Côte d’Ivoire: premier anniversaire et bilan mitigé pour la réconciliation

Le 13 juillet 2011, le président de la Côte d’Ivoire Alassane Ouattara signait un décret pour créer la Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR). Une année après, le bilan de l’institution est peu probant. Il semblerait qu’il soit trop tôt pour que les plaies du conflit que le pays a connu à la suite des élections présidentielles disputées de novembre 2011 puissent s’effacer. Le conflit avait opposé les forces pro Laurent Gbagbo, le président de l’époque, et les forces pro Alassane Ouattara, le leader de l’opposition reconnu par la majeure partie de la communauté internationale, comme le vainqueur des élections.

Le président Alassane Ouattara, issu du Rassemblement des républicains (RDR), a créé la Commission dialogue, vérité et réconciliation dès sa prise de fonctions. La CDVR a pour mission de réconcilier la société ivoirienne marquée par la grave crise post-électorale de 2011, en œuvrant à la cohésion sociale entre toutes les communautés. En effet, le bilan officiel fait état de plus de 3 000 morts, de milliers de personnes disparues, de centaines de milliers de personnes déplacées ou sans-abri et de nombreuses infrastructures détruites. La mise en place de la Commission a eu lieu le 28 septembre 2011 mais elle a ensuite mis plusieurs mois à définir ses méthodes de travail. Elle doit normalement travailler selon plusieurs grands axes de réconciliation : élaborer une typologie des violations des droits de l’homme commises, rechercher la vérité et situer les responsabilités, entendre les victimes et confronter les coupables, encourager l’avènement d’une société réconciliée et démocratique.

A mi-parcours, puisque la CDVR a une mission de deux ans, le bilan est mitigé de l’avis de plusieurs observateurs. Lors d’une interview accordée à la radio de la Mission des Nations unies en Côte d’Ivoire, Charles Konan Banny, ancien Premier ministre qui préside la Commission, a lui-même fait le constat que « l’idée de créer la Commission est peut-être venue trop tôt » et que « les esprits ont commencé à se réarmer. » Le fait que la trajectoire et les méthodes de la CDVR soient toujours difficiles à cerner n’est pas le seul problème. Selon une source interne à l’institution, la CDVR est coincée entre les responsables politiques au pouvoir qui encouragent sa mission sans pour autant lui accorder les moyens nécessaires, et l’opposition qui attend peu de choses de cet organe, c’est-à-dire le Front populaire ivoirien (FPI), le parti de l’ancien président Laurent Gbagbo. Certains Ivoiriens estiment qu’il faut laisser plus de temps à la Commission pour établir des bases réelles de réconciliation tandis que d’autres jugent que son bilan est simplement négatif.

Alors que le décret qui a fait naître la CDVR fête son premier anniversaire aujourd’hui, le gouvernement rencontre officiellement pour la première fois les dirigeants du Front populaire ivoirien, par le biais du Premier ministre Jeannot Kouadio Ahoussou, afin de relancer le processus de réconciliation après un fort regain de tensions en juin. Paradoxalement, c’est Charles Blé Goudé, un proche de Laurent Gbagbo parti en exil, qui donne de la visibilité au CDVR depuis quelques jours. Il vient, à deux reprises, de manifester le souhait de rencontrer Charles Konan Banny en Afrique du Sud pour évoquer l’avenir de la Côte d’Ivoire.

Sources: RFI/affaires-strategiques.info

Ce que Ouattara attend de Banny – L’ordonnance du 13 juillet 2011

Ce que Ouattara attend de Banny C’est par l’ordonnance N° 2011-167 du 13 juillet 2011 que la Commission dialogue, vérité et réconciliation (Cdvr) a été créée par le président de la République, Alassane Ouattara. Nous vous proposons le chapitre 2 relatif aux attributions. En fait ce que le chef de l’État attend du réconciliateur en chef.

Soir Info

Chapitre II : Attributions

Article 5 : La Cdvr a pour mission d’œuvrer en toute indépendance à la réconciliation et au renforcement de la cohésion sociale entre toutes les communautés vivant en Côte d’Ivoire.

Ace titre, elle est chargée :

– d’élaborer une typologie appropriée des violations des droits de l’homme susceptibles d’être l’objet de ses délibérations ;

– de rechercher la vérité et situer les responsabilités sur les événements sociopolitiques nationaux passés et récents ;

– d’entendre les victimes, obtenir la reconnaissance des faits par les auteurs des violations incriminées et le pardon consécutif ;

– de proposer les moyens de toute nature susceptibles de contribuer à guérir les traumatismes subis par les victimes;

– d’identifier et faire des propositions pour leur réalisation des actions de nature à renforcer la cohésion sociale, l’unité nationale ;

– d’identifier et faire des propositions visant à lutter contre l’injustice, les inégalités de toute nature, le tribalisme, le népotisme, l’exclusion ainsi que la haine sous toutes leurs formes ; d’éduquer à la paix, au dialogue et à la coexistence pacifique ;

– de contribuer à l’émergence d’une conscience nationale et à l’adhésion de tous au primat de l’intérêt général ;

– de promouvoir le respect des différences et les valeurs démocratiques.

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