De la nécessaire auto-critique comme acte inaugural du progrès véritable…

Le RDR

Libre Opinion par DIARRA CHEICKH OUMAR

Si l’œuvre de la transcendance, créateur de ce monde et de tous les êtres qui le peuplent n’est pas à l’abri de protestations et de critiques au vitriol, celle de l’individu humain est loin de faire l’unanimité, l’accord des esprits compétents, parce que justement, renfermant toujours des zones d’ombre, comme l’affirmaient ces éminents penseurs que sont Claude BERNARD, Gaston BACHELARD et tous les autres, indiquant la nature provisoire, relative des théories scientifiques. Quand on sait toute la minutie et la rigueur qui sont investies dans l’élaboration de la vérité scientifique, l’on comprend tout de suite, sans difficulté, que la perfection, comme le dit l’adage, n’est pas de ce monde. Cet ordre est inébranlable, immuable, quels que soient la détermination et l’engagement qui animeraient l’homme. Toute révolte visant l’instauration d’un nouvel ordre autre que celui-ci avec en toile de fond des trouvailles, des découvertes ou opinions données une fois pour toutes, sans possibilité de transmutation, de changement est vaine et sans succès. Ce principe de changement universel qu’Aristote juge inhérente à la nature en général n’épargne aucun être comme faisant partie du tout que constitue le cosmos. C’est dire que même les animaux n’en sont pas épargnés puisque, quoique dépourvus de raison, connaissent à tout le moins, une évolution biologique sous le mode d’un perfectionnement tant physique que comportemental. Mais, si le progrès est coextensif à la nature, il ne s’opère pas ex-nihilo, c’est-à-dire à partir de rien, surtout chez l’homme. Il s’appuie de façon incontournable sur un certain nombre de fondements culturels, intellectuels, moraux et aussi, comportementaux avec cette obligatoire règle consistant à s’ouvrir à la critique de l’autre et à ce jugement négatif que l’on porte volontairement sur soi-même ou sur ses actes désigné sous le vocable générique d’auto-critique. Pas dans une intention masochiste ou d’auto flagellation comme le feraient des individus en proie à des tendances déviationnistes symptomatiques d’un déséquilibre mental, mais juste dans l’optique de se soumettre volontiers au scanner de la critique de manière à déceler les éventuelles insuffisances de son rapport aux autres et aux choses, à la société, dans sa conception du monde, ses pensées, ses attitudes en vue d’éventuels reconsidérations, amendements et rectifications, toujours sources de propulsion, de bond qualitatif vers l’avant. L’homme africain ayant un rapport phobique à la remise en cause constructive, à la critique juste et ad hoc doit pouvoir s’approprier cette loi fondamentale de la nature si tant est qu’il aspire vraiment au progrès.

L’orgueil, l’infatuation, l’esprit de système, le conformisme nuisent nécessairement. On ne devient fort que dans l’acceptation de ce principe de falsifiabilité, de mise en crise continue et sans complaisance. Pas dans l’optique d’une tabula rasa radicale des acquis, mais juste pour les renforcer. C’est un peu tout le sens du doute méthodique postulé par Descartes visant, in fine, à écheniller de nos ‘’certitudes’’ toute faille dommageable à court, moyen ou long terme. La vérité est forte lorsqu’elle est conçue par la mixture, la rencontre de plusieurs pensées. Et, comme le disent les Anciens, une vérité couvée par un seul esprit n’a pas la même teneur que celle émanant de plusieurs esprits. Aucun homme donc, quels que soient les privilèges à lui faits par Dieu, ne détient la science infuse. On peut être le plus intelligent des hommes, si tant est que cela existe. Toutefois, on n’est pas à l’abri de ratés, d’actes déraisonnables lorsqu’on n’est pas appuyé de l’expérience et de l’expertise des autres hommes. Voilà pourquoi, toute velléité nombriliste doit être combattue et tuer dans l’œuf pour l’éclosion d’autres compétences. Personnellement, j’ai été séduit par l’élégance et l’humilité avec lesquelles le Président Sarkozy a d’abord félicité Monsieur François Hollande, actuel Président de la République française, suite à la proclamation des résultats du second tour des présidentielles 2012 et s’est ensuite effacé de la Présidence de sa formation politique, l’UMP, pour permettre à quelqu’un d’autre de présider à ses destinées et éventuellement reconquérir le pouvoir en 2017. C’est un acte d’anthologie qui devrait conduire l’Africain à reconsidérer son commerce à la politique. Car tout indique que notre vision de la politique est sujette à caution pour ne pas dire exécrable. Elle baigne encore dans un archaïsme qui heurte les exigences de la modernité. Psychologiquement, nous sommes toujours prisonniers de schémas et modes de fonctionnement spécifiques aux royaumes ou empires favorables à une divinisation du chef avec des pouvoirs illimités, incontrôlés, éternels et sans partage. C’est donc constamment la porte ouverte à l’enlisement, à l’immobilisme avec un refus obstiné de l’adversité, de la contradiction. Or, c’est bien entendu, cette dialectique des savoir-faire, des compétences, cette polyphonie de l’espace politique comme nous le montrent si bien nos frères occidentaux, qui insufflent ce dynamisme, cette énergie vitale permettant de gravir les pentes rocailleuses du développement.


Il n’est par conséquent pas effarant que le continent africain soit l’une des aires de cette planète terre ayant abrité les dictatures les plus effroyables de l’histoire politique de l’humanité et continue d’ailleurs d’être le théâtre de pronunciamientos à répétition. Ces despotes africains que sont Muammar Kadhafi, Mobutu Sese Seko, Amin Dada, Sani Abacha, Jean Bédel Bokassa… que nous nous plaisons à dépeindre à travers nos différents écrits comme de sinistres individus ayant à jamais écorné l’image de l’Afrique ne sont –ils pas en réalité des fruits inconscients de cette vision impériale du pouvoir de l’homme africain n’obéissant à aucunes règles autres que les désirs de l’Empereur, du grand timonier ? N’est-ce pas un trait de la culture africaine que de concevoir le pouvoir d’Etat comme un bien privé au nom duquel on peut tout se permettre et tout s’adjuger ? Pendant qu’on s’ingénie ailleurs à promouvoir des valeurs, à s’investir dans la recherche, à remuer ciel et terre pour percer le mystère de certaines réalités qui sont de réelles apories pour la pensée pensante, chez nous, on s’installe, comme frappé par le sort et de ce fait mué en rouet d’un tragique destin, dans la platitude horizontale, dans les abysses de la décrépitude éthico-morale où les vilénies et tares de tous genres ont pignon sur rue. On s’enferme ainsi dans un cercle vicieux, cyclique du retour du même qu’on s’emploie, toute honte bue, à justifier à travers de crétines envolées verbales où l’inanité le dispute au burlesque. Et lorsque des voix s’élèvent pour dénoncer, c’est toujours la même ritournelle qui est servie : « Nous encore, ça va ! Ceux qui nous ont précédés ont fait pire que nous ». Mais, on ne brigue pas le pouvoir d’Etat pour ressusciter sous des formes édulcorées les insuffisances de ses prédécesseurs, mais pour s’en démarquer étanchement en explorant de nouveaux sentiers rassurants et stabilisateurs. Les tares sont faites pour être corrigées et ne doivent aucunement être singées. Nicolas Sarkozy a perdu le pouvoir en France au profit de François Hollande parce que les français, dans leur grande majorité, ont estimé à tort ou à raison que sous la présidence de l’ex chef d’Etat, leurs conditions matérielles d’existence se sont plus au moins précarisées, le taux de chômage a connu une ascension fulgurante et que leur pouvoir d’achat a drastiquement chuté sans omettre le dossier brûlant afférent à l’immigration qui, selon eux, n’a pas reçu un traitement adéquat. En élisant François Hollande, ils espèrent donc revenir, si toutes les promesses faites par Monsieur Hollande sont actualisées, à un niveau de vie acceptable. Dans le cas contraire, il connaîtra le même sort que Monsieur Sarkozy. Monsieur Hollande tient les rênes du pouvoir parce qu’il est parvenu à convaincre l’électorat français sur sa capacité à mieux faire que Monsieur Sarkozy, du moins en parole, pas pour reprendre servilement ses erreurs, si tant est qu’il y a eu vraiment erreurs de sa part. Toutefois, je précise que cela n’entame en rien mon admiration pour le Président Sarkozy qui restera à jamais, pour moi, un grand homme, héraut du républicanisme et chantre de l’humanisme. Pour en venir au fait, j’ai été choqué par la révélation faite par Monsieur le Ministre de l’économie et des finances lors de son passage devant le parlement, il y a de cela quelques semaines. Au chapitre du remboursement de la dette intérieure, il disait en substance avoir reçu une facture indiquant qu’un scanner médical avait été livré à l’hôpital général de la ville de Tanda. De l’avis du Député de Tanda, le Docteur Affrey Kouassi présent dans la salle, aucun scanner, jusqu’à preuve du contraire, n’a été installé dans ledit établissement sanitaire. C’est dire que des individus abonnés à certaines pratiques répréhensibles continuent impunément leurs sales besognes puisque dans leur entendement, le Président Ouattara a considérablement changé, ce n’est plus le même personnage qu’on a connu dans les années 1990, ce n’est plus la même rigueur, la même austérité, il aurait mis beaucoup d’eau dans son vin. Monsieur le Président, je vous invite à la vigilance. Attention au virus de la tropicalisation ! Reprenez votre bâton et frappez sans aucune once de pitié tous ceux qui s’aventureront dans ces voies immorales, de quelque bord qu’ils soient. L’homme noir ne sait lire et ne sait comprendre que l’argument du bâton (l’argumentum baculinum comme le diraient les Latins). N’attendez pas comme Laurent Gbagbo l’a fait que le mal se cancérise avant de vous résoudre à réagir. Les maux constatés sous la régence de Laurent Gbagbo commencent malheureusement à proliférer. Les détournements de deniers publics reprennent du regain, des concours sont marchandés dans la plus grande discrétion. Menez des investigations et vous verrez que je ne suis pas en train d’affabuler.

Dans ce sens, j’ai beaucoup aimé l’article de mon aîné Vénance Konan, Directeur général de Fraternité matin, intitulé ‘’A quand l’ivoirien nouveau ?’’, publié par le Banco.net et Connectionivoirienne.net, durant le mois de Juin dernier. Dans cet article, l’écrivain adresse de virulentes mercuriales à cette fâcheuse propension qui a pris corps en l’ivoirien consistant à empocher sans contrition, de l’argent indu, issu de malversations ou d’actes maléfiques : ‘’la mangécratie’’. Tout le monde veut manger, vaille que vaille, même en pactisant avec le diable. Un grand pays se construit avec des hommes certes compétents mais surtout guidés dans leurs entreprises quotidiennes par ces valeurs cléricales que sont l’honnêteté, la dignité, l’amour du prochain et l’attachement passionnel à sa nation. Le patriotisme se célèbre à travers des actes forts et symboliques à l’endroit de sa patrie et non via des slogans creux et des incantations. La Côte d’Ivoire n’a que faire des hommes cupides, corrompus jusqu’à la moelle, prêts à des compromissions de toute nature pour assouvir leurs désirs hors norme, leurs penchants égoïstes et égocentriques en sacrifiant l’intérêt supérieur de la mère patrie. Nous voulons être un pays émergent à l’orée 2020. Cependant, atteindre cet objectif impose des attitudes inaugurales visant à combattre jusque dans leurs derniers retranchements, la corruption et ses corollaires. Cette catharsis est incontournable et non négociable. Personne ne doit être protégé. Chaque délinquant devra nécessairement passer sous les fourches caudines de la justice et boire jusqu’à la lie la peine qui lui sera infligée. Je parle de la justice vraie et non des parodies de justice faisant la part belle à des voyous à col blanc ayant poussé l’impertinence et la scélératesse jusqu’à se gaver de pretium doloris (argent) destinés aux morts et aux malades en guise de réparation. C’est seulement de cette façon, pour répondre à la préoccupation de Vénance Konan, que naîtra l’ivoirien nouveau. Ce baptême ne se fera pas ex nihilo car comme le disent les Latins : « Ex nihilo nihil » (De rien, il ne peut rien provenir). Que Dieu nous garde !

DIARRA CHEICKH OUMAR

Professeur certifié de philosophie
Lycée moderne 1 Bondoukou
Doctorant en sciences politiques
E-mail : diarra.skououmar262@gmail.com

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