Exclusif AN 1 de Lider « Sans l’arrêt de la violence, on ne peut pas dire qu’on va à la réconciliation »

Tant qu’on n’a pas arrêté d’écrire la page de la violence, on ne peut pas dire qu’on va à la réconciliation »

A l’occasion de la première année d’existence de Liberté et Démocratie pour la République (LIDER), le président du parti, le Pr. Mamadou Koulibaly, a accordé une interview dense et sans ambage à LIDER News. Lors de cet entretien qui claque, il dresse le bilan de l’An 1 de LIDER, décortique les préoccupations des Ivoiriens, dénonce les incessants voyages du chef de l’Etat qui immobilisent la Côte d’Ivoire, partage sa vision pour la Côte d’Ivoire de demain, propose des solutions concrètes pour la réconciliation et le developpement du pays. De l’abattoir de Port-Bouët à l’interdiction pour le chef de l’Etat de se faire soigner à l’étranger, de la violence médiatique à la vocation panafricaine de son parti: Mamadou Koulibaly parle de tout, à coeur ouvert. Une exclusivité de l’édition n°5 de LIDER News sur Connectionivoirienne.net.

An 1 de LIDER :
Mamadou Koulibaly à cœur ouvert

14 juillet 2011 – 14 juillet 2012 : LIDER a aujourd’hui un an. Un an que vous avez mis au grand jour votre ambition de diriger un jour la Côte d’Ivoire par la mise en place de votre parti, d’un programme de gouvernement… Aujourd’hui, quel bilan faites-vous des activités de LIDER ?

Il ne faut pas interpréter la création de LIDER comme l’ambition de Koulibaly de diriger la Côte d’Ivoire. LIDER, je l’ai dit et je le répète, a été créé pour donner aux Ivoiriens la possibilité d’avoir chacun une ambition pour la Côte d’Ivoire, mais une ambition de modernité, de démocratie, de liberté et surtout une ambition de construction d’une nation à travers la République. L’instrument est créé, n’importe lequel des militants pourrait l’utiliser ou s’appuyer dessus pour être président de la République, pour diriger la Côte d’Ivoire. C’est un esprit que LIDER cultive. Qu’au moment de l’accession de LIDER au pouvoir, ce soit avec Mamadou Koulibaly, c’est tant mieux, et que ce ne soit pas avec Koulibaly mais avec n’importe lequel des militants, dirigeants ou cadres de LIDER, c’est tant mieux aussi. Donc il faut bien retenir, ce n’est pas un instrument pour que Koulibaly devienne président. C’est un instrument de modernisation du pays. Tous les cadres qui viennent militer à LIDER, toutes les personnes qui viennent travailler avec LIDER doivent se dire que les idées de LIDER sont modernes et sont capables d’apporter aux Ivoiriens, un discours, une démarche de paix, de reconstruction et de modernité à travers la sortie de l’enfer triangulaire que l’on a subi depuis trop longtemps, cette cristallisation autour de trois pôles Bédié-Gbagbo-Ouattara, qui sont des pôles devenus très conflictuels se bloquant les uns les autres et étouffant la Côte d’Ivoire avec des conflits incessants depuis la mort de Félix Houphouët-Boigny. LIDER a été créé pour offrir aux Ivoiriens une porte de sortie de ce triangle infernal. A côté de cela, le bilan d’un an, c’est l’espoir que LIDER a apporté à de nombreux militants et à de nombreuses personnes qui, parfois même sans avoir adhéré, encouragent LIDER par leurs mots, leurs lettres, leurs cotisations, leurs sympathies. Beaucoup de gens ont compris à travers LIDER que les portes et les fenêtres n’étaient pas fermées et qu’il y avait de l’espoir. Le deuxième élément positif pour LIDER, depuis sa création, a été de mettre en face du gouvernement et du président de la République une force d’opposition qui désire autre chose que la guerre, la rancune, la vengeance et la rancœur et qui est donc capable de critiquer au quotidien les pratiques du gouvernement et de proposer, pour chacune des critiques, des alternatives qui vont dans le sens de la cohésion nationale, de la recherche du bonheur et de la prospérité par les Ivoiriens, sans insulter qui que ce soit, sans se fonder sur un groupe tribal ou un groupe ethnique, sans se fonder sur une religion et sans non plus avoir comme objectif la destruction de l’autre. Autre élément de bilan : nous avons parcouru le milieu social, rencontré les centrales syndicales, nous sommes allés dans les quartiers pour rassurer les gens et leur dire que si le coût de la vie est élevé, c’est par la politique, c’est par la mobilisation, c’est par la bonne compréhension des raisons qui provoquent cette cherté de la vie qu’on peut réussir à faire changer les choses. Mais que ce n’est pas en restant à la maison, en se morfondant et en attendant que la solution tombe du ciel qu’on va arriver à changer cela. Nous sommes allés dans les villages, nous avons parcouru de nombreuses régions de Côte d’Ivoire pour expliquer les raisons de la création de LIDER aux populations, puis prendre les conseils aussi bien à Koun-Fao qu’à Gueyo, à Anyama qu’à Sikensi, à Bouaké qu’à Yamoussoukro. Nous sommes passés et nous continuons de tourner. Chaque jour qui passe, le nombre d’adhérents à LIDER ne cesse de grossir et ce sont de bonnes perspectives. Nous avons présenté LIDER aux Ivoiriens, nous avons présenté LIDER au corps diplomatique ainsi qu’à la communauté internationale. Nous avons participé fortement au dialogue avec le gouvernement pour montrer qu’on ne peut pas aller à la réconciliation si on ne se parle pas. Nous avons eu un siège, nous avons du personnel bénévole permanent qui y travaille, nous avons un site web, nous avons une page Facebook, un compte Twitter, nous avons une newsletter, l’information circule. Nous offrons aux Ivoiriens des alternatives pour s’informer qui ne sont pas celles passionnées et violentes que d’autres privilégient. Nos ambitions sont ancrées sur de fortes convictions, qui font que malgré les difficultés, nous avons la force d’avancer.

Quelles sont vos perspectives à court, moyen et long terme ?

A court terme, le gros dossier, c’est de continuer tout de suite l’implantation du parti dans Abidjan et à l’intérieur du pays. C’est le chantier principal et immédiat. A moyen terme, c’est de renforcer la coopération internationale de LIDER avec les partis politiques frères africains, européens et américains. Recruter des cadres politiques ivoiriens et non ivoiriens, parce que LIDER a une vocation panafricaine. Nous ne sommes pas un parti dans lequel il y a un ‘’I’’ qui désigne la Côte d’Ivoire. Nous, c’est Liberté et Démocratie pour la République et ceci est valable pour tous les pays africains. La Côte d’Ivoire est un point de départ et donc tous les Africains qui le souhaitent peuvent militer à LIDER pour qu’ensemble, nous forgions l’esprit de la République, de la Démocratie et de la Liberté. Consolider les installations à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Voir aussi avec des cadres de LIDER pour que ceux qui peuvent participer aux élections municipales ou régionales se préparent pour y aller et commencent à raffermir les bases de LIDER sur leur terrain, parce que ce sont les militants qui votent pour le parti. Enfin, à long terme, pour un parti politique, l’objectif c’est l’échéance électorale présidentielle. Cela signifie nous préparer, chercher des financements, obtenir le maximum d’adhésions, recruter de très nombreux cadres afin d’être prêts pour affronter Ouattara en 2015.

Le président de la République dit vouloir faire de la Côte d’Ivoire un pays émergent à l’horizon 2020, pour cela beaucoup d’efforts sont en train d’être faits tant économiquement qu’au plan social et des infrastructures. Pourtant, lors du bilan de l’an 1 d’Alassane Ouattara, vous avez dépeint un tableau sombre de la gestion de l’actuel gouvernement. Pour vous, qu’est-ce qui reste à faire ?

C’est vrai qu’il y a eu beaucoup de choses réalisées en matière de voirie. On a vu les routes faites à Cocody pour préparer des voies de passage après la mise en place des travaux qui vont se faire autour du 3ème pont. Mais quand vous sortez d’Abidjan et que vous allez à PK 18 et la sortie d’Anyama, il n’y pas de route. Quand vous sortez d’Abidjan et que vous arrivez entre Lakota, Gagnoa, Soubré et Guéyo, il n’y a pas de route. On fait 60 km en cinq heures. A côté d’ici, il suffit de sortir de la voie qui a été faite par le ministre des infrastructures pour aller chez lui, et dès que vous dépassez Adzopé, entre Agnibilékro et Abengourou, c’est la catastrophe. Tout est à faire, et le peu qui a été fait à Abidjan est très insuffisant par rapport aux grands chantiers annoncés et aux propositions que le candidat, président aujourd’hui, nous faisait. Quand vous arrivez à Abobo-Gare ou à Abobo derrière rail, si vous allez à Kabolokaha ou à Bin Houin, à Duékoué, vous sentez qu’il y a non seulement de la pauvreté, mais aussi de la violence, de la désespérance. Il y a encore des gens qui attendent des centres de santé, des gens des écoles, des infrastructures… L’administration n’est pas du tout redéployée dans la plupart de ces zones de Côte d’Ivoire. On a des préfets certes, mais les com-zones locaux ou les responsables des FRCI restent encore les autorités les plus influentes. On est très loin du désarmement. On dit que le calme est revenu. Pour nous qui sommes à Abidjan-Cocody, on a l’impression que le calme est revenu, mais quand vous quittez Abidjan pour Bouaké ou Katiola, les coupeurs de route sévissent ; quand vous allez à Toulepleu, c’est encore de la violence ; quand vous êtes entre Bouna et Bondoukou, c’est aussi du grand banditisme. On est très loin de l’accalmie. On dit qu’il y a plein de jeunes dans la rue, pourtant l’Accord de Ouagadougou disait de faire le service civique : on n’a pas l’impression que c’est fait ! On ne sait même pas exactement combien de jeunes il faut désarmer. Le ministre de la défense-président de la République dit qu’il en a 30.000, le service qui gère ce dossier du coté des Nations Unies parle de plus de 80.000 ex-combattants. Quand vous regardez le déficit public de l’Etat, malgré les appuis budgétaires qui arrivent de l’Union Européenne et des autres partenaires, on n’a pas l’impression que le gouvernement arrive à s’en sortir, tellement il y a du gaspillage, tellement il y a des détournements, tellement il y a du vol. Ils disaient que les refondateurs étaient des voleurs, mais en ville, les gens racontent que ça détourne, ça vole avec les mains et les orteils, c’est un pillage sans pareil et sans que le président ne dise quoi que ce soit. Il ne punit pas, il ne pourchasse pas, lui qui avait mis de grandes pancartes en ville pour dire qu’avec lui tout allait changer. On se rend compte qu’en effet, ça a changé : c’est beaucoup plus grave encore qu’avec les régimes précédents. La mauvaise gouvernance est érigée en vertu sous Ouattara. Ça demande à être réglé. Les seuls dossiers sur lesquels le gouvernement avance, ce sont ceux qui ont été pensés, conçus et préparés par les régimes précédents, mais qui n’ont pas bénéficié de financement parce que le pays était mélangé – Dieu sait par qui ! Après l’installation de ce gouvernement, les appuis budgétaires sont venus pour régler ces questions. Tous les dossiers, tous les programmes qui ont été pensés par ce gouvernement aussi bien au Golf Hôtel qu’après son investiture, n’ont pas été réalisés. Nous on l’a dit, vous avez trouvé que c’était trop sévère, mais lors du dernier conseil des ministres, si je m’en tiens à ce que la presse rapporte, le président lui-même a reproché à son gouvernement de ne pas assez travailler. Mais nous sommes dans un régime présidentiel, ce n’est donc pas le Premier ministre qu’il faut accuser de ne rien faire, c’est le président de la République. C’est lui le chef de l’exécutif, c’est lui qui a l’entièreté du pouvoir en main, il est le patron de la justice, patron de l’armée, patron du gouvernement, il fait les lois concomitamment ou en concurrence avec le parlement. C’est un hyper-président. Si ça ne marche pas, c’est lui qui est en cause et je crois que les Ivoiriens doivent comprendre que c’est sa propre incapacité qu’il présente. Il ne faudrait pas qu’il déplace cela sur d’autres. Il est le premier responsable de l’Exécutif. Et puis, c’est facile de dire que c’est la faute du gouvernement. Vous savez combien de voyages Monsieur Ouattara a fait en un an de pouvoir ? Si vous comptez, il en est à 35 voyages au jour où nous sommes. Comment peut-il être président de la République de Côte d’Ivoire et passer son temps à jouer au commis voyageur ? Avec quelles retombées ? En régime présidentiel, si un président de la République n’est pas là, ni le parlement, ni le gouvernement ne peuvent travailler. C’est donc lui et lui seul la cause de l’immobilisme, voire de la régression de la Côte d’Ivoire.

Quelle approche préconisez-vous au président de la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation, le président Charles Konan Banny, pour réconcilier les Ivoiriens ?

Je pense que ce sont des gens sérieux et respectables qu’on trouve dans cette commission. Mais quand vous n’avez pas de méthode ni d’objectifs clairement établis et que le travail qui vous a été confié n’est pas clairement défini, vous pouvez être compétent, mais vous n’irez nulle part. Le plan de travail que Charles Konan Banny nous a présenté ne peut être réalisé en deux ans, malgré toute sa bonne foi. On ne sait pas si cette commission sera là pour juger les gens. Si elle juge, est-ce que le bourreau et la victime vont se rencontrer ? S’expliquer l’un et l’autre ? Se demander pardon ? Est-ce que la justice va condamner, et puis gracier après ? Est-ce que toutes les périodes, tous les criminels sont concernés? Pour le moment on ne sait pas et ça traîne, alors que la réconciliation est un processus long. Deuxièmement, il sera difficile pour Monsieur Banny de réconcilier tant qu’on n’aura pas cessé de se battre. La réconciliation vient après la prise de conscience que les bagarres ne sont pas bonnes. On arrête les bagarres et on se remet à se parler. Or, pendant que lui parle de réconciliation, la guerre continue. Elle est violente, elle se fait à travers les médias, elle se fait à travers les procureurs, elle se fait à travers les tentatives de déstabilisation selon le gouvernement, et de répression selon les opposants. Tant qu’on n’a pas arrêté d’écrire la page de la violence, on ne peut pas dire qu’on va passer à la réconciliation. Malheureusement la CDVR n’est pas encore arrivée à convaincre les différents protagonistes du triangle infernal qu’il faut arrêter la violence. A l’époque, nous lui avons suggéré de demander une modification de l’ordonnance qui porte sa création, de venir avec sa stratégie de réconciliation devant le parlement, de déposer une loi avec une sorte de charte qui va organiser le processus de réconciliation et de confier à l’Assemblée nationale le soin d’adopter cette loi. Chaque député prendrait la loi pour aller dans sa circonscription préparer les travaux de l’Assemblée nationale en commission : dans chaque département, chaque parlementaire ira exposer le contenu de la loi, obtenir l’adhésion des populations qui, dans chaque contrée, comprendront que la réconciliation est devenue un problème crucial et que quelque chose est en train d’être préparé à Abidjan pour cela. Si à Soubré, Duékoué, Odienné, San Pedro, Bondoukou, Korhogo, Gagnoa, Aboisso et partout, les députés expliquent aux populations que voilà la loi qu’ils sont en train d’étudier, voilà la stratégie proposée et demandent l’avis du peuple, les populations vont s’approprier cette réconciliation ; les victimes et les bourreaux commenceront à se préparer pour dire que le moment est peut-être venu de se parler. Puis, les députés, après avoir écouté et consulté tout le monde, reviendraient répercuter ces débats au sein de l’Assemblée nationale. Les commissions en charge amenderaient la loi, qui serait ensuite adoptée en plénière. A partir de ce moment là, la légitimité de la CDVR ne dépendra plus du calendrier électoral du président de la République. La CDVR sera une autorité indépendante, qui ne recevra alors instruction de personne et à ce moment, on peut engager un processus de justice transitionnelle : une justice qui permet à la victime d’accuser le bourreau, au bourreau de reconnaître ses forfaits et puis à la justice de punir ou de pardonner. Mais au moins, chacun a reconnu son tort. Avant tout cela, à LIDER nous pensons que les hommes et les femmes qui font la politique en Côte d’Ivoire devraient collectivement reconnaître qu’ils sont coupables et que se sont eux qui ont fait du tort à la Côte d’Ivoire. Que le Pdci, le Fpi, le Rdr et le Mfa ainsi que tous les signataires de l’Accord de Linas Marcoussis se mettent ensemble pour se dire à eux-mêmes qu’ils ne cherchent pas à savoir qui a tort ou qui a raison, et qu’ils reconnaissent tous et devant tous qu’ils ont fait du mal à leur pays et demandent pardon au peuple ivoirien pour les dommages causés par le jeu politique approximatif, violent, haineux et tribaliste qu’ils ont mené. Une fois que ceci est fait et qu’on admet que c’est la politique qui est la source du conflit, on peut passer à la seconde phase en allant avec la loi à l’Assemblée et s’engager à faire la réconciliation selon une procédure claire et débattue au parlement. Si on ne le fait pas, on va passer le temps à aller parler à aux populations, alors que la source du mal est connue : c’est l’instrumentalisation par les hommes politiques des groupes ethniques, l’instrumentalisation des religions, l’instrumentalisation des régions.

Vous avez demandé récemment un statut de l’opposition au gouvernement. Est-ce que vous ne vous sentez pas esseulé dans ce combat ?

Je suis habitué à ce type de prêche dans le désert. Mais par expérience, je sais qu’à un moment donné, la classe politique prend toujours en compte mes revendications en se disant que, peut-être que quelque part, on aurait dû écouter Mamadou. Il est difficile de faire la politique sérieusement et bien quand elle devient une activité dangereuse. Aujourd’hui, il y a de nombreux cadres qui voudraient faire de la politique, mais ils ont tous peur. Il y a de nombreuses populations qui voudraient également faire de la politique, mais elles ont peur. Parce que c’est un travail dangereux. Quand on y entre, on ne pense qu’à une seule chose, on peut mourir à tout moment parce que d’autres y entrent pour tuer ceux d’en face. Or, le statut de l’opposition a pour vocation de montrer aux Ivoiriens que la politique se fait plus facilement à travers les partis politiques. Un parti politique n’est pas un gang de tueurs, ni un gang de putschistes, ce n’est pas non plus un groupe organisé pour aller arracher le pouvoir, mais c’est une force de proposition qui a une vocation de service public, qui éclaire chaque jour ce qui doit être fait pour la collectivité, pour assurer le bonheur des Ivoiriens. Ce ne sont pas les partis politiques qui vont construire le bonheur, mais ils vont créer les conditions pour que chaque Ivoirien construise son bonheur, en critiquant le gouvernement, en mettant en place des programmes de gouvernement. Mieux, un parti politique, qu’il soit au pouvoir ou dans l’opposition, a des droits et des obligations. On n’a pas, parce qu’on fait la politique, le droit de faire n’importe quoi ! Et parce qu’on fait la politique, on n’a pas l’obligation de subir n’importe quoi aussi. Une fois que ces règles sont établies et qu’elles sont intégrées dans l’esprit de ceux qui font la politique aussi bien que dans l’esprit du public, les hommes et les femmes qui font la politique comprendront qu’ils sont au service des populations et dans ce service là, il y a des choses qu’ils ne doivent pas faire. Ils n’ont pas à tuer les populations, ils n’ont pas à conduire les populations au suicide, mais à tout faire pour les protéger. Ce n’est pas aux populations de protéger les hommes politiques. Mais pour ça, il faut un statut de l‘opposant. En même temps qu’il y a la loi sur les partis politiques, pour compléter cette loi, il faut constitutionnaliser certains aspects, il faut réglementer l’accès aux médias d’Etat pour les partis politiques. Ce n’est pas parce qu’on est au pouvoir que son seul message doit passer dans les médias d’Etat payés avec l’argent de tous les contribuables. Il n’y a pas de raison que les organes d’Etat se comportent comme dans les pays anciennement communistes, et deviennent des organes de propagande au service de ceux qui sont au pouvoir. Ceux qui sont dans l’opposition n’ayant pas accès à ces instruments, sont obligés de créer à bas prix des instruments de propagande, et chaque matin, chacun empoisonne son public : les informations sont fausses, les compréhensions sont incorrectes, tout le monde est dans l’erreur, mais cela arrange bien la classe politique. Ça s’appelle de l’endoctrinement : chaque camp essaie d’embrigader au maximum les populations. Rien qu’à voir les titres des journaux le matin, on se dit qu’aujourd’hui, le pays va brûler. Et pourtant, le soleil se couche et le lendemain vient un autre jour. Le statut de l’opposition clarifie tout cela. Quand je dis que je suis dans l’opposition, je ne suis pas au gouvernement, je ne suis pas un groupe organisé contre le gouvernement, je suis une alternative qui se prépare pour gouverner le pays. Dans ce système, l’opposition a droit à des informations sûres et crédibles. Elle ne les quémande pas, mais elles sont mises à sa disposition. L’opposition a droit à un certain type de financement, puisque si ceux qui sont au pouvoir se financent et financent leur parti sur fonds publics, il faut que ce soit juste. L’opposant à droit à une justice équitable. On ne peut pas poursuivre les opposants n’importe comment, pendant que ceux qui sont au pouvoir peuvent les menacer de mort et rien ne leur est fait. Quand l’opposant réagit, il est accusé de tentative de déstabilisation. Il faut que tout cela soit précisé dans des textes. On aime bien regarder les prestations de serment, les passations de charge entre Sarkozy et Hollande, Bush et Obama, mais regardez notre histoire : chez nous, depuis l’indépendance, jamais aucune passation de pouvoir n’a eu lieu ; on ne sait pas le faire. S’il y en a un qui est président c’est que les autres sont morts, en fuite ou en prison. Il faut sortir de là. Pour cela, il faut un statut clair qui est respecté par tous.

Votre message à vos militants…

Il faut qu’ils comprennent que nous, à LIDER, nous ne sommes pas des commis voyageurs. Au quotidien, nous devons renforcer notre présence sur le terrain. Parler aux Ivoiriens de paix et de réconciliation, mais à travers la Liberté et la Démocratie ainsi que dans l’esprit de la République. La République, pour que les gens comprennent que notre Etat n’est pas une monarchie, et que celui qui gouverne n’a pas vocation à faire comme si c’est lui et sa famille qui ont gagné le pouvoir à la suite d’une victoire sur les autres. C’est une République, et cela signifie qu’il y a une constitution qui répartit les pouvoirs. Il faut que nos militants et les Ivoiriens comprennent que la République que nous avons créée ressemble à une démocratie libérale, mais dans le fond, elle n’a pas du tout le caractère démocratique parce que tous les pouvoirs sont aux mains du président de la République et il fait tout ce qu’il veut. Or, cela n’est pas compatible avec la démocratie. Il faut donc que nous basculions vers un régime parlementaire pour que le député qui est chargé de contrôler l’action du gouvernement soit effectivement au-dessus du président de la République et de l’Exécutif. La constitution doit bien établir que le souverain n’est pas le chef de l’Etat, ni le président de la République, mais le peuple. Si c’est ainsi bien établi, l’esprit républicain signifiera alors que tous ceux qui gèrent l’Etat auront des comptes à rendre. La Démocratie doit permettre à une opposition et à un gouvernement de coexister dans des perspectives d’alternance et surtout dans le respect du droit des minorités. La démocratie n’est pas la loi de la majorité, c’est le respect des droits des minorités, notamment des individus. Il faut que notre démocratie arrive à comprendre que la politique est faite pour permettre aux paysans qui sont dans le fin fond du pays d’avoir un titre foncier. Et que c’est la démocratie que de lui donner le droit de la propriété sur sa terre. Comme cela au moment du vote, il ne se contentera pas d’un tee-shirt ou d’un bulletin de vote, mais il regardera ce que la politique qu’on veut faire pourrait lui apporter comme avantage autour de sa propriété, autour de ses droits. Tout cela ne peut arriver qu’avec la Liberté. La liberté pour chaque citoyen de faire ses affaires, la liberté pour les entreprises de s’installer dans notre pays en grand nombre, la liberté pour les jeunes, les femmes, la société civile de s’activer tranquillement. Cette liberté ne peut pas être complète si nous ne sommes pas capables de remettre en cause un certain nombre de vieux tabous. Un président de la République ne devient pas président parce que son groupe ethnique a vaincu tous les autres groupes ethniques du pays. Un président de la République n’est pas président parce que sa région a gagné. Un président de la République est président parce qu’il a proposé un programme et le peuple de Côte d’Ivoire dans sa majorité, 50% plus une voix suffisent pour lui donner le pouvoir, l’a choisi. Les militants de LIDER et les populations qui partagent la vision de LIDER doivent bien comprendre que ce n’est pas en restant chez elles à la maison que LIDER va devenir fort. Un parti n’est jamais fort que par la force de ses militants. Et ce serait bien qu’ils arrivent à vaincre la peur. Dire «Koulibaly, on te soutient, ce que tu fais est bien» est une bonne chose. Mais installez LIDER dans les quartiers, dans les villages, dans vos villes, dans vos entreprises pour faire en sorte que les mutations que nous attendons puissent se réaliser ! Ce n’est pas parce qu’on a raté le train à la gare de Treichville qu’on doit s’asseoir à cette gare et dire que le train est parti, c’est foutu. On peut se dépêcher de le rattraper à la gare du Plateau ou alors à la gare d’Adjamé ou bien même à la gare d’Azaguié ! Il faut toujours courir après l’histoire. Cela signifie que tous ceux qui sont mécontents de la situation actuelle – le train est parti –, n’attendez pas, battez campagne pour LIDER partout où vous êtes, adhérez à LIDER, prenez vos cartes, arrêtez les querelles infantiles, Koulibaly a fait ceci, Koulibaly a fait cela. Ce qui se joue, c’est l’avenir de la Côte d’Ivoire. Le destin de Koulibaly est infiniment petit à côté de celui de la Côte d’Ivoire. Ignorez Koulibaly, regardez la vision qui vous est proposée. La retraite peut être organisée, la liberté de l’entreprise peut être organisée, et les paysans avec leurs terres peuvent être organisés ainsi que le secteur bancaire, l’injustice doit disparaître de notre pays, ainsi que les pauvres. Ce n’est pas possible que nous puissions rassembler des femmes d’Abobo et d’Adjamé pour venir balayer les rues de Cocody chaque matin, et puis qu’elles retournent dormir chez elles, où il n’y a même pas de rues. Elles viennent balayer le boulevard Latrille alors que le boulevard Nangui Abrogoua est plein de saletés. Ça, c’est se moquer des gens qui sont pauvres. On ne peut pas ramasser des vaches et des bœufs pour nourrir la population d’Abidjan, et puis les laisser dans la boue là-bas à l’abattoir de Port-Bouët. Faites y un tour, et vous verrez que la boue compacte qui monte jusqu’au haut de la cuisse des vaches, qui y sont engluées pendant plusieurs semaines avant d’être revendues sur les marchés aux populations. C’est une sorte de mort douce, parce que ces viandes stressées, empoisonnées, nous les consommons tous les jours et cela n’est pas admissible. Ce sont de petits signes de la sorte qu’il nous faut changer. Et à LIDER, nous pensons que si nous arrivons au pouvoir, il faudrait qu’on prenne une loi pour interdire à tous les chefs d’Etat de notre pays, à tous les membres de gouvernement de notre pays et leurs familles, à tous les responsables politiques, députés, directeurs généraux et tous ceux qui travaillent pour le compte de l’Etat au sommet, de bénéficier de l’évacuation sanitaire. Il faut qu’un président de la République, malade, se fasse soigner ici. Pas question de le prendre pour aller le soigner dehors. Pareil pour les ministres et leurs familles, les présidents d’institutions et leurs familles, les directeurs généraux et leurs familles, les députés et leurs familles, les conseillers économiques et sociaux etc. Tous ceux qui sont au sommet de l’Etat doivent désormais se faire soigner ici, ainsi que leurs familles. Si nous arrivons à imposer cette vision par la loi, alors, les différents responsables de l’Etat au sommet vont prendre le soin de faire des routes, des hôpitaux de grande qualité et alors, vous verrez que les pauvres vont avoir une raison de vivre. Mais tant que le président, les ministres et les gens d’en haut peuvent prendre l’avion pour aller se faire soigner aux frais du contribuable à l’étranger, alors ils ne mettront aucune énergie à construire des hôpitaux chez nous ici. Or, c’est le pauvre qui paye pour qu’ils se soignent. Et après, ils vont aux funérailles des pauvres pour faire du ‘’travaillement’’. C’est du n’importe quoi et c’est tout ça que LIDER veut changer. LIDER est un parti de rupture, c’est un parti d’avenir et de changement. A mon avis, c’est un parti qui doit pouvoir remettre le pouvoir au souverain. On a dépouillé le souverain de son pouvoir depuis longtemps : le souverain c’est le peuple, il faut lui remettre son pouvoir. C’est l’ambition que nous nourrissons à LIDER. C’est ma vision. Ca peut paraitre illusoire, mais chacun en écoutant, en lisant, en regardant, comprendra qu’il n’y a pas d’autres issues pour nous. Ce n’est même pas une option ; c’est une obligation morale pour les hommes politiques. Il ne faudrait pas qu’on dise un jour qu’on a eu la possibilité de faire quelque chose, mais on n’a rien fait. On s’est assis et on a attendu. C’est pour cela qu’à LIDER, on se bat pour faire changer les choses.

Propos recueillis par Karim K. pour LIDER News, le 14 juillet 2012

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