démocraties dignes d’intérêt, d’admiration . Pari, en définitive, pas impossible à ténir pour ces pays. Comme dans tout apprentissage, les règles à suivre devant l’être, pour arriver, de façon scrupuleuse.

D’aucuns diront, qu’en la matière, il n’y a pas de leçons à recevoir des autres, ou à ingurgiter aux peuples qui, maintenant, en expriment ardemment le besoin. Les améliorations viennent d’elles-mêmes. Loin s’en faut.

Le Sénégal, en tous cas, en a donné sa part de vérité. Il vient de nous administrer une belle leçon de démocratie. Pour ce faire, point de miracle. La recette, valable en toutes circonstances, est bien simple: partis politiques, société civile et élite du pays se doivent d’être responsables. Foudroyants antidotes ainsi; ils le sont, contre les excès des tenants du pouvoirs, les putschs et autres velléités sordides de s’emparer du pouvoir, auxquels sont exposés les pays aux acquis démocratiques indéniables. En somme, le remède infaillible pour l’enracinement de la culture démocratique en Afrique, encore au stade de balbutiement.

Ainsi, pour contrer les visées d’Abdoulaye Wade, 85 ans, au faîte de sa roublardise en fin de règne qui, à la tête du pays, a passé le plus clair de son temps à vouloir tordre le cou à la constitution, les sénégalais, comme un seul homme, se sont mobilisés et lui ont barré, de façon énergique, la route du 3è mandat, qu’il s’est proposé de faire, en dehors de toute logique institutionnelle. Et le monde a vu: des partis politiques responsables, une société civile à la hauteur de la situation et une élite acquise à la cause du pays.

On peut donc comprendre que les partis politiques, la société civile et l’élite d’un pays constituent les bases même de la démocratie. Aucun apprenti autocrate ni même le plus rusé des dirigeants ne peut tenter de les détruire, au risque de se faire emporter lui-même. Le peuple est souverain. Le pouvoir, tout le pouvoir lui émane. Abdoulaye Wade qui a feint de l’oublier, aura compris qu’on ne triche pas avec lui.

De l’ancien opposant adulé ( même des africains ) qu’il fût, il a fini pyromane, ivre de pouvoir, ou il a été porté, en 2002, par les sénégalais qui ont crû en son programme, baptisé Sopi ( le changement ). Alioune Tine (1), coordinateur du M.23 dit: << jusqu’en 2004, le président Wade a tenu ses engagements qui consistaient à promouvoir la bonne gouvernance et les droits humains. C’est d’ailleurs sous sa présidence que la peine de mort a été abolie. le fait aussi qu’il ait investi dans le développement des infrastructures, la modernisation de Dakar et la modernisation de l’État est une chose positive. Et les gens le reconnaissent. Mais après 2004, son pouvoir a connu une dérive monarchique. Il a tenu coûte que coûte à promouvoir son fils Karim, de façon à ce qu’il lui succède le moment venu. C’est à partir de ce ce moment qu’ Abdoulaye Wade a renoncé à promouvoir les droits humains. Conséquence: Tout le volet inhérent aux droits humains et à la bonne gouvernance a été oublié. Cela a fait que les détournements de fonds sont devenues légion. L’impunité s’est généralisée de façon choquante. La justice fonctionne selon la règle de deux poids deux mesures. Aujourd’hui’ hui, Abdoulaye Wade paye très cher le reniement de ses engagements >>.

Passée l’épreuve Wade, à Macky Sall, le nouveau président, de faire que les sénégalais soufflent et scrutent l’avenir avec plus de sérénité que sous l’ère Wade.
Bien que truffée de saccades, qui ont fait douter de sa vitalité, la << valse sénégalaise >> est bel et bien joyeuse. Il n’y a pas de mal à en esquisser les pas. Risque de trébuchement ? Non, en s’appliquant, tels les enfants du pays de la Téranga. Bravo… le Sénégal ! Bonne route.
nmargueritealphonse
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(1)_ Interview. El Watan 09/05/2012.

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