Noé, village meurtri à la frontière entre la Côte d’Ivoire et le Ghana

La frontière entre le Ghana et la Côte d’Ivoire est toujours fermée une semaine après l’attaque du poste frontière ivoirien de Noé par des assaillants venus du Ghana et qui s’y sont repliés. Lundi 24 septembre, la frontière aérienne a rouvert, mais les frontières terrestres et maritimes restent closes jusqu’à nouvel ordre, avec d’importantes conséquences.

Posé sur et entre des collines recouvertes de forêts, le village-frontière de Noé se remet progressivement de l’attaque subie vendredi 21 septembre. Le lieutenant Amadou Koné, dit Sampayo, a coordonné la défense de Noé. « Aujourd’hui c’est un peu plus relax par rapport au lendemain de l’attaque. Naturellement, la tension descend tout doux et puis les choses commencent à reprendre normalement », rapporte-t-il.

Les points de passage officiels d’un pays à l’autre sont désormais très surveillés, notamment les endroits où des pirogues transportant d’éventuels assaillants peuvent arriver discrètement. Pour augmenter la visibilité, les populations de Noé ont coupé les arbres et les hautes herbes qui surplombent le bâtiment de la douane. « Elles ont vu, elles ont compris que ces personnes étaient toujours tapies dans les forêts. Donc elles ont décidé de nettoyer autour de leur village pour éviter que ces personnes utilisent ces endroits là pour préparer les sales besognes », explique encore le lieutenant Koné Sampayo.

La vie au ralenti


Tout au long de la route défoncée qui traverse la localité de Noé, plusieurs commerces sont fermés. A ce poste-frontière habituellement très animé, la vie tourne au ralenti. Installées dans leur boutique, une employée et sa patronne déplorent le manque de clientèle. « Tout est bloqué. On ne gagne pas la clientèle et on ne sait pas comment faire pour se nourrir. Ca nous inquiète beaucoup », rapporte l’employée. « Ca ne se passe pas trop bien, confirme la patronne. Par exemple, il y a des maladies pour lesquelles on va au Ghana pour se faire soigner. Mais à cause de la crise on ne peut pas traverser. Il faudrait qu’on renforce la sécurité, ce qui permettrait qu’on ouvre les frontières. »

Avec une cargaison de cosmétiques dans son camion, un chauffeur ghanéen passe ses journées dans la cabine de son véhicule au milieu de la file d’une trentaine de poids lourds. Mais il a du mal à s’habituer à l’alimentation ivoirienne, notamment l’attiéké, sorte de semoule de manioc. « La vie est dure Noé, ici. Il n’y a rien à manger, même quand on a de l’argent pour avoir la nourriture. C’est très grave. Au Ghana, nous, on ne connaît pas l’attiéké. Donc c’est très dur pour nous. Maintenant on prie pour que les autorités rouvrent la frontière et qu’on puisse partir au Ghana. »

De l’autre côté de la frontière, on peut apercevoir des militaires ghanéens patrouillant au niveau du pont qui enjambe la rivière Tanoé. Plus loin, deux files de camions en direction de la Côte d’Ivoire également bloquées depuis huit jours. Plus au sud de Noé, au bord de la lagune d’Adiaké, l’unité de la marine a reçu jeudi 27 septembre deux pneumatiques et deux moteurs pour renforcer la surveillance sur ce plan d’eau reliant la Côte d’Ivoire au Ghana.
Source: RFI

Author: La Rédaction